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Val d'Ifrane et lac Afenourir : Deux zones humides dignes d'intérêt
Publié dans Libération le 03 - 02 - 2009

En célébration de la Journée internationale des zones humides commémorant la signature du traité intergouvernemental adopté le 2 février 1971 dans la ville iranienne de Ramsar, connu sous le nom de "Convention Ramsar sur les zones humides", il y a lieu de rappeler que pamii les multiples zones humides dont jouissent la région du Moyen Atlas en général et la province d'Ifrane en particulier, on peut citer les deux zones humides qui suscitent un intérêt particulier ces toutes dernières semaines : celle du lac Afenourir classé "site Ramsar" depuis juin 1990, et qui fait partie du parc naturel d'Ifrane qui le dotera d'un observatoire des oiseaux migrateurs entre autres équipements, et celle de l'Oued Tizguite qui fait l'objet d'un plan d'aménagement et de gestion dont le coup d'envoi a été donné par S.M. le Roi Mohammed VI lors de sa dernière visite à Ifrane.
Situé sur un plateau du Moyen Atlas à 20 kilomètres à vol d'oiseau au sud d'Azrou, sur la route tertiaire du circuit des cèdres reliant le village d'Aïn Leuh à la route nationale reliant Meknès à Tafilalet (RN 20), le site du lac Afenourir qui dépend de à la commune rurale de Aïn Leuh relevant de la province d'Ifrane, est d'une superficie de 800 ha, au beau milieu d'une cédraie et à une altitude de 1800 m.
Le tadorne casarca hiverne régulièrement dans le site avec une moyenne de 225 individus, soit près de 8% de l'effectif de la population hivernante régionale. En saison de reproduction, cet effectif varie entre 100 et 400 anatidés, avec 5 à 10 couples nicheurs.
Quant à la foulque à crête, elle montre pendant les hivers humides des contingents de 240 à 600 individus, le seuil des 1% ayant été dépassé au moins deux fois, alors que cet effectif peut dépasser les 1.000 individus en période de reproduction. Le site est dominé par des eaux lacustres peu profondes peuplées par un lit de végétation immergée, parmi laquelle peuvent être observés des îlots plus ou moins larges de végétation émergente (scirpaie) ; la pelouse, où pâturent des tadornes et un grand troupeau de moutons, entoure presque la totalité du lac, mais développée surtout du côté sud-ouest.
On y trouve trois espèces végétales rares ou à distribution localisée au Maroc : persicaria lapathifolia (polygonaceae), damasonium alisma (alismataceae), juncus inflexus (juncaceae).
Ce site constitue la meilleure zone humide du Moyen Atlas pour l'hivernage des oiseaux d'eau : 26 espèces y ont été répertoriées et l'effectif maximum absolu enregistré jusqu'à 2000 est de 6.321 oiseaux, essentiellement des ansériformes, avec des pics de 2.000 canards siffleurs "anas pénélope", 1.450 fuligules milouins (aythya ferina), 450 tadornes casarca et 300 canards "anas strepera".
La foulque à crête y est régulièrement présente, avec généralement peu d'individus mais un maximum de 365 hivernants a été compté en 1999.
Le grèbe à cou noir (podiceps nigricollis) est parfois abondant (240 hivernants en 1997).
La zone humide de Oued Tizguit d'une superficie de 700 ha, classée priorité 1 par le plan directeur des aires protégées, présente un intérêt multiple : floristique, faunistique, écosystème et paysage.
Appartenant à la région biogéographique du Moyen Atlas central, elle est constituée par le cours d'eau de Tizguite depuis les environs de la source Termilat, en amont d'Ifrane, jusqu'à la Zaouia de Sidi Abdeslam, avec ses affluents, ses rives et ses bas versants immédiats. C'est probablement le site où existe la plus belle formation de frênes (fraxinus angustifolia) du Maroc. C'est aussi l'un des cours d'eau marocains où la végétation (ripisylve dense et haute) est la plus variée (plus d'une trentaine d'espèces), la végétation aquatique et subaquatique couvrant la moitié du lit de l'oued.
Le site abritait des peuplements très variés d'invertébrés dont plusieurs endémiques marocaines (tels que les trichoptères agapetus dolichopterus) ou rares dans le Moyen Atlas (schizopelex festiva, setodes argentipunctellus, protonemura talboti et algirica...).
Plusieurs espèces de vertébrés rares ou localisées au Maroc ont été signalées dans ce cours d'eau : la loutre, la truite fario, le goujon, l'écrevisse à pieds rouges, la cistude, le natrix natrix, en plus du crapaud commun, du cincle et de la bergeronnette des ruisseaux. La faune a été partiellement détruite suite aux aménagements qu'a subis la vallée, mais les quelques zones encore en eau donnent un certain espoir de récupération de cette diversité.
Le plan d'eau artificiel d'Ifrane (lac de la vierge) a permis l'installation (en nicheurs) de foulque à crête et du grèbe castagneux, ainsi que d'une colonie de hérons garde-boeuf (environ 1.000 individus).
Soumis à un dérangement permanent, il abrite en hivernage moins de 200 oiseaux, surtout des colverts et quelques dizaines de souchets et de foulques (macroule et à crête), en plus de quelques chipeaux et morillons, pour ne citer que les espèces intéressantes.
Repères
Actions proposées :
- Délimiter une zone de protection totale sur une partie du cours de l'oued ;
- Elaborer un plan d'aménagement de l'ensemble du site pour que soit correctement canalisée et contrôlée l'activité humaine sur le site ;
- Assurer un gardiennage strict le long de l'oued ;
- Interdire tout dépôt et toute introduction de produits dans le milieu (installer des poubelles pour évacuer les ordures) ;
- Entreprendre des actions de sensibilisation.
Les facteurs défavorables
Les facteurs défavorables (passés, présents ou potentiels) affectant les caractéristiques écologiques du site, notamment les changements dans l'utilisation des sols (y compris l'eau) et les projets de développement, se résument ainsi:
- Dans le site Ramsar, il n'y a pas d'activité notable, mais vu la faible profondeur du lac, l'abondance du brochet, poisson prédateur, devrait en principe gêner la nidification de plusieurs espèces
d'oiseaux.
-Dans la région voisine, la pression de pâturage permanente sur la pelouse qui est très forte en été (plus de 1.000 moutons), l'usage du lac pour l'abreuvement du cheptel, les puits creusés à proximité du lac, bien qu'ils contribuent à réduire le dérangement des oiseaux, puisent directement l'eau de la nappe, déjà peu profonde et enfin le tourisme : visiteurs encore rares, mais en croissance vu les facilités d'accès.


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