Malgré une campagne agricole jugée favorable et un net redressement des conditions d'élevage, les prix des viandes rouges continuent de peser sur le pouvoir d'achat des ménages. Dans cet entretien, Rachid Benali, président de la Confédération Marocaine de l'Agriculture et de Développement Rural (COMADER), écarte toute responsabilité des éleveurs et pointe des dysfonctionnements en aval de la filière. Il appelle à identifier les véritables causes de cette cherté persistante, tout en se montrant rassurant quant à l'approvisionnement et à l'évolution des prix à l'approche de l'Aïd Al-Adha. Comment expliquez-vous que les prix des viandes rouges et de certains produits agricoles continuent d'être si élevés malgré la bonne campagne agricole ? Les prix de certains produits, comme la tomate, sont liés à une tempête qui a impacté les cultures, mais la situation va bientôt revenir à la normale. S'agissant des viandes rouges, il faut noter que les aides exceptionnelles dont nous avons bénéficié ont été directement dirigées vers les éleveurs. C'est une action inédite et nous en sommes très satisfaits. Cela a coïncidé avec le retour des pluies et, par conséquent, une nette amélioration du couvert végétal. Nous pouvons donc dire que les éleveurs se portent bien actuellement. Par contre, ce que l'on n'arrive pas à expliquer, c'est le maintien à des niveaux encore très élevés, des prix des viandes rouges. Et je tiens à dire de façon claire et nette que cela n'est pas du tout lié à l'agriculteur ou à l'éleveur. Donc, à vous entendre, ce ne sont pas les éleveurs qui tentent de se rattraper en appliquant des prix élevés après toutes ces années de sécheresse ? J'insiste là-dessus et je suis catégorique : ce ne sont pas les éleveurs qui sont à l'origine de la cherté des prix. Les prix qui étaient appliqués l'année dernière ne doivent plus continuer de l'être. J'appelle à faire le nécessaire pour voir les vraies causes de la cherté des prix une fois le bétail sorti de chez les éleveurs. Et je le répète encore une fois, la cause est à chercher ailleurs. Actuellement, les prix de vente des ovins et bovins – et d'autres bétails depuis le producteur – est très raisonnable. Je ne comprends pas que le consommateur final continue de l'acheter à un tarif extrêmement élevé. Et pour l'Aïd Al-Adha, à quoi faudrait-il s'attendre, selon vous ? Cette année, normalement, les prix ne doivent pas augmenter lors de l'Aïd Al-Adha. Comme je l'ai dit, il faudrait voir où se trouve le problème afin de mettre fin à cette spéculation injustifiée. D'ailleurs, nous encourageons les consommateurs, à l'occasion de l'Aïd Al Adha qui approche, à aller acheter directement chez l'éleveur. Et tout le monde sait où trouver les éleveurs, notamment dans les petites villes et dans les souks de campagne. Le plus important à noter est que la reconstitution du cheptel national se fait avec une grande réussite et je peux dire que les problèmes liés à la disponibilité du bétail ne se posent plus. Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO