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Samuel Brussel, raconteur d'écrivains
Publié dans Le Soir Echos le 06 - 10 - 2011

Parmi les éditeurs, ceux qui aiment la littérature ne sont pas aussi nombreux qu'on pourrait le croire.
Samuel Brussel dirige les éditions Anatolia comme on mène une barque par gros temps. Il possède assez de goût pour avoir publié, sur les instances du poète belge William Cliff, l'une des voix les plus singulières de la littérature marocaine de langue française, Abdelmajid Benjelloun. Son récit Mama parut en 2002 chez Anatolia / Le Rocher. C'est de la haute voltige émotionnelle et spirituelle sur fond d'amour filial et d'amour maternel.
Mais Brussel n'est pas qu'un découvreur compulsif auquel on doit la publication en langue française de dizaines d'écrivains, romanciers, mémorialistes ou poètes parmi les plus singuliers. Non content d'éditer des ouvrages souvent majeurs d'auteurs allemands ou italiens, anglais ou américains, russes ou polonais, arméniens ou britanniques, irlandais ou catalans, tchèques ou portugais, le fondateur d'Anatolia que j'ai connu jeune homme nourri de pain, d'eau et d'un peu de confiture, visiteur régulier de Raymond Queneau dans son bureau des éditions Gallimard, s'est révélé un raconteur opiniâtre et vif, aussi égotiste que généreux dans ses admirations. Cela nous a valu sous sa plume des livres si singuliers qu'ils peuvent être dits sans exemple dans la production actuelle des essayistes : Généalogie de l'ère nouvelle (Grasset, 2005), Musique pour les vivants (Grasset, 2007), Ma valise (Anatolia, 2010) et ce Divertimento sabbatique (Anatolia, 2011).
Cet outsider est une sorte de saltimbanque érudit qui ne dédaigne pas la polémique mais s'attache d'abord à saluer la singularité des individus et des talents, même s'il insiste de façon peut-être trop récurrente sur ce qu'il veut faire savoir de sa propre singularité. Brussel est un anecdotier et un lutteur, un auto-stoppeur et une sorte de snob en lévitation loin du snobisme. Pour un peu, il abandonnerait l'édition au profit de la mappemonde.
La première partie de Divertimento sabbatique, Chronique itinérante, reprend un choix de feuilletons de brusel-express.be que vous pouvez donc découvrir sur internet. Samuel Brussel réside en Belgique et la quitte plus volontiers pour Dublin ou Gibraltar qu'il ne hante le Paris de ses confrères éditeurs ou écrivains. D'ailleurs, il n'a publié chez Anatolia que très rarement des écrivains français, parmi lesquels un romancier émouvant et méconnu Bernard Waller, l'auteur de Pacific 231 (Anatolia) mais aussi, chez Gallimard, de plusieurs romans qui se signalaient par un rare sens de la féerie.
Le statut de Brussel est bien rendu par une anecdote qu'il rapporte en liminaire : « Mon éditeur eut l'idée de proposer mon livre à un membre du Jury d'un prix littéraire étranger. ‘‘Je trouve qu'il irait bien pour un prix étranger… suggéra-t-il d'une voix inspirée au juré.
– Mais votre auteur n'est-il pas français ? répondit, surpris, notre homme.
– Ah… oui, c'est vrai'', dut-il admettre, confus. « Comment ai-je pu oublier ? » l'entendis-je murmurer, songeur, comme s'il me posait la question. »
D'où parle Samuel Brussel ? Pas depuis l'illusion de bonne ou de mauvaise conscience. Les « fruits interdits» de « l'oppression » et de « l'humiliation » , l'auteur de Divertimento sabbatique nous invite à reconnaître qu'il n'est pas permis d'y goûter « par procuration : il faut qu'ils vous détruisent avant que vous ne puissiez revenir à la vie. » Toute la différence entre Le Quai de Ouistreham de Florence Aubenas se scandalisant « de passer inaperçue auprès des employés de bureau entre lesquels, déguisée en femme de ménage pour les besoins de son enquête, elle passe l'aspirateur… » et Le Quai de Wigan d'Orwell qui, lui, fut vraiment dans la dèche à Paris et à Londres avant d'écrire le fameux 1984.
Parmi les écrivains que Brussel admire et défend avec le plus de conviction et l'entrain malicieux qui demeure sa marque, il y a V. S. Naipaul, né à Trinidad et enquêteur décapant en Afrique comme en Inde, mais il a publié aussi Gertrude Stein, l'amie de Picasso et le Journal d'un génie adolescent de Salvador Dali, ou encore Mémoires d'un Indien du Sud de R.K. Narayan et Café Martinique de Derek Walcott.
Sergueï Donatovitch Dovlatov est un des auteurs que nous fait découvrir Brussel dans Divertimento sabbatique. C'est écrivain russe résumait ainsi son propre exil : « Tu as émigré pour parler de nous et de notre passé. Tout le reste est insignifiant et inconsistant. Tu ne pourras jamais échapper à ton passé. C'est-à-dire à nous. Poètes fous et peintres, alcooliques et professeurs, soldats et prisonniers. Je te le dis encore une fois : souviens-toi de nous. Nous sommes nombreux et nous sommes vivants. »
Ainsi va Divertimento sabbatique, passant d'un géant connu à un géant inconnu et dénonçant tel ou tel faiseur avant de s'abriter à nouveau sous un ciel de rêverie.
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