Vice-président Secure Power & Data center de Schneider Electric Maroc Les data centers occupent désormais une place centrale dans la souveraineté numérique, un sujet sur lequel le Maroc entend néanmoins préserver une marge de manoeuvre. Rencontré lors du Gitex Africa 2026, Amine Benchekroun, vice-président Secure Power & Data center de Schneider Electric Maroc, analyse la montée en régime de la filière data center et les équilibres à préserver entre attractivité, performance énergétique et souveraineté numérique. Entretien. Les annonces de data centers se sont multipliées ces derniers temps sur la scène numérique. Sur quels projets Schneider Electric est-il déjà engagé concrètement, et avec quel positionnement face à la concurrence ? Il y a aujourd'hui énormément d'annonces, à la fois institutionnelles, que nous prenons très au sérieux car il y va de la souveraineté de la data nationale et de la partie IA, et privées, avec de nombreux investissements sur la table. Nous sommes engagés sur tout le volet conseil et sur la phase de construction. Il s'agit principalement de factories, destinées au marché domestique ou à servir d'autres régions comme l'Europe ou l'Amérique du Nord. Notre positionnement s'appuie sur notre expertise historique, sur les parts de marché que nous détenons auprès des grands acteurs du cloud, et sur l'acquisition, l'an dernier, de la division Liquid Cooling de Motivair. Grâce à nos partenariats avec Nvidia, nous disposons de designs et d'architectures déjà certifiés, ce qui nous positionne comme le leader du marché des data centers AI ready. Nous avons d'ailleurs présenté durant cette édition du Gitex des pods de très haute densité en 800 volts courant continu, capables d'héberger jusqu'à 570 GPU Nvidia, voire davantage. C'est une vraie nouveauté, et je crois que cela va changer la donne pour l'industrie des data centers à haute densité. Nous nous positionnons clairement comme leaders mondiaux de la gestion de l'énergie et du data center, et, à ce titre, nous conseillons, nous accompagnons et nous espérons concrétiser rapidement, au Maroc comme plus largement en Afrique francophone. L'essor de l'IA fait exploser les besoins de calcul au point que le refroidissement devient presque un prérequis pour absorber cette montée en charge. L'industrie semble en tout cas avoir tranché en faveur du refroidissement liquide. Qu'est-ce qui a précipité ce basculement ? Il faudrait un froid sibérien pour refroidir un data center saturé de racks portant des GPU. La puissance de calcul dégage une chaleur telle qu'un refroidissement localisé est devenu indispensable. D'autant plus qu'il est beaucoup moins gourmand en énergie qu'un refroidissement traditionnel. Aujourd'hui, plusieurs acteurs nous consultent, étant donné que chaque gouvernement ou grande institution voudra à terme disposer de sa propre infrastructure de calcul dédiée à l'IA. Or, ces infrastructures ne pourront tout simplement pas exister sans refroidissement liquide. Depuis deux ans, nous menons une démarche pédagogique pour expliquer nos solutions. Il y a eu un temps un débat entre l'immersion et le liquid cooling. L'industrie a tranché, la technologie s'est rangée du côté du liquid cooling. Nos interlocuteurs exigent de l'efficacité et des performances concrètes. Nous parlons désormais de densités allant jusqu'à 160 kW par rack, alors que la norme était aux alentours de 10 kW il y a quelques années, soit un allégement significatif de la facture énergétique de l'ordre de 80%. Couplée à un mix énergétique fait de renouvelables, nous obtenons alors des data centers véritablement verts et durables. Les clients sont de plus en plus soucieux de cette dimension, tous ont des engagements de décarbonation, et ils iront naturellement vers les data centers qui privilégient un bon mix énergétique. Le Royaume est d'ailleurs un exemple en Afrique, avec un niveau avancé en matière d'intégration des énergies renouvelables dans son mix. C'est un argument business solide qui permet aux data centers de venir s'installer au Maroc en toute sérénité. Justement, le Royaume affiche désormais une doctrine claire en matière de souveraineté numérique, à savoir que les données sensibles doivent rester sous juridiction nationale. En tant qu'équipementier français, comment vous positionnez-vous dans ce débat ? C'est une question centrale dans notre feuille de route depuis plusieurs années. Nous avons souvent entendu la ministre Amal El Fallah Seghrouchni parler de la souveraineté de la data, et nous disposons aujourd'hui d'un écosystème qui le permet. En tant qu'équipementier, notre rôle est d'apporter l'infrastructure, la partie gestion de l'énergie et l'architecture du data center. Nous n'intervenons ni sur la donnée elle-même, ni sur la partie serveur, ni sur le volet stockage. Nous pouvons donc conseiller et concevoir les architectures en toute sérénité, tout en préservant le caractère souverain de la donnée qui sera hébergée. Il n'y a aucun conflit là-dedans. Quels sont les appels d'offres liés au Mondial 2030 sur lesquels Schneider Electric est en lice côté infrastructures ? Il y en a plusieurs, mais il faut rappeler que nous n'avons pas attendu ces appels d'offres liés à la Coupe du monde pour être présents. Schneider Electric est implanté depuis de nombreuses décennies au Maroc, qu'il s'agisse d'infrastructures, de mobilité, de ports, d'aéroports ou d'autoroutes. Les projets auxquels nous participons dans le cadre du Mondial ne sont que la concrétisation de ce travail et de la réputation bâtie au fil des décennies. Il était donc naturel que nous soyons retenus sur plusieurs d'entre eux. Sur le volet formation, combien de jeunes Marocains formez-vous chaque année, et envisagez-vous des partenariats avec des entités publiques pour répondre à la demande générée par les data centers, l'IA et la 5G ? Schneider Electric s'inscrit depuis toujours dans une logique de formation et d'accompagnement. Nous avons d'abord nos programmes de fresh graduates, ces jeunes diplômés qui rejoignent directement nos rangs à la sortie de l'école. Aujourd'hui, 10% des effectifs de Schneider Maroc sont des fresh graduates, et la moyenne est similaire ailleurs dans le groupe. Nous sommes particulièrement fiers de les accompagner, ils représentent les forces vives de demain. Nous avons également un centre d'excellence où nous formons nos partenaires, nos techniciens de terrain, les équipes de maintenance et plus largement tout l'écosystème. À cela s'ajoutent des formations internes spécifiques, notamment sur l'IA, en phase avec les nouveaux usages d'une génération qui a grandi avec ces outils. Nos catalogues de e-learning sont extrêmement étoffés et couvrent aussi bien le management et le marketing que les métiers cœur de Schneider, la gestion de l'énergie, l'électricité ou la maintenance. Chacun de nos collaborateurs peut ainsi se former à son rythme. C'est, pour nous, un axe prioritaire. Ayoub Ibnoulfassih / Les Inspirations ECO