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Le Morisque par Hassan Aourid | Le Soir-echos
Publié dans Le Soir Echos le 04 - 09 - 2012

Hassan Aourid, plus connu comme personnage public que comme auteur, nous livre une version romancée de l'histoire des Morisques, musulmans d'Espagne forcés à la conversion du temps de l'Inquisition. Chihab-Eddine, le personnage dont l'histoire est racontée a réellement existé, mais l'auteur l'a rendu plus humain en imaginant, tout en restant très fidèle à l'Histoire, les aspects qui font la différence entre un repère historique et le parcours d'une vie avec tous ces petits détails d'émotions, de rêves et de questionnements qui font l'homme. Le Soir Echos vous propose de découvrir ce roman tout au long de l'été en épisodes quotidiens, pour (re)découvrir cette période de la grandeur de l'Islam et vous évader en compagnie de personnages au verbe haut et à la pensée profonde.Bien que l'histoire se passe au XVIe siècle, les ressorts philosophiques qui l'animent, transposés dans un contexte contemporain restent d'une actualité vivace. Un livre qui grâce à l'érudition de Hassan Aourid, écrit dans un style agréable ne manquera pas de captiver l'attention des lecteurs.
La rupture avec le Sultan était consommée, et la ville de Sala le Neuf refusait de payer la dîme. C'était l'unique point qui unissait les différents protagonistes. Le Sultan voulait utiliser les habitants dans ses harkas contre les dissidents, et les ressources des douanes dans son trésor de guerre. Dans un acte désespéré, le Sultan Moulay Zidane nomma le renégat Morato, amiral de Sala le Neuf, pour priver les protagonistes d'un allié de taille. Mais l'autonomie était dans l'ordre des choses et elle finit par s'imposer. L'autonomie ouvrait la voie aux rivalités entre clans et à la compétition pour le pouvoir entre prétendants. Il y avait le clivage entre Hornacheros, habitants la Casbah, qui avaient le haut du pavé de la ville, et les Andalous, petites gens, artisans pour la plupart. Ils n'avaient pas l'imperium certes, mais ils avaient le nombre. Rodiès œuvrait, inlassablement, pour diluer les différences pour une entité commune. Or pour que ce sentiment pût imprégner les deux communautés, il
Représentation de femmes andalouses.
fallait qu'il y ait des fondements de justice et des relations de solidarité. La religion pouvait y contribuer, et en cela que Rodiès avait essayé de m'utiliser. Mais il était lui-même contesté. Les Hornacheros se méfiaient de lui, par ce qu'il était Andalou et qu'il remettait en cause leur prééminence. Il prônait, quant à lui une structure commune, non seulement aux deux communautés, mais avec Sala le vieux, sur l'autre rive. Un pouvoir commun aux trois communautés dont il serait le chef puisqu'il était celui qui incarnait l'unité de destin. Aucune des trois communautés n'accepterait de se diluer dans les deux autres, ou plus exactement les chefs des trois communautés refuseraient à fusionner dans une communauté transcendante. Les notables Hornacheros s'organisaient pour parer à l'ascension de ce leader charismatique. Même les artisans de la médina ont préféré se mettre sous la houlette d'un chef conservateur, en l'occurrence Vargas, qui, en chrétien, s'est converti à l'islam pour la circonstance. Les Hornacheros jetaient leur dévolu sur l'armateur Barco. Quant à Sala le vieux, elle était administrée par une gérontocratie terrienne, avec la complicité des oulémas. Les chefs des trois communautés avaient en commun leur aversion pour le jeune leader qui voulait remettre en cause les fondements du pouvoir des trois communautés.
Rodiès savait que le nombre à lui seul ne suffisait pas, et que sans moyens financiers ses projets politiques resteraient lettre morte. Il s'est rallié au caïd Morato, Renégat hollandais, ayant une grande expérience corsaire, disposant de moyens financiers et de réseaux suffisants pour l'approvisionnement en armes et en matériels. Les aristocrates des deux communautés n'étaient pas dupes et s'étaient approchés de l'armateur anglais John Harrison pour faire contrepoids à la manœuvre de Rodiès.
La République fut déclarée en mai 1627, avec un triumvirat composé de Vargas, alias Bargach, pour les Andalous, Cérone qui a remplacé Barco pour les Hornacheros, et Kasri en tant que chef des armées.
Les chefs du triumvirat s'empressèrent, dans la foulée de la déclaration de la République, à chercher des appuis à l'extérieur. Ainsi ils libérèrent les prisonniers anglais dans une opération de charme vis-à-vis de l'armateur anglais. Ils signèrent un traité entre le diwan de Sala le Neuf et l'Angleterre et dépêchèrent une délégation de deux ambassadeurs, Ben Saïd et Narvaez pour la ratification par le Roi Charles 1er d'Angleterre du-dit traité. Pour couper l'herbe sous les pieds de Rodiès, Cérone prit attache avec les Hollandais et dépêcha une délégation aux Etats généraux pour faire connaître les bonnes dispositions des Andalous à l'égard des Hollandais.
La tournure des choses ne correspondait pas à ce qu'envisageait Rodiès. Les pouvoirs en place se sont ligués pour l'écarter, avec un maillage diplomatique qui contribua à l'isoler davantage. Les notables usèrent d'une arme redoutable pour l'anéantir : le dénigrement. On fit circuler différentes rumeurs sur son compte. On avança son non-conformisme à l'islam, pis, on prétendit qu'il était Castillan infiltré, travaillant pour le compte des Espagnols.
Rodiès, comprit que l'étau se resserrait contre lui. Caïd Morato, tout en étant un appui important, n'était pas les Etats généraux de Hollande, et puis Morato n'était pas constant dans ses alliances qui devaient correspondre à ses intérêts et non le contraire. Rodiès savait que Morato gardait le contact avec le Sultan saâdien. Fennich, son allié de l'autre rive du fleuve, n'avait que son aura, sans moyens matériels et prônait un choix que ne pouvait agréer Rodiès. Fennich, réaliste, préconisait l'ouverture à d'autres forces locales. Rodiès refusait de diluer la spécificité morisque dans des alliances avec les Maures. Avec le nombre, ils finiraient par altérer la spécificité andalouse. Il lui restait la médina. Les Andalous prirent conscience de l'injustice qui les frappait, face à la mainmise des Hornacheros sur tous les leviers économiques, financiers et politiques. Bargach qui était censé représenter les Andalous, démissionna de guerre lasse. Le projet de Rodiès d'une unité de destin des Andalous était tombé à vau-l'eau. Il fallait ameuter la médina, et le cas échéant prendre les armes.
Les Hornacheros ne voulaient aucunement traiter avec Rodiès et coupèrent les vivres aux Andalous. Ceux-ci finirent par s'insurger en septembre 1629. Devant la menace que posait les Andalous de la médina, les gens de Sala le vieux coururent à la rescousse des Hornacheros. La victoire des habitants de la médina, pour la plupart des petites gens, serait un prélude à la victoire du projet de Rodiès. Il ne fallait pas qu'il aboutît. Les Hornacheros firent des avances à Fennich pour négocier dans le but d'isoler Rodiès. Celui-ci, en homme de principe, refusa net. Les gens de Sala le vieux, de connivence avec leurs alliés, les Hornacheros, déclarèrent Fennich traître. Une parodie de justice fut improvisée et il fut condamné à l'emprisonnement par les siens dans Borj Doumou' (le fort des larmes), non loin du tombeau du Saint de Sala-le vieux, Sidi Ibn ‘Achir.
En définitive, les clivages étaient entre deux communautés nanties et une autre défavorisée, tenue en suspicion.
Un semblant d'accalmie gagna la ville. La communauté andalouse, malgré ses succès, était affaiblie. Elle était sans ressources et ses leaders isolés et emprisonnés. L'oligarchie Hornacheros était prête à lâcher du lest mais sans Rodiès. L'irréparable eut lieu le 29 octobre. Des émissaires vinrent lui proposer de négocier pour trouver une issue, en dehors des murailles de la ville pour ne pas susciter la suspicion des gens de Sala le vieux. Il accepta l'offre pour éviter à la médina la famine et la désolation qui la frappaient.
J'étais en train de dispenser mes cours à la mosquée Palamino quand Ronda, le préposé de la mosquée me souffla l'assassinat de Rodiès. J'en avais les jambes sciées. Les jeunes écoliers me regardèrent médusés. « A Dieu nous sommes et à lui nous retournons, Rodiès est mort » prononçai-je d'un air hébété. Les jeunes Fenjero, Sebbata, Jorio quittèrent l'enceinte de la mosquée en criant « Rodiès, Rodiès.... » sous la houlette du bouillant Jabrou.
On ne trouva que quelques lambeaux de sa jaquette ensanglantée. Ses assassins ne voulaient point laisser de trace. Son corps ne fut jamais retrouvé. Les Hornacheros se lavèrent les mains de son meurtre. Les gens de Sala le vieux firent de même. On accusa le prédicateur ‘Ayachi, d'autres les Espagnols. Tous furent soulagés d'être débarrassés d'un adversaire de taille. Tous, sauf les petites gens.
Je me dirigeai chez lui et trouvai sa femme Chama Mouline qui pleurait avec dignité, tenant à ses côtés ses enfants.
Nous étions désemparés. L'assassinat est la mort naturelle de celui qui se met au service de la communauté, mais la mort n'est pas synonyme de l'absence de trace. Nous étions désemparés de ce mort sans corps et nous ne savions comment organiser les veillées funèbres.
Sur la petite colline de Loubira, j'improvisai l'oraison funèbre pour celui qui fut le meilleur de nous :
Ambassadeurs de Salé envoyés en Hollande (Gravure du XVIIè siècle)
« Il est mort sans sépulture, le meilleur de nous, mais nos cœurs sont sa sépulture. Il vivra à jamais dans nos cœurs celui qui portait nos espoirs. Il vivra, celui qui dans sa chair a porté nos blessures et nos malheurs. Il est mort pour que nous vivions, et chaque pas que nous menons dans le combat pour la dignité est une résurrection. Sa résurrection, mais aussi la nôtre. Il nous ressemblait puisque il portait nos malheurs et blessures qu'il faisait siens. Il était le meilleur parce qu'il les traduisait en actes. Ses erreurs le grandissaient parce que c'était les erreurs d'un homme d'action. Non, il n'avait pas les élucubrations des oisifs et les conjectures des ermites. C'est dans l'action qu'il trouvait son inspiration même dans les erreurs, et chaque erreur ouvrait des voies insoupçonnées à l'action, grâce à sa perspicacité.
Sa grandeur était sienne et ses erreurs celles de son temps. Oui, frères, il était le meilleur de ce que pouvait donner les deux rives, si les deux rives apprenaient à s'écouter et à s'entendre. Dans l'aveuglément on le jeta, dans la bêtise on le traqua, et dans la haine on le sacrifia. Pour l'extirper de sa terre qu'il voulait ressusciter ici. Peut-être fut-ce une chimère, mais ceux qui l'ont poussé à bout ne portent-ils pas la responsabilité de ses errements ? Il n'est pas né hostile à l'Espagne, mais une certaine Espagne l'a rendue aigre. Il était espagnol et ne s'était jamais posé la question s'il était juif, chrétien ou musulman, jusqu'au moment où on s'était décidé pour lui, pour lui dire qu'il était mauvais chrétien. Il était chrétien à sa manière. Et quand il est devenu musulman ce n'était certainement pa
s à sa manière. Il était touché dans sa chair pour pouvoir rester lucide. La violence n'était pas une seconde nature chez lui mais une réaction. Cela on semble l'oublier.
Il n'avait jamais fait sienne la foi qu'on hérite ou qu'on possède, et le cas échéant, on exhibe comme on exhibe un costume. Dieu est une quête, et dans cette quête où le doute ne disparaît pas pour ne p
as permettre au dogmatisme de s'installer, la foi devrait inspirer l'action et l'amour, sans cela cette quête n'a pas de sens. Il aurait pu évoluer vers l'amour s'il n'était pas blessé. Sa blessure n'a pas eu le temps de cicatriser.
Mes frères Maures lui en voudront pour ce qui semblait être une arrogance. Il était trop attaché à sa terre, à son héritage pour accepter le désordre, la superstition, le fétichisme, la discorde. Autant de faits qui lui répugnaient. Peut-on lui en vouloir pour autant s'il tenait à préserver l'identité de sa communauté blessée ? Aurait-il réagi de la sorte si les Maures étaient ce qu'il se représentait : des gens sobres, travailleurs, rationnels et disciplinés. Ils l'ont déçu par ce qu'il les avait trop idéalisés. Mes amis Maures ne lui en voulez pas. Il pensait faire de sa communauté le peuple élu qui guidera les autres, le levain qui fera lever la pâte. Il fut emporté injustement et... prématurément.
Il est là, partout, et le se
ra à jamais. Son âme plane et planera pour toujours.
Dors en paix Rodiès, ou Rodriguès.
Qu'Allah t'ait en Sa sainte Miséricorde.
Amen. »
Le vent soufflait. Il emportait mes paroles comme il a tant emporté et annonçait l'orage.
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