L'exercice du bilan gouvernemental tient toujours du genre imposé. Il s'agit d'égrener les chiffres comme autant de preuves et d'aligner les réformes comme un rempart contre l'arbitraire des crises. Aziz Akhannouch s'y est livré mercredi. Il serait injuste de nier la densité du tableau. Croissance qui repart, investissements qui affluent, protection sociale qui s'étend... La surface économique est plus solide et la crédibilité internationale retrouvée. Les agences de notation ne s'y trompent pas, pas plus que les investisseurs étrangers. Reste qu'un bilan n'est jamais qu'un récit. Et tout récit suppose de choisir ce que l'on met en lumière et ce que l'on préfère laisser dans l'ombre. Certains silences dans le discours de mercredi sont, à cet égard, aussi parlants que les chiffres. On y cherche en vain un état des lieux précis du chômage des diplômés, cette bombe à retardement que les statistiques officielles peinent à dissimuler. On n'y entend rien ou presque des grèves qui ont jalonné la mandature, des hôpitaux encore trop souvent saturés, des écoles publiques où la qualité de l'enseignement reste inégale. Rien non plus sur la réforme du Code de la famille, si attendue, ni sur l'épineuse question des libertés. La corruption ? Une allusion indirecte à la «transparence dans l'investissement», sans nommer l'ampleur du mal. Naturellement, un bilan préfère toujours l'optimisme de la preuve à l'inconfort de la nuance. Or, les seuls indicateurs macro-économiques ne sont pas tout. D'autres critères du quotidien influent sur la perception que les jeunes, les chômeurs, les femmes, les ouvriers... peuvent avoir de l'économie «émergente» qu'on leur vante. Le gouvernement peut légitimement revendiquer d'avoir jeté des fondations. C'est un acquis, et il serait malhonnête de le minimiser. Mais une fondation n'est pas un achèvement. Transformer ces dispositifs en droits effectifs, accessibles et de qualité égale sur tout le territoire, voilà le vrai chantier. Parce qu'un bilan suppose que l'on explore aussi les angles morts, ces sujets qui font la différence et nourrissent la confiance entre un gouvernement et les citoyens. Meriem Allam / Les Inspirations ECO