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Dans la pénombre de «Rehba» de Sebt Gzoula
Publié dans L'observateur du Maroc le 01 - 02 - 2013

Située entre Safi et Essaouira, la région de Sebt Gzoula compte un souk hebdomadaire de vente de bovins que l'on appelle localement « Rehba ». Achats, marchandages et disputes, tout y passe dans une pénombre curieuse où seuls les hommes évoluent.
Par : Noura Mounib
2 heures du matin. Les premiers clients commencent à pointer le bout de leur nez. Le froid glacial de cette nuit de janvier n'affecte en rien l'enthousiasme des habitants de la région venus en masse pour ce rendez-vous hebdomadaire. A quelques mètres de la célèbre station de Sebt Gzoula, où les cars s'arrêtent quelques minutes avant de reprendre la route vers Essaouira, «Rehba», ou le grand souk où sont exposés divers bovins de différentes couleurs et tailles, est impatiemment attendue chaque semaine par les chateurs potentiels et par de nombreux curieux aussi. Les cris des bœufs, des vaches, des veaux, des moutons, des agneaux, des ânes ou encore des chèvres et les voix qui s'élèvent pour négocier les prix ou pour vanter les mérites d'une vache ou d'un veau emplissent cette «Rehba» d'une ambiance de fête foraine. Si certains se dirigent samedi de bon matin à ce souk hebdomadaire, qui occupe d'ailleurs un très grand espace de la région, pour chercher la perle rare pour un mariage, un baptême ou tout simplement pour l'élevage, d'autres viennent seulement pour se balader, pour sonder les prix du moment ou pour admirer la force et la beauté des animaux exposés. Une vraie aubaine pour les enfants qui accompagnent leurs pères pour se fondre dans le brouhaha du souk, caresser un veau impressionnant ou surveiller un voisin du village pour voir s'il va acheter ou pas.
Pas l'ombre d'une femme
«Voir une de nos femmes se balader dans le souk ? Jamais de la vie ! Dans ce cas-là, les hommes n'ont qu'à se les couper ! On est à Sebt Gzoula Lalla ! Si jamais une femme du village s'aventure et pose les pieds ici, on lui tranche les jambes. On n'est pas comme les gens de la ville qui laissent leurs femmes faire ce qu'elles veulent. Désolé de vous le dire, mais vous n'avez pas de «Rjal» chez vous. Je suis sûr que vous n'êtes pas mariée, c'est pour cela que vous vous permettez de vous balader ici comme un homme !» s'insurge El Haj Jilali Mhayra, le trésorier du souk, appelé communément «lamine». Dans un langage qui lui est propre, El Haj, agriculteur de son Etat, met en avant de manière exacerbée la virilité des hommes de la région, expliquant de façon claire que les femmes sont inférieures dans tous les domaines. Même sur le terrain, lorsque le choix tombe sur une bête et que les concernés commencent à négocier le prix, ils s'éloignent et quand ils ne se mettent pas d'accord, la première phrase qui sort est «Wa daba rdditouna iyalat !» (Vous nous prenez pour des femmes). «Prenons l'exemple du bœuf et de la vache. Le bœuf fait deux jusqu'à trois fois le prix de la vache. Cela ne montre-t-il pas que l'homme est plus cher que la femme ?», continue «Lamine» sans sourciller. Féministes s'abstenir...
Djellaba et babouches
A 4 heures, les négociations battent leur plein sous un ciel étoilé des mille et une nuits. À cette heure, «Rehba» rassemble des gens de différentes catégories sociales. Pauvres et richards admirent les mêmes bêtes, demandent les prix et participent ensemble aux négociations. L'aspect vestimentaire des gens de la région est loin de donner un quelconque signe de misère ou de fortune. Djellaba de laine, burnous et babouches ou escarpins rapidement salis par la poussière des animaux, tous ceux qui se dirigent vers la «Rehba» sont conscients que l'habit ne fait pas le moine. Même pour les voleurs de la place, il est difficile de faire la différence entre un pauvre et un richard. En épiant de loin tout ce monde habillé en Djellaba et en babouche, on a tout simplement l'impression de revivre au Maroc ancien des années de colonisation où les Marocains s'habillaient traditionnellement pour se différencier. Même les enfants de bas âge qui insistent pour vivre l'ambiance de «Rehba» se prêtent au jeu et certains utilisent même une canne pour marcher, symbole de confiance en soi et de sagesse. «En accompagnant leurs parents à la «Rehba», les enfants veulent se prouver qu'ils ont grandi et que leurs pères pourraient désormais compter sur eux. C'est que depuis leur jeune âge, ils veulent ressembler un jour à leur père», explique le serveur de l'un des cafés de la station. Il ajoute que même les mères participent à ce jeu-là pour montrer aux gens du village que le fils est devenu un homme.
Prix accessibles ?
Avant de décider des prix des bêtes, quelques vendeurs se rassemblent dès l'ouverture du souk et tentent de fixer le prix moyen. Pour une vache, les prix du jour varient entre 4000 et 7000. Sauf que les clients sont souvent à la recherche d'une vache enceinte «Begra darra». «Pour les familles qui veulent garder la bête achetée pour l'élevage, la vache enceinte représente un avantage puisqu'elles vont profiter de son lait et du petit veau après l'accouchement», explique Hammouda, un vendeur de la place. Dans ce cas-là, les coûts montent et le prix peut atteindre 9.000 dirhams. De son côté, le bœuf, de par son prix souvent très élevé, n'est pas accessible à tout le monde. Si certains s'interrogent sur la raison pour laquelle le bœuf est largement plus cher que la vache qui sert à produire du lait et à donner la vie, contrairement à son mâle, les voix machistes du souk s'élèvent. «Pensez-vous qu'offrir un bœuf à l'occasion d'un mariage procure le même prestige que quand on offre une vache ? N'oubliez pas non plus que s'il n'y a pas de bœuf, la vache ne peut pas tomber enceinte. Et en plus le mâle est souvent acheté pour les belles occasions», ajoute Hammouda. Pour le bœuf, les prix peuvent atteindre 30.000 dirhams ! Rien que ça… Quant aux ânes, leur prix varie entre 4.000 et 6.000 dirhams, les chèvres entre 400 et 1000 et les moutons entre 600 et 1.500.
Par ailleurs, certains vendeurs font du marketing sans s'en rendre compte. Si, d'un côté, les bêtes manquant d'hygiène n'ont pas vraiment la cote, d'autres, dont les propriétaires ne lésinent pas sur les moyens pour les rendre séduisantes, ont un succès fou. On peut facilement trouver quatre belles vaches propres entourées de clients même si celles d'à côté sont meilleures sauf que leur look n'est pas au top.
Animaux maltraités
Les clients sont souvent munis de piles ou de torches pour bien vérifier la bonne santé de l'animal qu'ils lorgnent. Dans une ambiance très sérieuse, les gens tâtent cruellement les mamelles des vaches, vérifient d'une manière dure les dents des bœufs et maltraitent aux yeux de tous les moutons et les chèvres. Ce n'est pas pour rien que de temps en temps, l'une des bêtes se déchaine et effraie tout le monde. Certains ont même failli être blessés par une corne de bœuf ou par le coup de patte d'une vache. Bien qu'ils soient attachés, ces animaux représentent un vrai danger dont les clients et les vendeurs ne semblent pas être conscients. Quelques bêtes portent même des plaies qui n'ont pas encore cicatrisé, dues aux coups de leurs propriétaires. Mais le combat de Brigitte Bardot ou des ONG de défense des droits des animaux est loin d'être connu à Sebt Gzoula où ce qui compte est l'argent. Il n'y a qu'à voir cette vache aux mamelles pendantes éjectant du lait, sous le regard triste de son petit veau fraichement né et qui a la bouche bâillonnée.
A 5 heures, les restaurants de la place commencent à monter leurs tentes. Au menu : thé (sans menthe), crêpes traditionnelles «mssemmen»... De l'autre côté, le souk expose également ses produits en attendant les habitants de Sebt Gzoula, de Safi, de Tnit Lghayt et parfois d'Essaouira...
En même temps, les camionnettes de transport se font une joie de profiter de la situation pour servir les clients et livrer les animaux. Des profiteurs montent le coût du transport qui peut atteindre 300 dirhams, selon la distance. Ils se chargent même des «youyou» et des «Allahouma selli alik a rassoul llah» lorsqu'un client achète une bête et leur demande de la transporter.
A 9 heures, «Rehba» se défait, laissant derrière elle le souvenir d'une nuit pas comme les autres. En attendant le prochain rendez-vous, les acheteurs profitent de leurs bêtes tandis que les vendeurs comptent l'argent empoché.


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