Les prix des viandes rouges continuent de flamber à l'approche de l'Aïd Al-Adha. Sauf qu'aussi bien chez les producteurs que les intermédiaires, chacun trouve une excuse pour justifier cette envolée qui impacte lourdement le budget des ménages. Malgré une campagne exceptionnellement pluvieuse, les prix de nombreux produits de grande consommation se maintiennent encore à des niveaux élevés. C'est le cas des viandes rouges, avec le kilogramme de viande ovine qui se maintient au-delà de 120 dirhams. Dans certains marchés, on parle même de 150 dirhams. Une situation qui suscite l'incompréhension, sachant que le cheptel national se porte plutôt mieux que les années précédentes. Bien évidemment, les regards se tournent vers l'ensemble des intervenants de la filière des viandes rouges. Les premiers concernés, à savoir les éleveurs et agriculteurs, se lavent à grande eau. Et c'est leur président qui est sorti pour prendre leur défense. «J'insiste là-dessus et je suis catégorique : ce ne sont pas les éleveurs qui sont à l'origine de la cherté des prix», affirme Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l'agriculture et du développement rural (COMADER). Selon lui, «il faut faire le nécessaire pour identifier les vraies causes de la cherté des prix, une fois le bétail sorti de chez les éleveurs». Intermédiaires Sans le dire, il semble pointer du doigt les nombreux intermédiaires, souvent accusés de renchérir les prix. D'ailleurs, au niveau de la Fédération nationale des associations du consommateur (FNAC), on est plus direct : «Toute cette flambée des viandes rouges est le résultat de l'intervention des intermédiaires», assène son président, Ouadie Madih. Par intermédiaires, on pense notamment aux revendeurs et commerçants de détail, entre autres acteurs. Pourtant, à la Fédération marocaine des acteurs de la filière élevage (FMAFE), on est moins catégorique sur la forme retrouvée du cheptel national. Ici, on estime que la reconstitution du cheptel est encore en cours et que cela oblige toujours à se tourner vers les marchés d'importation». Sauf que sur ces marchés, les prix sont actuellement élevés, selon la FMAFE. On parle, notamment, du Brésil ou encore de l'Urugay. Avec la hausse des prix du carburant provoquée par la guerre au Moyen-Orient, on trouve d'autres explications à ces augmentations. Au final, tout porte à croire que ce n'est pas dans le court terme que la bonne pluviométrie de cette année va se faire sentir sur les prix des viandes rouges au Maroc, et surtout pas à l'approche de l'Aïd Al Adha. 35 MMDH Pendant ce temps, du côté du gouvernement, aucune décision ou alerte n'est encore activée. En marge de l'ouverture du Salon international de l'Agriculture du Maroc (SIAM), le ministre de l'Agriculture, Ahmed El Bouari, se contente pour l'heure d'évoquer le programme de reconstitution du cheptel national, «un levier essentiel pour rétablir progressivement l'équilibre du secteur». Par la même occasion, Bouari rappelle que le secteur de l'élevage représente près du tiers du PIB agricole. Générant près de 35 MMDH, il constitue une source de revenus pour près de 1,2 million d'éleveurs. Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO