La conférence de haut niveau de la 18e édition du Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM 2026) a été marquée par plusieurs annonces. Le ministre de l'Agriculture a ainsi dévoilé un programme exceptionnel en sept piliers visant à reconstituer le cheptel national et moderniser les filières de la viande et du lait. Dans le prolongement des débats sur les systèmes agricoles et alimentaires, la conférence de haut niveau de la 18e édition du Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM 2026), s'est tenue mardi 21 avril, en présence des ministres de l'Agriculture du Maroc, du Portugal, de la France et de la Côte d'Ivoire. Cette rencontre a permis de faire le point sur un secteur durement éprouvé par un cycle inédit de sept années consécutives de sécheresse, en mettant particulièrement l'accent sur l'élevage et la production animale, désormais au cœur des priorités nationales. Traditionnellement considérée comme le baromètre de l'économie nationale, la campagne céréalière, qui exerce une influence déterminante sur les équilibres macroéconomiques du Royaume, devrait atteindre 90 millions de quintaux, selon Ahmed El Bouari, ministre de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts. Cette performance permettra une hausse de 15% du produit intérieur brut (PIB) agricole par rapport à l'année dernière. Notons que la campagne agricole 2025-2026 a été marquée par un excédent pluviométrique historique. Les pluies et les chutes de neige ont contribué à l'augmentation des réserves des barrages pour atteindre 3 milliards de mètres cubes, soit un taux de remplissage avoisinant les 76%. «La relance de l'agriculture irriguée est une conséquence directe de cette situation, puisque les réserves des barrages permettront de satisfaire les besoins en eau d'irrigation pour les différentes cultures en plus de l'élaboration du programme pour l'irrigation durant la prochaine campagne agricole», a souligné Ahmed El Bouari. Reconstitution du cheptel : les grandes lignes S'agissant de la production animale qui contribue à près de 35% du PIB agricole, elle représente environ 135 millions de journées de travail par an, et assure des revenus à près de 1,2 million d'éleveurs, le ministre a assuré que «le Maroc dispose de près de 33 millions de têtes d'ovins, de caprins, de bovins et de camelins. C'est ce qui permet de produire environ 530.000 tonnes de viandes rouges, et près de 2,5 milliards de litres de lait par an. En ce qui concerne la filière avicole, qui a connu un développement continu, elle a enregistré une production d'environ 784.000 tonnes de viandes blanches, en plus de 6,5 milliards d'œufs de consommation, ce qui a permis de couvrir les besoins du marché national à hauteur de 100%». Présentant la feuille de route gouvernementale, El Bouari a déclaré : «Afin de développer le secteur, le gouvernement a lancé un programme exceptionnel pour la reconstitution du cheptel national. Une enveloppe budgétaire importante y a été allouée, consacrée principalement au soutien des éleveurs pour l'acquisition d'aliments de bétail et la préservation des femelles destinées à la reproduction». Cette stratégie, articulée autour de sept piliers, porte sur le renforcement de la production d'aliments de bétail et du système de sécurité sanitaire animale, ainsi que sur l'augmentation de la productivité de la filière laitière et des viandes. Etant donné que le cheptel bovin représente 80% de la consommation nationale, le développement de la filière des viandes rouges s'appuiera sur l'amélioration des races bovines orientées vers la production de viande, via le développement de l'insémination artificielle et de la production locale de semences à haut potentiel génétique, tout en soutenant les projets d'engraissement. La feuille de route mise aussi sur le développement du secteur de l'élevage camelin, compte tenu de son rôle économique et social dans les provinces du Sud où il représente une valeur ajoutée avoisinant les 225 millions de dirhams par an et crée environ 2,7 millions de journées de travail. À cela s'ajoutent la mise à niveau des circuits de commercialisation et la modernisation des abattoirs, le développement des infrastructures logistiques, le renforcement du transport frigorifique ainsi que le développement de la formation et de la recherche scientifique. Regards croisés sur l'avenir de l'élevage Notons que José Manuel Fernandes, ministre de l'Agriculture et des Affaires maritimes du Portugal, invité d'honneur de cette édition 2026 du SIAM, a réaffirmé le rôle hautement stratégique de la production animale pour garantir la sécurité alimentaire. Abordant l'urgence climatique qui frappe particulièrement le bassin méditerranéen, il a fait de la gestion de l'eau une priorité absolue. Il a mis en avant l'expérience portugaise, illustrée par la création du barrage d'Alqueva et a rappelé le plan national d'investissement de 5,4 milliards d'euros d'ici 2030 pour une gestion hydrique intelligente. «Cette politique doit permettre de retenir l'eau pour l'agriculture, la consommation humaine et l'énergie, tout en prévenant les inondations», a-t-il ajouté. Par ailleurs, le ministre portugais a exhorté les décideurs à sceller une coopération au-delà des mots et des intentions pour passer à l'action concrète, afin d'offrir aux pays des partenariats fiables. Pour sa part, Annie Genevard, ministre française de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, a souligné que l'élevage constitue un pilier fondamental de la sécurité alimentaire et de l'équilibre territorial, partageant ainsi des défis cruciaux avec le Maroc et le continent africain. Face aux urgences climatiques, elle a plaidé pour une transformation pragmatique et équilibrée des systèmes d'élevage. Elle a également insisté sur l'importance de protéger la diversité génétique et de valoriser le pastoralisme, modèle ancestral de gestion durable. Rejetant fermement l'imposition d'un modèle agricole standardisé, elle a appelé à respecter les spécificités de chaque territoire. Aussi, la France propose d'approfondir son partenariat bilatéral, notamment dans la recherche scientifique, la formation et la gestion des ressources en eau avec le Maroc. Par ailleurs, Sidi Tiémoko Toure, ministre des ressources animales et halieutiques de la Côte d'Ivoire a souligné que l'élevage constitue le socle indispensable de la sécurité alimentaire et de la vitalité socio-économique des territoires ruraux. «Loin d'être un problème, l'élevage représente au contraire une partie intégrante de la solution écologique. Une transformation profonde des systèmes d'élevage est nécessaire. Cette transition doit être menée avec pragmatisme pour trouver un juste équilibre entre la viabilité économique pour les agriculteurs, le respect du bien-être animal et les impératifs environnementaux, notamment via la réduction de l'empreinte carbone et la lutte contre la déforestation». Yassine Saber / Les Inspirations ECO