Le Département de la formation professionnelle s'apprête à lancer l'une des études les plus ambitieuses de son histoire pour suivre le parcours des diplômés de 2024. Avec une méthodologie entièrement repensée, un échantillon colossal de près de 23.000 jeunes et un dispositif 100% numérique, cette enquête nationale promet de livrer une radiographie inédite de l'adéquation entre formation et marché du travail. Quel est le devenir réel des milliers de jeunes qui sortent chaque année des établissements de formation professionnelle au Maroc ? Combien trouvent un emploi dans les neuf mois suivant l'obtention de leur diplôme ? Dans quels secteurs, à quelles conditions salariales, et avec quel niveau d'adéquation entre les compétences acquises et les exigences du poste occupé ? Pour répondre à ces questions cruciales, le ministère de l'Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l'Emploi et des Compétences entend mener une enquête nationale de suivi de l'insertion professionnelle des lauréats de la cohorte 2024. Certes, plusieurs études du genre ont été menées depuis 1987, mais le ministère ne souhaite pas reconduire la même démarche. Cette édition marque une montée en gamme significative, tant sur le plan méthodologique que technologique, avec l'ambition de faire de cet outil un véritable levier de pilotage des politiques publiques de formation et d'emploi. Jusqu'ici, le Département s'appuyait sur un dispositif historique d'enquêtes à 9 mois et à 36 mois, complété par des études auprès des employeurs. Toutefois, les évolutions permanentes du système de formation professionnelle, liées à la diversification des modes de formation, la multiplication des opérateurs ou encore l'émergence de nouvelles filières, imposent une refonte de l'appareil d'évaluation. L'objectif affiché est de transformer ce suivi en «un outil d'aide à la prise de décision» et «un dispositif global touchant l'ensemble des modes de formation». Pour cette édition 2025-2026, l'étude portera exclusivement sur les lauréats de la promotion 2024. La date de référence est fixée à neuf mois après la sortie de l'établissement de formation, un délai considéré comme pertinent pour une première mesure de l'insertion professionnelle. Une population mère de 110.000 jeunes Le défi statistique est à la hauteur des ambitions. La population cible est constituée de l'ensemble des lauréats de la formation professionnelle de la promotion 2024, tous modes confondus (résidentiel, alterné et apprentissage). À titre prévisionnel, le ministère évalue cette population à 110.000 individus. Ces lauréats relèvent de multiples opérateurs – au premier rang desquels l'OFPPT et le secteur privé – et se répartissent sur l'ensemble du territoire national, dans des secteurs aussi variés que le tourisme, le textile, les technologies de l'information, l'automobile ou l'administration. Pour garantir la représentativité des résultats, le taux de sondage global est arrêté à 20% , ce qui correspond à un échantillon de base de 21.400 lauréats. Toutefois, le CPS prévoit un mécanisme de «sur-échantillonnage» pour les strates à très faible effectif ou les filières mono-sites, portant la taille maximale de l'échantillon définitif à 22.800 lauréats. La méthodologie qui sera suivie est celle d'un plan de sondage stratifié avec allocation proportionnelle. La stratification devra impérativement tenir compte de sept critères : mode de formation, opérateur, secteur de formation, niveau (du Certificat d'apprentissage au Technicien spécialisé), région, genre et milieu de résidence. Trois phases séquentielles pour un projet de dix mois Ce projet d'enquête sera mené en trois phases, pour une durée globale d'exécution de dix mois. D'abord, l'élaboration de la méthodologie détaillée et la préparation du dispositif d'enquête. Entre autres démarches de cette étape, figure la réalisation d'une enquête pilote dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. La Phase 2 constitue le cœur opérationnel du projet, avec le déploiement des équipes sur l'ensemble du territoire national, puis la dernière étape sera dédiée au traitement informatique, à l'apurement des données, au redressement des non-réponses et à la production des états de sortie. Soulignons que pour garantir la bonne réalisation de cette entreprise, et en dehors des équipes mobilisées par le cabinet désigné pour ce projet, un comité de suivi sera institué, présidé par la directrice de la Planification et de l'Evaluation. Il associera les principaux opérateurs de formation, le Haut-commissariat au plan, l'Observatoire national du marché du travail et l'instance nationale d'évaluation. Un investissement stratégique pour l'avenir de la formation professionnelle Pourquoi cette enquête est particulièrement importante ? Dans un contexte où l'adéquation entre l'offre de formation et les besoins du marché du travail est érigée en priorité nationale, disposer de données fiables et granulaires sur le devenir des lauréats est indispensable pour ajuster les programmes, fermer les filières obsolètes et en ouvrir de nouvelles. Les résultats permettront de calculer des indicateurs clés tels que le taux d'emploi, le taux de chômage, la durée d'accès au premier emploi, la qualité des emplois occupés ou encore le déclassement professionnel. Autant de données qui viendront nourrir la réflexion des décideurs publics et des opérateurs de formation. L'évaluation de l'insertion des lauréats n'est plus une simple formalité statistique, mais bien un outil de souveraineté pour bâtir une économie des compétences alignée sur les besoins réels du Royaume.