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Damir appelle à l'interdiction de toute instrumentalisation politique de la religion
Publié dans Libération le 08 - 12 - 2019

Le mouvement Damir a organisé samedi à Casablanca une conférence pour présenter son mémorandum concernant le nouveau modèle de développement, intitulé « Le Maroc que nous voulons ».
«Nous voulons moderniser notre système politique », a souligné d'emblée Salah El Ouadie, président du mouvement Damir.
Selon lui, le mouvement Damir, en rédigeant son mémorandum, a tenu à ne pas sombrer dans « la complaisance », ni dans «la dépréciation», soulignant que le mouvement considère que l'institution monarchique, symbole de l'unité nationale, devra jouer un rôle central dans le système politique en tant qu'arbitre.
Il a appelé à une refonte profonde des rapports entre les cercles du pouvoir et les partis politiques, car «certaines formations politiques se sont plaintes d'avoir été la cible d'une hégémonie extérieure qui entendait les domestiquer et leur dicter leur ligne de conduite politique. Ce type de comportements anachroniques porte préjudice aux institutions de notre pays et décrédibilise tout l'édifice démocratique», a mis en exergue le mémorandum.
Pour mettre fin à ce genre de pratiques, Damir propose des sanctions à l'égard tant de « celui qui fait pression que celui qui s'y soumet. La loi devra définir le profil des hauts responsables et des décideurs politiques à qui s'adresse cette réglementation et indiquer l'échelle des sanctions en fonction de la gravité des faits».
Damir appelle également à interdire toute surenchère sur la personne du Roi dans le débat politique. Selon ce Mouvement, certains partis politiques et responsables politiques se lancent dans la surenchère en prétendant leur proximité avec le Monarque. « Cela doit cesser, car cette surenchère prend en otage la neutralité Royale et écorne l'étanchéité qui doit exister entre les deux formes d'incarnation de la souveraineté du peuple».
Un autre point important a été évoqué dans le mémorandum de Damir. Il s'agit de l'interdiction expresse de toute instrumentalisation de la religion dans la compétition politique, car « l'amalgame entre le religieux et le politique est pernicieux pour les deux camps», a précisé le mémorandum.
Pour sa part, Driss Aissaoui, analyste politique, a souligné l'importance des propositions contenues dans le mémorandum du Damir. «C'est une initiative forte », a-t-il indiqué.
S'agissant du volet des valeurs, Ahmed Assid, militant des droits de l'Homme et vice-président de Damir, a mis l'accent sur l'interdépendance entre les volets, politique, économique et axiologique.
Il a considéré que tout changement au niveau des valeurs au sein de la société est tributaire de la réforme en profondeur du système éducatif, déplorant que l'école soit aujourd'hui «l'otage des tactiques conjoncturelles du pouvoir ». Selon lui, quand le pouvoir voulait durant les années 70 combattre la gauche, il avait interdit l'enseignement de la sociologie et de la philosophie.
« La réforme de l'éducation doit être un chantier national » et l'école « ne doit pas être un champ de bataille entre les idéologies », a mis en avant Ahmed Assid.
Il a, par ailleurs, souligné que le mouvement Damir défend les libertés individuelles et collectives et appelle à une révision complète du droit pénal qui date de 1962, rappelant que la société marocaine a connu de nombreux changements au niveau des mentalités.
Il convient de rappeler également que Damir a appelé dans son mémorandum à la modernisation du droit successoral. Selon cette ONG, «les règles d'héritage bâties sur le droit musulman sont en grande partie à l'origine du déséquilibre économique entre les hommes et les femmes »/ Et d'ajouter : «Nous considérons que le dispositif législatif marocain applicable aux règles d'héritage doit être progressivement aligné sur les principes énoncés dans la Constitution de 2011, en particulier l'article 19 et sur les engagements internationaux du Royaume du Maroc».
A cet effet, le Mouvement propose deux régimes de succession différents. Le premier «construit sur les règles du droit musulman avec une double part réservée à l'homme par rapport à la femme», alors que le deuxième est «fondé sur une égalité parfaite entre les deux sexes sans possibilité juridique de déshériter l'un des ayants droit ». Et le document de préciser que «le régime de droit commun restera celui qui se réfère aux principes religieux, alors que le régime civil sera optionnel et l'expression de la volonté de la personne décédée devra se matérialiser sous forme testamentaire. Cette hiérarchie des régimes successoraux devra être appliquée durant une période de trois à cinq années, puis passé ce délai transitoire lorsque les comportements et les mentalités auront évolué, la hiérarchie devra s'inverser pour que le régime civil égalitaire devienne celui du droit commun et que le régime religieux devienne l'exception qui doit être formalisée par voie testamentaire ».
Le volet économique a été présenté par l'économiste et vice-président de Damir.
Selon lui, le mémorandum de Damir part de deux principes fondamentaux : le premier est que le citoyen doit être au centre des politiques publiques, alors que le deuxième considère que la vie en société doit être régie par des règles de droit, affirmant que les membres de Damir ne sont « ni des nihilistes », ni «des courtisans béants ».
Il a appelé à la nécessité de «changer de paradigmes économiques» et à «corriger l'incohérence des politiques publiques ».
Dans ce cadre, le mémorandum de Damir propose un modèle de développement qui « privilégie une politique de l'offre pour stimuler la production de richesses matérielles, sans sacrifier le devoir de l'Etat en termes de redistribution des revenus et de partage équitable des avoirs et des actifs ». Ce modèle prône aussi de «centrer la politique industrielle sur l'innovation pour briser le plafond de verre de la croissance économique et créer massivement des emplois».
Pour sa part, Ali Bouabid, économiste et président de la Fondation Abderrahim Bouabid, a mis l'accent sur «la tonalité citoyenne engagée de ce mémorandum», contrairement à ce qu'il a appelé «les documents froids qui ne parlent pas aux Marocains».
Il a également distingué entre deux choses essentielles : la première concerne le choix des orientations et la deuxième a trait à la gouvernance de ces choix, soulignant qu'il y a un décalage entre la vision et l'application.


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