Les prévisions économiques ont ceci de paradoxal qu'elles nous projettent dans l'avenir tout en nous rappelant, cruellement parfois, l'urgence du présent. Le dernier rapport du CEBR, qui anticipe un PIB marocain de 389 milliards de dollars à l'horizon 2040, place le Royaume aux portes du Top 60 des économies mondiales. Une projection flatteuse, tant elle conforte la pertinence des choix politiques opérés, mais qui joue tout autant le rôle de miroir tendu à notre action collective. Car ces agrégats chiffrés ne peuvent que nous pousser à nous interroger sur l'adéquation de notre vision politique par rapport à cette ambition économique. La croissance annoncée ne tient pas du miracle. Elle s'appuie sur des moteurs identifiés, matérialisés par une industrie qui monte en gamme, des services à forte valeur ajoutée et une classe moyenne en expansion. Mais ce modèle ne sera soutenable que s'il s'accompagne d'un effort prolongé sur les trois fronts que sont l'inclusion sociale, la résilience climatique et la gouvernance des réformes. C'est là que 2040 cesse d'être une simple date dans un tableau Excel pour devenir une échéance politique. Car maintenir une trajectoire de croissance à deux chiffres, créer des emplois qualifiés, préserver les équilibres budgétaires, investir dans l'adaptation climatique ou encore repenser la gestion de l'eau... tout cela suppose une constance stratégique que les cycles politiques peinent souvent à garantir. Voilà pourquoi le long terme doit devenir notre boussole. Comment ? Par une culture du cap, de l'évaluation et du résultat. L'horizon 2040 n'est pas si éloigné que cela, nous devons en faire un rendez-vous avec nous-mêmes. Meriem Allam / Les Inspirations ECO