L'Agence nationale des eaux et forêts a dressé un état des lieux sur les réformes engagées dans le cadre de la stratégie «Forêts du Maroc 2020-2030», notamment en matière de réorganisation et de modernisation de la Police des Eaux et Forêts. La question environnementale ne relève plus uniquement des engagements de principe. Elle entre progressivement dans une phase d'opérationnalisation, où l'enjeu n'est plus seulement de légiférer, mais de faire appliquer efficacement les règles existantes. C'est dans cette perspective que le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a récemment consacré une audition à l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), autour d'un chantier sensible : renforcer la chaîne «sanction–réparation» en matière d'atteintes à l'environnement. Derrière cet intitulé technique se cache une problématique bien concrète. Les infractions environnementales — qu'il s'agisse de déforestation, d'exploitation illégale des ressources forestières ou de dégradation des écosystèmes — sont souvent constatées, mais leur traitement reste inégal. Entre le moment où l'infraction est relevée et celui où une réparation effective est engagée, les failles demeurent nombreuses. Procédures longues, sanctions peu dissuasives, difficultés d'évaluation des dommages : autant de limites qui réduisent l'impact des politiques publiques. Ecosystèmes L'ambition du CESE est claire : passer d'une logique essentiellement punitive à une approche plus globale, intégrant la réparation écologique. Autrement dit, il ne s'agit plus seulement de sanctionner un contrevenant, mais de restaurer les écosystèmes affectés. Cette évolution s'inscrit dans une tendance internationale, où la justice environnementale tend à privilégier des mécanismes de compensation et de réhabilitation. Lors de cette audition, l'ANEF a mis en avant les défis opérationnels auxquels elle est confrontée. La surveillance des espaces forestiers, souvent vastes et difficiles d'accès, nécessite des moyens humains et technologiques importants. À cela s'ajoute la complexité du suivi des infractions, qui suppose une coordination étroite entre plusieurs acteurs : autorités locales, forces de l'ordre, justice et administrations sectorielles. Mécanismes Dans ce contexte, le recours aux outils numériques apparaît comme une piste prometteuse. L'utilisation de systèmes de géo-localisation, de bases de données partagées ou encore de technologies de télédétection pourrait améliorer la traçabilité des infractions et accélérer les procédures. Mais au-delà des outils, c'est bien la gouvernance qui est en jeu. Le CESE insiste sur la nécessité d'une meilleure articulation entre les différentes institutions, afin d'éviter les ruptures dans la chaîne de traitement. Cette réflexion intervient à un moment charnière. Le Maroc fait face à une pression croissante sur ses ressources naturelles, accentuée par les effets du changement climatique. La raréfaction de l'eau, la fragilisation des forêts et l'érosion de la biodiversité imposent une réponse plus rigoureuse et plus cohérente. Dans ce contexte, l'efficacité des mécanismes de contrôle et de sanction devient un levier essentiel de la politique environnementale. Sanction–réparation Au-delà des aspects techniques, l'enjeu est aussi économique et social. Les dégradations environnementales ont un coût, souvent invisible, mais bien réel : perte de productivité agricole, dégradation des sols, vulnérabilité accrue des territoires. Renforcer la chaîne «sanction–réparation», c'est donc aussi protéger des équilibres économiques et des moyens de subsistance, en particulier dans les zones rurales. Reste que la réussite de cette réforme dépendra de sa mise en œuvre concrète. Les recommandations du CESE devront se traduire par des mesures opérationnelles, dotées de moyens suffisants et accompagnées d'un suivi rigoureux. Sans cela, le risque est de voir se perpétuer un décalage entre l'ambition affichée et la réalité du terrain. En ouvrant ce chantier, le CESE envoie néanmoins un signal clair : la gouvernance environnementale au Maroc entre dans une nouvelle phase, plus exigeante et plus pragmatique. Une phase où la crédibilité des politiques publiques se mesurera à leur capacité à produire des effets tangibles. Et où la protection de l'environnement cessera d'être un objectif abstrait pour devenir une réalité observable. ANEF : Des partenariats pour assurer une lutte efficace Pour le directeur général de l'ANEF, Abderrahim Houmy, les atteintes au patrimoine forestier ne constituent pas une fatalité, mais elles résultent de facteurs à la fois humains et climatiques, auxquels il est possible de répondre à travers une approche intégrée, fondée sur la sensibilisation, la responsabilisation des acteurs et la fermeté dans l'application de la loi. Houmy estime que «la lutte contre ces infractions repose sur la modernisation des dispositifs de surveillance, le renforcement du cadre juridique et l'implication active des acteurs locaux». D'autre part, la réunion a été l'occasion de mettre en lumière l'importance stratégique des partenariats institutionnels développés par l'ANEF, notamment à travers les conventions conclues avec la Cour de cassation (2022), la Direction générale de la sûreté nationale (2024) et la Gendarmerie royale (2025). «Ces partenariats traduisent une volonté commune de renforcer la coordination entre les différentes institutions, condition essentielle pour assurer une lutte efficace contre les atteintes au patrimoine forestier et faunistique», précise l'Agence. Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO