Majorité et opposition s'affrontent sur le bilan gouvernemental à la Chambre des représentants. D'un côté, les groupes de la majorité saluent une «construction minutieuse». De l'autre, l'opposition dénonce un «hiatus» entre les chiffres officiels et le vécu des citoyens. Dans sa réponse, Aziz Akhannouch défend un bilan collectif face à une conjoncture internationale difficile et rappelle les avancées sociales et hydriques. Un débat qui préfigure la prochaine séquence électorale. Le débat parlementaire autour du bilan gouvernemental s'est clos mardi soir à la Chambre des représentants, sans avoir rapproché les points de vue. D'un côté, la majorité a salué une action «anticipative et audacieuse» qui aurait permis au Maroc de préserver ses équilibres économiques et d'engager des réformes sociales inédites. De l'autre, l'opposition a dénoncé un «hiatus» saisissant entre les chiffres présentés par Aziz Akhannouch et la réalité vécue par des millions de Marocains, confrontés à la cherté de la vie, à la précarité de l'emploi et à des services publics encore trop inégaux. Majorité : une «construction minutieuse» face aux crises Les groupes de la majorité ont défendu un bilan fondé sur des «choix stratégiques clairs». Le Rassemblement national des indépendants (RNI) a mis en avant une «approche anticipative audacieuse» qui a permis au Maroc d'enregistrer un taux de croissance moyen de 4,5% sur la période 2021-2025, contre seulement 2,1% lors du mandat précédent. «Le gouvernement a réussi à maîtriser les équilibres macroéconomiques en ramenant le déficit budgétaire de 5,5% à 3,5%», a rappelé le groupe, insistant sur le fait qu'il ne s'agissait pas d'«une embellie éphémère mais d'une construction minutieuse et méthodique». À l'appui de cette démonstration, le RNI a cité la hausse des investissements directs étrangers, passés à 56 milliards de dirhams en 2025, «un message de confiance clair des investisseurs étrangers dans la stabilité du Royaume». Le Parti Authenticité et Modernité (PAM) a, pour sa part, salué l'interaction rapide du gouvernement face à la flambée des prix de l'énergie, avec des mesures proactives telles que la subvention du gaz butane et la stabilisation des prix de l'électricité. «En dépit de la persistance de la cherté des prix ressentie par les citoyens, les efforts déployés ont empêché qu'elle n'atteigne des niveaux élevés comme dans plusieurs pays», a plaidé le groupe, dans une formule qui reconnaît implicitement les difficultés persistantes. Le Groupe istiqlalien de l'Unité et de l'Egalitarisme a, quant à lui, considéré que ce mandat a constitué «une véritable opportunité pour consolider les fondements de l'Etat social», conformément à la Haute vision royale. L'Exécutif, a-t-il ajouté, a su «transformer les crises en véritables opportunités». Enfin, le Groupe constitutionnel démocratique et social, qui se définit comme un «soutien critique», a souligné son engagement à accompagner les réformes, tout en relevant que l'agenda se heurte à des contraintes multiples : hausse des prix, inflation, perturbations des chaînes d'approvisionnement et des échanges internationaux. Opposition : un «hiatus» entre les chiffres et le vécu Sur le front opposé, les groupes de l'opposition ont livré une contre-argumentation serrée, refusant de s'en tenir aux seuls indicateurs macroéconomiques. Le groupe socialiste-opposition ittihadi a estimé que le bilan présenté s'est «focalisé sur la mise en valeur des réalisations» sans évoquer ce qui n'a pas été accompli, s'interrogeant sur le «timing» de cette présentation, à quelques mois de la fin du mandat gouvernemental. Chiffres à l'appui, le groupe a déploré la hausse persistante des prix des denrées de base et des hydrocarbures, ainsi que le manque d'interaction du gouvernement avec l'institution législative – des questions écrites restées sans réponse, des propositions de lois peu examinées. Le groupe Haraki a renchéri : «L'évaluation du bilan gouvernemental revient à questionner ce qui a changé dans la vie des citoyens.» Loin de mettre en doute les chiffres avancés, il s'agit, selon lui, d'interroger leur impact réel. Le groupe a fait remarquer que nombre d'engagements – création d'emplois, amélioration des indicateurs de l'éducation, promotion du travail des femmes – n'ont pas été honorés, critiquant là encore la «faible interaction» de l'Exécutif avec plusieurs initiatives législatives, notamment les propositions de création de commissions d'enquête parlementaires. Le groupe du Progrès et du Socialisme a observé que la présentation du bilan a contenu des «généralités» sans suivre une méthodologie claire pour évaluer la mise en œuvre du programme gouvernemental. Tout en reconnaissant des efforts dans la santé, l'éducation et le soutien au pouvoir d'achat, le groupe a mis en doute l'impact effectif de ces interventions, pointant du doigt la hausse des prix, certains dysfonctionnements dans la protection sociale, le retard dans le déploiement de mesures liées à l'investissement, ainsi que le classement du Maroc dans les indicateurs de perception de la corruption. Le groupement «Justice et développement» a été le plus incisif : la présentation de ce bilan d'étape constitue, selon lui, un «gaspillage du temps gouvernemental et du développement». Les indicateurs économiques avancés, notamment pour la croissance et l'emploi, «ne reflètent pas la réalité», a-t-il martelé. Akhannouch défend le fruit d'un «effort collectif» Dans sa réponse, Aziz Akhannouch a défendu un bilan «fruit d'un effort collectif, d'un travail sans relâche et d'un réel engagement envers la patrie et les citoyens». Il a rappelé le contexte particulièrement difficile de son entrée en fonction : les répercussions de la pandémie de covid-19, l'explosion soudaine de la demande pour les matières premières après la pandémie, les perturbations sur les marchés de l'énergie liées à la guerre russo-ukrainienne, et la sécheresse sévère qu'a connue le Royaume durant des années. «Malgré ces circonstances, le gouvernement a présenté un programme clair et ambitieux et a pris des mesures d'exception pour protéger l'économie et le pouvoir d'achat», a-t-il soutenu. Sur le plan économique, le Chef du gouvernement a rappelé que l'investissement public a atteint près de 380 milliards de dirhams, en hausse de 61% par rapport au mandat précédent. Les secteurs non agricoles, a-t-il ajouté, ont créé plus de 684.000 emplois entre 2022 et 2025, et 233.000 emplois supplémentaires hors agriculture sont attendus en 2026 si la dynamique se poursuit. Les finances publiques, a-t-il assuré, sont devenues «plus solides et plus à même d'assurer le financement des grands chantiers et de répondre aux besoins sociaux». Le déficit budgétaire, qui atteignait près de 7% en 2020, a été ramené à 3,5% en 2025 et devrait reculer à 3% en 2026. Le taux d'endettement est passé de 72,2% du PIB en 2020 à 67,2% en 2025, avec une prévision de 65,9% en 2026. Sur le plan social, Akhannouch a mis en exergue l'élargissement de la couverture médicale : près de 4 millions de familles bénéficient de l'AMO-Tadamone, soit quelque 11 millions de Marocains, avec près de 22 milliards de dirhams déployés en remboursements de frais médicaux à fin 2025. Plus de 4 millions de travailleurs non salariés ont également accès à l'AMO, qui couvre désormais 35 catégories professionnelles contre 7 auparavant. Enfin, il a défendu les avancées réalisées dans le secteur de l'eau, citant l'interconnexion des bassins du Sebou et du Bouregreg – «un grand challenge réalisé dans un délai record» – et la montée en puissance du dessalement, dont la capacité de production est passée de 46 à 415 millions de mètres cubes entre 2021 et 2026. Au-delà des chiffres et des contre-chiffres, ce débat parlementaire a surtout offert un aperçu des lignes de force qui structureront la prochaine campagne électorale. La majorité plaide la carte de la résilience et de la crédibilité internationale retrouvée. L'opposition, quant à elle, celle du décalage entre les indicateurs macroéconomiques et le vécu quotidien des Marocains. Entre ces deux récits, l'arbitrage final reviendra aux électeurs.