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Décompensation partielle du gaz butane : Quelles répercussions sur les ménages marocains ? [INTEGRAL]
Publié dans L'opinion le 21 - 05 - 2024

Dès ce lundi 20 mai, le prix de la bouteille de gaz butane sera progressivement décompensé, au rythme de 10 dirhams par an jusqu'en 2026. Si l'impact sera marginal pour la majorité, il pourrait provoquer une dégradation du pouvoir d'achat de la classe moyenne et avoir un effet sur l'inflation.
À partir de ce lundi 20 mai, commence le processus de décompensation progressive du prix du gaz butane. La veille, le ministère des Finances a publié un communiqué informant qu'à partir de lundi, "il y aura une réduction partielle de la subvention allouée aux bouteilles de gaz butane pour l'année 2024, à hauteur de 2,5 dirhams pour la bouteille de gaz butane de 3 kg, et de 10 dirhams pour la bouteille de gaz butane de 12 kg".

Cette décision s'inscrit dans l'agenda établi par l'Exécutif pour la transition de la décompensation vers des aides directes, considérées comme plus efficaces. Ainsi, le prix de la bonbonne de gaz butane connaîtra une hausse annuelle de 10 dirhams entre 2024 et 2026. De 40 dirhams, le prix de la bouteille de gaz butane de 12 kg atteindra 70 dirhams à l'horizon 2026.

Selon la présentation faite par le chef du gouvernement Aziz Akhannouch au Parlement en octobre 2023, le prix de la bouteille ne dépassera pas ce seuil, car l'Etat prendra en charge la différence entre les prix de vente et ceux du marché international. D'après le chef du gouvernement, le prix réel de la bonbonne serait d'environ 120 dirhams, ce qui représente un écart de près de la moitié du prix actuel.

Du gaz pour le pompage

Avec cette décision, le gouvernement souhaite élargir ses marges de manœuvre budgétaires et "affecter les marges résultant de la levée progressive des subventions pour financer lesdites allocations", comme le dispose l'article 8 de la loi-cadre n° 09.21 relative à la protection sociale. Avec cette réforme, l'Etat compte économiser pas moins de 20 milliards de dirhams entre 2024 et 2026, ce qui représente 25% des 80 milliards de dirhams qui seront alloués aux divers programmes sociaux d'ici 2026.

Il y a une autre raison qui a poussé le gouvernement à faire ce choix. En plus des ménages dans le besoin, on compte parmi ceux qui profitent de ces aides les industriels, les boulangeries, les restaurateurs, mais surtout les agriculteurs. Pour réduire le coût de leur consommation d'énergie, plusieurs agriculteurs utilisent le gaz butane pour le pompage de l'eau, en adaptant des moteurs diesel.

Le gain pour l'agriculteur est considérable, car une bonbonne de gaz butane subventionnée coûte jusqu'à trois fois moins cher que le diesel vendu au prix du marché. Pour des terrains agricoles de plusieurs hectares, il faut compter une centaine de bouteilles de gaz consommées par an. Selon les évaluations de la Caisse de Compensation, les subventions pour le gaz butane se répartissent à hauteur d'environ 60% pour les ménages et de 40% pour les agriculteurs.

Dégradation du pouvoir d'achat

Pour ne pas handicaper les petits agriculteurs, l'Etat, à travers l'Agence Marocaine pour l'Efficacité Energétique (AMEE), a lancé un ambitieux projet de promotion des systèmes de pompage photovoltaïque (PV) pour l'irrigation localisée. À l'horizon 2030, 20.000 pompes solaires seront ainsi installées dans les différentes régions du Royaume, couvrant ainsi 64% des petits agriculteurs du pays.

Qu'en est-il des ménages ? Les couches les plus fragiles de la société seront théoriquement protégées par les aides sociales directes, qui concernent près de quatre millions de familles. Les conséquences seront davantage ressenties par la classe moyenne, qui verra son pouvoir d'achat se dégrader.

"La classe moyenne pourrait bénéficier des aides aux logements et la réforme de l'IR qui vient d'être annoncée, mais dont on ne connaît pas encore les contours. Celle-ci donnerait un coup de boost au pouvoir d'achat, plus que les 10 dirhams qui s'ajouteront au prix de la bouteille", nous explique l'économiste Zakaria Garti.

La décompensation aura aussi un effet sur l'inflation, même s'il est difficile pour le moment de l'évaluer. Par un effet mécanique, l'augmentation du prix de la bonbonne de gaz sera répercutée sur le prix de vente de certains produits alimentaires, notamment dans les boulangeries, les pâtisseries et les restaurants, ainsi qu' à plus petite échelle dans les petits commerces et les gargotes qui vendent des soupes, du msemmen, des sandwichs au thon ou à la sardine frite.

Soufiane CHAHID

3 questions à Zakaria Garti « La classe moyenne bénéficiera indirectement de la décompensation partielle »
* En vigueur depuis 1941, la Caisse de Compensation a toujours animé les débats des économistes. Quelle est votre évaluation globale de ce mécanisme ?

Jusqu'à 2013, ce mécanisme pesait lourdement sur le budget de l'Etat. Ce n'est qu'après la décompensation des carburants que ça s'est un peu redressé. En 2012, par exemple, la charge de compensation a atteint 56 milliards de dirhams, soit près de 7% du PIB, ou encore 130% de l'IS et plus de 175% de l'IR. Ces charges permettaient, en effet, de soutenir le pouvoir d'achat des ménages, mais c'était au détriment des équilibres macroéconomiques ou encore de l'investissement public.

* Quel serait le coût social et économique de la décompensation ?

Il faut tout d'abord nuancer. Aujourd'hui, nous parlons d'une décompensation partielle du gaz de butane uniquement. Pour donner une idée claire sur ça, au cours des premiers mois de l'année 2023, 11 milliards de dirhams ont été dédiés à la compensation du gaz. La consommation des Marocains dépasse les 230 millions de bonbonnes de gaz (12kg) annuellement, soit 2,7 millions de tonnes. La compensation allouée à chaque bouteille, entre 2008 et 2023, variait entre 35 et 95 dirhams. Donc, même avec cette hausse de 10 dirhams sur les bonbonnes de 12 kg, la charge de la compensation restera importante. Aujourd'hui, au Maroc, on consomme en moyenne 20 millions de bouteilles par mois. Si on suppose que nous avons 10 millions de familles marocaines, en faisant abstraction de la consommation des restaurants et des agriculteurs, le besoin de chaque ménage ne dépasse pas 2 bonbonnes par mois, soit 20 dhs de plus. L'impact ne sera donc pas important, surtout avec le programme d'aides sociales directes actuellement en vigueur. Sur le plan économique, cette hausse pourrait générer une petite inflation, mais le plus inquiétant, c'est qu'une catégorie de commerçants va chercher à profiter de la situation pour revoir leur prix à la hausse de manière démesurée.

* On entend çà et là que les aides directes jouent un peu le même rôle que la compensation, mais la classe moyenne n'est pas concernée par ces aides. Comment peut-on donc substituer efficacement la Caisse de Compensation ?

En effet, la classe moyenne ne bénéficie pas d'aides directes, mais dans ce contexte, il faut faire une analyse holistique de la situation. La classe moyenne pourrait bénéficier des aides aux logements et de la réforme de l'IR qui vient d'être annoncée, mais dont on ne connaît pas encore les contours. Celle-ci donnerait un coup de boost au pouvoir d'achat, plus que les 10 dirhams qui s'ajouteront au prix de la bouteille.
3 questions à Abdelali Boutayba : « Pour substituer la Caisse de Compensation, il faut réussir le chantier de l'Etat social »
* Quels sont, selon vous, les acquis et les conséquences de la Caisse de Compensation ?

- La Caisse de Compensation, créée pendant la période du protectorat, intervenait dans un contexte où le Maroc démarrait son économie, avec un nombre important de ménages démunis. Il s'agissait donc d'une mesure visant à soutenir ces populations, tout en les incitant à la consommation de certains produits peu consommés par les Marocains. Et le maintien de cette Caisse s'imposait du fait des différents chocs conjoncturels, auxquels l'Etat devait faire face au fil des années, notamment le premier plan marocain en 1960 qui n'a pas réussi, le choc pétrolier en 1973, ou encore la crise de l'endettement, marquée par le fameux plan d'ajustement structurel. Ce mécanisme a donc permis d'apaiser les différentes pressions sociales, lors des moments difficiles de l'Histoire du Maroc, mais il a également constitué une pression importante sur la trésorerie de l'Etat, d'où la compensation graduelle depuis les années quatre-vingt.

* La décompensation partielle du gaz butane a été actée surtout pour mettre fin à la surexploitation des industriels et grands agriculteurs. Y a-t-il une alternative pour contrôler ces derniers, sans impacter le tissu social ?

- Pour expliquer le choix du gaz, il faut revenir à la nature de la consommation des produits subventionnés au Maroc. Pour le sucre par exemple, il y a une catégorie subventionnée par l'Etat, mais il y a le sucre « normal », importé ou même produit localement, comme le sucre brun, dont le prix est plus élevé. Même chose pour la farine, qui comprend plusieurs catégories. Le gaz butane par contre ne peut pas être catégorisé. Tous les consommateurs utilisent les mêmes bonbonnes. Il est donc difficile de subventionner les bouteilles destinées à l'usage domestique et celles destinées à l'industrie. Pour bloquer la surexploitation de gaz par les différents opérateurs économiques, il faut plus de transparence au niveau des opérations industrielles et agricoles. L'idée est d'avoir une idée précise sur les procédés utilisés par les acteurs économiques dans leurs activités, non seulement pour maîtriser le coût économique, mais aussi pour éviter les incidents qui peuvent être mortels.

* Quels sont les mécanismes capables de substituer la Caisse de Compensation ?

- Le gouvernement a opté pour les aides directes, comme première étape de substitution. Mais pour réussir le challenge, il faut concrétiser entièrement la vision de « l'Etat social », qui via différentes mesures permettra aux Marocains de créer de la valeur ajoutée, notamment à travers l'entrepreneuriat. L'idée serait aussi d'engager un mode de production qui permettrait à l'Etat de générer des revenus, sans trop compter sur l'IR et la TVA. L'alternative est donc de substituer la Caisse de Compensation par une politique économique intégrée permettant la création de richesse et de valeur ajoutée, réduisant ainsi le taux de pauvreté dans le Royaume.


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