Chaque choc est un test. Lundi, le gouvernement a activé ses boucliers avec des subventions maintenues, des transporteurs soutenus et une commission de suivi instaurée. Et si le degré de réactivité peut être salué, il n'en demeure pas moins crucial de s'interroger : jusqu'à quand pourra-t-on protéger sans réformer ? Car la mécanique est connue. Un choc externe, une flambée des prix, et l'Exécutif actionne les leviers hérités du passé. En 2022, c'était la guerre en Ukraine. En 2026, c'est le conflit au Moyen-Orient. Les causes changent, la réponse reste la même. Pourquoi pas, puisqu'elle fonctionne ? Lundi, une commission ministérielle s'est réunie, a annoncé le maintien du prix de la bonbonne de gaz malgré une hausse de 68% des cours internationaux, et promis un soutien aux 87.000 transporteurs déjà inscrits sur la plateforme dédiée. À court terme, c'est parfait. Mais le court terme est un leurre. Car derrière l'efficacité affichée se cache un dilemme que l'on préfère ne pas nommer : comment protéger le pouvoir d'achat sans hypothéquer la consolidation budgétaire ? Tant le FMI que la Banque mondiale ont dressé la liste des risques. Or, à chaque choc, on actionne les vieux leviers. Et l'on reporte à plus tard la «vraie» réforme, la rupture… Alors, que penser de la commission ministérielle créée lundi ? À première vue, il s'agit d'un progrès. Fini les décisions d'urgence sans cadre de suivi, mais il ne faudrait pas que cette commission devienne un alibi. Car elle ne résout pas le problème central : aucune stratégie de sortie n'est encore esquissée. On sait quand on entre dans le dispositif, sans savoir comment on en sortira. Le vrai test ne sera donc pas la réactivité de l'Exécutif, mais sa capacité à transformer cette énième crise en levier de réforme. Et la commission peut être un outil précieux, à condition qu'elle serve à préparer l'après-choc. Ce sont des chantiers moins visibles que des subventions maintenues, mais ce sont eux qui, à terme, décideront de la soutenabilité du modèle. Meriem Allam / Les Inspirations ECO