Le SIAM s'érige cette année en vitrine du renouveau du secteur de l'élevage, après sept ans de sécheresse. Entre embellie pluviométrique, mesures de régulation, reconstitution du cheptel, flambée des prix des viandes rouges et nécessité de révision des contrats-programmes, le salon scelle le passage d'une gestion de crise vers un modèle de productivité plus résilient. Le succès de cette mutation dépendra de la capacité des acteurs à transformer cette période favorable en opportunité pour bâtir un système plus performant, agissant prioritairement en faveur des petits agriculteurs. L'ouverture du Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM) place, cette année, l'élevage au cœur des priorités nationales. Cette édition fera office de baromètre pour mesurer la situation actuelle d'un secteur éprouvé par un cycle inédit de sept années consécutives de sécheresse. Parmi les conséquences directes de cette situation, la suspension exceptionnelle par le Maroc de la célébration de l'Aïd Al-Adha 2025, sur Hautes instructions royales, afin de préserver le cheptel national. Celui-ci avait été, en effet, sévèrement affecté par la canicule, d'où une forte flambée des prix des viandes rouges, pesant lourdement sur le panier de la ménagère, et ce, en dépit des mesures de régulation prises par les autorités. Ces prix continuent d'ailleurs d'atteindre des niveaux sans précédent, dépassant le seuil des 110 dirhams pour le bœuf et 150 dirhams pour l'agneau. La situation est d'autant plus critique que le pays subit une érosion préoccupante de son cheptel de vaches laitières. Asphyxiés par le coût des intrants, beaucoup de petits éleveurs ont été contraints de sacrifier leurs femelles reproductrices. Il a ainsi fallu recourir de manière massive à l'importation de têtes de bétail pour répondre à la demande du marché et soulager la pression sur le troupeau national en phase de reconstitution. Dans un tel contexte, le pôle Elevage met en lumière la transversalité de cette activité qui tourne enfin une page douloureuse après les pluies bénéfiques qui se sont abattues cette année sur le pays. Celle-ci englobe les filières stratégiques du lait et des viandes rouges, qui figurent parmi les 19 filières ayant signé des contrats-programmes, couvrant les cheptels dans leur diversité (bovins, ovins, caprins, équins et camelins). Une note d'optimisme indispensable pour le moral des éleveurs Véritable pilier socio-économique, l'élevage demeure la principale source de subsistance pour les populations rurales dont les revenus dépendent aussi de l'agriculture et des ressources forestières. Dans le contexte actuel, cette édition du salon apporte de l'espoir aux éleveurs. En améliorant significativement le couvert végétal et les ressources fourragères, le récent épisode pluviométrique a offert une lueur d'espoir pour la reconstruction des troupeaux et la régénération des parcours naturels. La disponibilité des cultures fourragères permettra, notamment, de réduire la pression financière liée à l'achat d'aliments de bétail industriels et composés. Toutefois, malgré cette embellie, le secteur reste marqué par les séquelles de cette sécheresse qui a mis les éleveurs dans une situation de vulnérabilité extrême. En effet, les changements climatiques ont remis en question les modèles d'élevage et de pâturage au Maroc et la nécessité de transformation des systèmes alimentaires. Ceci passe, entre autres, par le développement d'une stratégie d'amélioration génétique adaptée aux conditions d'élevage marocain et la prise en considération de la problématique d'adaptation des profils génétiques à l'environnement agricole de chaque région. La pérennité de l'élevage dépendra de la capacité des acteurs Le rôle des pouvoirs publics, des interprofessions, et des chercheurs est primordial pour apporter des réponses concrètes dans le cadre des contrats-programmes des filières compte tenu de la sécheresse qu'a connue le pays lors des sept dernières campagnes. Il s'en est suivi, notamment, la révision des objectifs tracés dans les feuilles de route dédiées, avec un investissement de 108 MMDH, définissant le cadre général de la déclinaison de la stratégie Génération Green d'ici 2030. À noter que l'évaluation à mi-parcours de ladite stratégie a déjà été entamée par le ministère de tutelle. L'embellie actuelle, due aux meilleures conditions climatiques, est l'occasion de procéder à une transformation profonde des filières concernées. La pérennité de l'élevage au Maroc ne dépendra pas uniquement de la clémence du ciel et du retour ponctuel des fourrages, mais aussi de la capacité des acteurs à transformer ces périodes favorables en opportunités pour bâtir un modèle résilient et intégré, profitant en particulier aux petites exploitations. La question n'est plus seulement de maintenir un niveau de production élevé via l'augmentation du nombre de vaches importées, mais surtout de travailler sur la productivité des races adaptées génétiquement à l'environnement local. Cheptel national : près de 33 millions de têtes L'effectif total du cheptel national, recensé durant la période du 26 juin au 11 août 2025, s'élève à 32.832.573 têtes, selon le ministère de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts. Ce cheptel est réparti entre les ovins (23.158.248 têtes, dont 16.348.449 femelles), les caprins (7.474.172 têtes, dont 5.293.805 femelles), les bovins (2.094.109 têtes, dont 1.556.842 femelles) et les camelins (106.044 têtes, dont 91.432 femelles). L'opération de recensement a permis de constituer une base de données précise et actualisée des effectifs du cheptel national. Elle a mis en évidence une augmentation globale des effectifs du cheptel, surtout après les différentes opérations d'importation et le soutien financier direct des éleveurs. Ce soutien s'est manifesté, notamment, par des exonérations fiscales et douanières destinées à contribuer à la reconstitution progressive du cheptel bovin. Si le recensement a révélé une augmentation des effectifs du cheptel de manière globale, il a en revanche enregistré une baisse d'environ 30% du nombre de bovins et de camelins par rapport aux moyennes habituelles. Celles-ci se situent entre 3 et 3,2 millions de têtes, suite à une diminution des effectifs des bovins laitiers en raison des restrictions imposées durant la pandémie du covid-19 et de l'arrêt de l'irrigation dans les périmètres irrigués. Pour les camelins, dont la moyenne habituelle se situe autour de 150.000 têtes, les effectifs ont été affectés par les années consécutives de sécheresse. Les différentes mesures prises pour atténuer la situation Face à cette situation, les pouvoirs publics ont déployé une stratégie de sauvetage multidimensionnelle pour préserver le capital productif des 1,2 million d'éleveurs. Le premier levier repose sur la stabilisation des coûts de production via la distribution massive d'orge subventionnée, maintenue à un prix fixe de 2 dirhams le kilo, et d'aliments composés pour les producteurs laitiers. En parallèle, une aide financière directe à l'acquisition de génisses de races pures a été instaurée pour compenser les pertes liées à la «décapitalisation» forcée des années précédentes. Sur le plan réglementaire, le gouvernement a agi en suspendant les droits de douane et la TVA sur l'importation du bétail et des intrants. Pour garantir la pérennité du secteur, l'abattage des femelles reproductrices a été strictement encadré, une mesure vitale pour permettre la reconstitution naturelle des troupeaux. Enfin, un effort a également été consenti pour l'abreuvement du bétail dans les zones les plus reculées, combinant le creusement de nouveaux puits et le déploiement de camions citernes. Lait et viandes rouges : les objectifs chiffrés des contrats-programmes Dans le sillage de la stratégie Génération Green 2020-2030, les contrats-programmes pour les filières lait et viandes rouges – dont les professionnels attendent la révision – ont été signés en mai 2023. Pour la filière laitière, l'amélioration génétique constitue le levier central, avec pour objectif de porter les rendements de 4.200 à 5.500 litres par vache et par an. Pour la période 2021-2030, l'investissement global est fixé à 12,13 milliards de dirhams (MMDH). À noter que l'interprofession (Maroc Lait) porte l'essentiel de l'effort, avec 8,82 MMDH, contre 3,31 MMDH pour l'Etat. Le but est de porter la production de 2,5 à 3,5 milliards de litres d'ici 2030. L'analyse des chiffres révèle une stratégie orientée vers le rendement intensif. Le Maroc vise une amélioration génétique touchant 91% du cheptel (contre 71% en 2020). Les rendements par vache devraient bondir, notamment pour les races pures, passant de 4.200 à 5.500 litres/an. Côté consommation, le défi est de passer de 74 à 90 litres par habitant et par an, tout en assainissant le marché par la réduction drastique du colportage (de 30% à 10%). S'agissant des Viandes rouges, la filière bénéficie d'une enveloppe plus conséquente de 14,45 MMDH. Contrairement à la filière lait, la répartition est inversée : l'Etat injecte 7,75 MMDH face aux 6,70 MMDH de la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges (FIVIAR). La cible est de 850.000 tonnes en 2030, contre 600.000 en 2020. Le but de ce contrat réside dans la modernisation de l'aval avec l'agrément de 120 abattoirs modernes, contre seulement 6 en 2020. Sur le plan social, l'enjeu est la création de 166 millions de journées de travail (emplois directs) et la généralisation de la couverture sociale à 100.000 opérateurs. Le poids moyen des carcasses devrait également augmenter, signe d'une meilleure maîtrise des cycles d'engraissement (de 245 kg à 270 kg pour les bovins). Yassine Saber / Les Inspirations ECO