Par rapport à la moyenne des dix dernières années, la superficie touchée par les feux de forêt au Maroc a connu une baisse de 65%. En présentation du bilan de 2025, ce mardi à Rabat, l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) a fait savoir que les actions de 2026 mobilisaient 150 MDH, pour la prévention et la lutte contre les incendies. Source : ANEF ‹ › En interrompant le cycle de longues années de sécheresse, les précipitations de ces derniers mois au Maroc ont donné lieu à une abondance inédite de la biomasse végétale, qui enrichit plus que jamais le couvert forestier. Seulement, cet espace reste hautement inflammable. Pour cette raison, un budget global de 150 millions de dirhams est alloué à la prévention et à la lutte contre les incendies, dans la perspective des actions de l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) pour l'année 2026. En présentation du bilan de 2025, ce mardi à Rabat, l'instance a fait état d'un net recul de 65% des feux par rapport à la moyenne des dix dernières années. L'an dernier, quelques 418 incendies ont envahi une superficie totale de 1 728 hectares, dont 33% constitués de formations arbustives et herbacées. La pression est restée marquée dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, qui a concentré 40% des départs de feu et 89% de la superficie brûlée au niveau national. 94% des sinistres ont été maîtrisés avant d'atteindre 5 hectares. Source : ANEF Une mobilisation des autorités et des citoyens Si le bilan est positif, l'ANEF retient «deux incendies majeurs survenus en août dans la province de Chefchaouen» et ayant dépassé les 100 hectares, «totalisant respectivement 859 et 280 hectares brûlés». Selon l'agence, l'année 2025 qui a été la troisième plus chaude dans le monde a connu «des épisodes critiques, notamment au mois de juin avec plusieurs départs de feu enregistrés en moins de 24 heures au Maroc, ainsi qu'en août lors d'une vague de chaleur exceptionnelle ayant favorisé des incendies simultanés de grande ampleur dans le nord du pays». Cette «sensibilité croissante des écosystèmes forestiers face aux aléas climatiques» confirme, selon l'ANEF, la tendance régionale qui a marqué le bassin méditerranéen en 2025. Dans ce contexte, le Maroc a contenu l'impact des incendies à travers une coordination fluide entre le ministère de l'Intérieur, l'ANEF, les autorités locales, la Protection civile, la Gendarmerie royale, les Forces royales air, les Forces armées royales, et les Forces auxiliaires, en plus de la société civile et des riverains. C'est dans cette dynamique que l'agence capitalise sur la prévention et la lutte contre les incendies, à l'approche de la période estivale. À cet effet, le programme inclut «l'entretien des tranchées pare-feu, l'aménagement de points d'eau, l'ouverture et la réhabilitation des pistes forestières, la mise en œuvre de la sylviculture préventive, ainsi que le renforcement des moyens humains et matériels d'intervention». Source : ANEF À l'issue de la réunion du Comité directeur national chargé de la prévention et de la lutte contre les incendies de forêts, le directeur général de l'ANEF, Abderrahim Houmy, a insisté sur ces aspects. «Nous tenons également à rappeler qu'en cas d'incendie de forêt, les autorités doivent être informées au plus vite afin d'intervenir de manière responsable et efficace (…) Nous tenons à rappeler que toutes les parties prenantes sont prêtes, dans cette année marquée par l'important couvert végétal. La sécurité des citoyens doit être garantie», a-t-il déclaré. Dans ce sens, l'ANEF investira dans la sensibilisation, étant donné que la majorité des incendies reste d'origine humaine. Les campagnes de 2025 à cet effet ont déjà permis de toucher près de 35 000 personnes à travers «100 forêts urbaines et périurbaines, ainsi que 300 établissements scolaires». Dans la continuité, la quatrième édition de la Journée de sensibilisation se tiendra les 21 et 22 mai 2026, pour s'étaler sur les 23 et 24 au niveau de ces espaces. Une expérience technologique novatrice Si ce progrès notable s'explique par une coordination efficace, il tient aussi de ce que permet la technologique en matière d'anticipation des risques, comme l'a déclaré à Yabiladi Fouad Assali, directeur de la gestion de reforestation et des risques climatiques et environnementaux à l'ANEF. Il évoque particulièrement l'expérience novatrice du Maroc dans l'intégration de l'intelligence artificielle (IA). Source : ANEF «Le Maroc a fait un pas géant en matière d'intégration de l'IA dans le système de prédiction. Nous avons travaillé depuis des années sur la zone pilote du nord du pays, ce qui nous a permis d'atteindre un niveau de précision en matière de prévision de l'ordre de 72%, au lieu de 38 à 42% avec les usages conventionnels.» Fouad Assali – ANEF En d'autres termes, le recoupement de données et le recours aux options reposant sur des éléments actualisés fait que les deux tiers des feux de forêt au Maroc peuvent être prédits avant de se produire. «La base des données marocaines continue de s'enrichir avec des données avérées qualitatives, qui nous aident à affiner les modèles prévisionnels. Le processus est lancé pour étendre cette expérience à l'échelle nationale», s'est félicité Fouad Assali. Au-delà des prédictions, ce modèle «permettra d'améliorer continuellement le système de prévision et d'affiner surtout la composante d'investissement, pour mieux définir où mettre les tranchées pare-feu, les points d'eau, les pistes forestières et le positionnement des moyens d'IA avec plus d'efficacité», explique encore le responsable. Source : ANEF «Une équipe spécialisée marocaine travaille sur toutes ces questions et suit les dernières avancées en matière de développement d'IA pour tout ce qui est prévisions, prédictions, éclosions et propagation des feux. Les résultats sont déjà dans des articles scientifiques et une présentation sera consacrée prochainement à ces questions, dans le cadre d'ateliers de l'ANEF avec les universités et les écoles qui travaillent sur le sujet, de manière à partager les expériences.» Fouad Assali Le spécialiste souligne que «tous ces efforts, humains, logistiques et technologiques, aident à résorber les contraintes à la limitation des feux de forêt». Il rappelle qu'au niveau statistique, «le Maroc maintient une bonne position à l'échelle du bassin méditerranéen : il a de meilleures capacités de rationaliser ses moyens par rapport à ses superficies forestières». Selon lui, «le progrès technologique intégré à ce mécanisme améliore de plus en plus notre efficacité».