Economiste en chef, spécialiste des politiques territoriales de développement Entre avancées concrètes et cadre encore en construction, les villes intelligentes au Maroc se déploient progressivement à travers des initiatives ciblées en matière de mobilité, d'énergie et de digitalisation des services publics. Pour Tariq Akdim, économiste en chef, l'enjeu n'est plus tant technologique que méthodologique : mesurer, structurer et généraliser ces solutions afin d'améliorer durablement la gestion urbaine et la qualité de vie des citoyens. Quels sont les principaux indicateurs pour évaluer l'efficacité d'une ville intelligente ? Parler de ville intelligente sans parler de mesure, c'est un peu comme naviguer sans boussole. Au Maroc, plusieurs indicateurs commencent à structurer cette évaluation, même si le cadre reste encore en construction. D'abord, la mobilité urbaine: temps moyen de trajet, fluidité du trafic, taux d'utilisation des transports publics ou encore réduction des embouteillages. À Casablanca ou Rabat, ces données deviennent progressivement exploitables grâce aux systèmes de gestion du trafic. Ensuite, la consommation énergétique : suivi en temps réel de l'éclairage public, efficacité des bâtiments administratifs, part des énergies renouvelables dans le mix urbain. Certaines communes commencent à mesurer les économies générées par le passage à l'éclairage LED. La gestion des déchets constitue un autre baromètre clé: taux de collecte, recyclage, optimisation des circuits de ramassage. Ici, la donnée reste encore fragmentée, mais les expérimentations se multiplient. Enfin, les services urbains digitalisés (paiement en ligne, e-administration, signalement citoyen) offrent des indicateurs précieux : taux d'usage, satisfaction des citoyens, délais de traitement. La ville intelligente se mesure aussi à la qualité de la relation entre l'administration et ses habitants. Pouvez-vous donner des exemples de villes où des technologies connectées ont permis de réduire la consommation d'eau ou d'électricité ? Le Maroc avance par touches concrètes, souvent discrètes mais significatives. À Marrakech, par exemple, des systèmes d'arrosage intelligent dans certains espaces verts permettent d'ajuster l'irrigation en fonction de l'humidité du sol et des conditions climatiques. Résultat : une réduction notable de la consommation d'eau dans un contexte de stress hydrique. Du côté de Casablanca, l'optimisation de l'éclairage public grâce aux LED connectées permet non seulement de réduire la facture énergétique, mais aussi d'adapter l'intensité lumineuse selon l'heure ou la fréquentation. À Ben Guerir, considérée comme un laboratoire à ciel ouvert, le projet de ville verte intègre des solutions avancées de gestion énergétique, avec des bâtiments conçus pour consommer moins et produire parfois leur propre énergie. Ces initiatives restent encore localisées, mais elles dessinent les contours d'une gestion plus sobre et plus intelligente des ressources. Quelles solutions intelligentes sont déployées dans ces villes pour améliorer la circulation, la sécurité ou les services publics ? Contrairement aux idées reçues, la smart city marocaine n'est pas une projection futuriste : elle existe déjà, par fragments. Dans la gestion de la circulation, des systèmes de feux tricolores intelligents commencent à être déployés, capables de s'adapter au flux de véhicules en temps réel, notamment à Casablanca. Côté sécurité, des réseaux de vidéosurveillance intelligente intègrent progressivement des capacités d'analyse (détection de comportements suspects, reconnaissance de plaques). Les services publics ne sont pas en reste : digitalisation de l'état civil, paiement en ligne des taxes locales, plateformes de gestion administrative… L'intelligence artificielle reste encore à un stade embryonnaire, mais des expérimentations existent dans la gestion des flux ou l'analyse de données urbaines. Nous sommes moins dans une rupture technologique que dans une accumulation progressive de solutions concrètes. A.M. / Les Inspirations ECO