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La langue française n'est pas en danger au Maroc | Le Soir-echos
Publié dans Le Soir Echos le 23 - 03 - 2012

Newsletter », « has been », « low cost », ou encore « brushing ». Les anglicismes foisonnent dans le langage parlé des francophones, mais aussi des arabophones. Face à cette hégémonie linguistique de la langue de Shakespeare, que deviennent les autres langues ? Semaine de la francophonie oblige, des écrivains et spécialistes de la langue française se sont penchés sur la place tenue par le français dans ce monde globalisé. L'occasion de débattre de ce sujet leur a été donnée par la délégation Wallonie-Bruxelles au Maroc, lors d'une rencontre portant sur l'avenir de la pluralité des espaces francophones organisée lundi dernier à Rabat.
Le français, ce « challenger »
Aujourd'hui, les francophones sont 220 millions, parsemés de part le monde. Comment s'est-elle propagée ? Pour Marc Quaghebeur, poète et écrivain belge, « le français est une langue qui ne s'est pas développée comme les autres. Aujourd'hui, tout pays francophone est un pays plurilingue ». Le Maroc en est d'ailleurs un exemple. La langue française est donc une sorte de « challenger », qui réussit à se faufiler et à trouver sa place dans des pays où elle n'est pas une langue nationale. Un challenger également face au mastodonte anglais. Une idée confortée par Xavier North, délégué général à la langue française et aux langues de France rattaché au ministère français de la Culture et de la communication. « L'espace francophone est pluriel. Partout où il est parlé, le français n'est pas seul ». Au Maroc pourtant, le français est encore considéré par certains comme « la langue du colon ». Il est donc soit rejeté en bloc, soit réservé à certains milieux sociaux et à la sphère professionnelle. Pour Abdellah Baïda, écrivain et critique littéraire marocain, ses compatriotes ont tort de considérer le français comme une langue impérialiste. Bien au contraire. « Avec une mondialisation qui prône l'unification, la francophonie peut être considérée comme un contre-poids destiné à protéger la diversité, en particulier de la diversité culturelle », assure-t-il. En somme, il existe de la place pour toutes les langues étrangères au côté des officielles.
Un Maroc qui promeut sa diversité
La diversité linguistique a d'ailleurs été mise en valeur par l'article 5 de la nouvelle constitution qui redore le blason de l'oubliée langue amazighe, sans oublier la place des autres langues étrangères. « L'Etat veille à la cohérence de la politique linguistique et culturelle nationale et à l'apprentissage et la maîtrise des langues étrangères les plus utilisées dans le monde, en tant qu'outils de communication, d'intégration et d'interaction avec la société du savoir, et d'ouverture sur les différentes cultures et sur les civilisations contemporaines », souligne le texte. Au final, le Maroc doit trouver le moyen de calmer ses démons historiques et colonialistes, et se concentrer plutôt sur les méthodes d'enseignement des langues, aussi bien nationales qu'étrangères.
Entretien avec
Abdellah Baïda, écrivain et critique littéraire.
Pensez-vous que la langue française est en danger au Maroc ?
Je ne pense pas. Le français est une langue comme une autre, qui est une composante de notre identité. Si on constate l'évolution de la langue française au Maroc, on doit reconnaître qu'il y a un développement quantitatif. On trouve beaucoup plus le français, mais on enregistre une régression au niveau de la qualité.
Vous parlez de l'enseignement ?
Oui, entre autres. Ceci est peut être dû aux méthodes d'enseignement, mais le fait est que le problème existe même pour les autres langues. Même la langue arabe n'est pas bien maîtrisée au Maroc, parce qu'il n'y a pas de politique linguistique rationnelle et raisonnée. Comment expliquer qu'un jeune Marocain qui passe plusieurs années à étudier le français durant toute sa scolarité ne le maîtrise pas ? J'ai moi-même reçu, à la Faculté des lettres, des étudiants chinois qui ont étudié le français durant trois années. Ceci leur a suffi à faire un bon commentaire composé. A côté, les étudiants marocains qui avaient fait 15 années de français n'y sont pas arrivés.
Le français est-il rejeté par les Marocains ? Si oui, pour quelles raisons ?
Le problème est que plusieurs Marocains pensent que le français menace l'arabe. La preuve est qu'en 2005 et 2007, deux associations de défense de la langue arabe ont été créées. Or à mon avis, il peut y avoir une cohabitation de ces deux langues. Le français ne menace ni l'arabe ni l'amazighe, qui sont deux langues officielles et nationales. D'ailleurs, il ne faut pas oublier que même l'arabe est arrivé au Maroc à travers l'Histoire, et donc qu'il n'était pas non plus la langue originelle du pays.
Vu la place qu'il occupe, pensez-vous que le français doit être officialisé dans les textes ?
Le français ne peut pas être une langue officielle, mais doit être considéré comme une composante culturelle marocaine. Nous avons une littérature en langue française, ainsi qu'un théâtre et des médias en langue française. C'est un acquis qui doit être reconnu. En le reconnaissant, on pourra mieux réfléchir à son utilisation.


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