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« La contraception d'urgence est une méthode de sauvetage, pas un avortement »
Publié dans L'observateur du Maroc le 27 - 01 - 2026

L'Observateur du Maroc et d'Afrique : C'est quoi exactement la contraception d'urgence?
Pr Chakib Chraibi : La contraception d'urgence est une méthode de sauvetage destinée à une femme ou une jeune fille qui ne prend pas de contraception et qui a eu un rapport sexuel non protégé. Son objectif est d'éviter une grossesse non désirée. Il existe deux types de comprimés. La pilule dite « du lendemain », à prendre dans les trois premiers jours après le rapport (Norlevo ou Navella). Et la pilule « du surlendemain » (EllaOne), efficace jusqu'au cinquième jour. Cette dernière est environ trois fois plus efficace, mais aussi plus chère.
Il faut surtout retenir que plus la contraception d'urgence est prise tôt, plus son efficacité est élevée, pouvant atteindre jusqu'à 99 %. En théorie, une ordonnance est nécessaire. En pratique, elle n'est pas toujours demandée, car le temps perdu à consulter un médecin peut faire dépasser la période d'efficacité. Il existe également une autre méthode : le stérilet du lendemain, qui peut être posé jusqu'à cinq jours après le rapport. La nidation ayant lieu au bout de cinq jours, ce dispositif empêche l'implantation de l'ovule fécondé.
Je tiens cependant à préciser un point essentiel : la pilule du lendemain ou du surlendemain agit uniquement si l'ovulation n'a pas encore eu lieu, en la bloquant immédiatement tandis que le stérilet, lui, peut agir même s'il y a déjà eu fécondation, en empêchant la nidation. Dans tous les cas, il ne s'agit pas d'un avortement. Ce sont des méthodes non abortives.
L'avortement clandestin continue de faire des victimes au Maroc. En quoi l'échec de la prévention et l'accès limité à la contraception d'urgence alimentent-ils ces drames ?
Oui, malheureusement, l'avortement clandestin continue de faire des victimes. Notre combat, à l'AMLAC, n'est pas pour l'avortement, mais pour la prévention et la santé de la femme. Nous voulons éviter qu'une femme souffre, qu'elle ait des complications graves ou qu'elle meure à cause d'un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions.
Avortements clandestins, une forte mortalité
Il faut comprendre qu'il existe aujourd'hui plusieurs réalités. Certaines femmes avortent chez des médecins, mais ces actes coûtent de plus en plus cher, notamment parce que les professionnels de santé sont désormais poursuivis. D'autres, faute de moyens, ont recours à des avortements clandestins traditionnels, beaucoup moins chers mais extrêmement dangereux. Les femmes les plus aisées, elles, vont avorter dans des pays où la pratique est légalisée, avec des risques de complications quasi inexistants.
En revanche, lorsqu'un avortement est pratiqué clandestinement, dans de mauvaises conditions sanitaires, le risque de mortalité représente jusqu'à 13 % de la mortalité maternelle générale. C'est pour cela que la prévention est fondamentale. La contraception d'urgence est une méthode révolutionnaire, une véritable méthode de sauvetage. Elle permet d'éviter une grossesse non désirée et donc d'éviter, en amont, le recours à un avortement.
Evidemment , l'éducation sexuelle est indispensable. Evidemment, une femme ayant des rapports réguliers doit avoir une contraception permanente. Mais en cas de rapport occasionnel, de viol, d'inceste ou de situation totalement imprévue, la contraception d'urgence est la meilleure solution.
Pourtant la contraception d'urgence reste encore mal connue et souvent confondue avec l'avortement...
Effectivement, elle reste largement mal connue. C'est pour cela que nous menons des campagnes de prévention et que je donne des conférences à travers le Maroc, notamment auprès des pharmaciens et des aides-pharmaciens, afin qu'ils puissent correctement informer et orienter les femmes. Beaucoup pensent encore que la pilule du lendemain est une pilule abortive. Ce n'est pas le cas contrairement au Cytotec et l'Arthotec.
Il existe des freins culturels et sociaux, mais ils concernent surtout l'avortement, pas la contraception d'urgence. Pour commencer, il faut expliquer que cette dernière n'est pas un avortement. Aujourd'hui, certains réduisent tout au « haram » (Interdit religieux). Or, ce qui est haram, c'est une femme qui meurt ou qui souffre de complications graves à cause d'un avortement clandestin. Ce qui est haram, c'est une grossesse menée à terme dans la détresse, avec parfois des drames encore plus graves à la naissance.
Une méthode de sauvetage et pas un avortement
Nous avons essayé de travailler avec l'Education nationale et les établissements scolaires pour sensibiliser à la prévention. L'accès reste très limité, notamment dans le secondaire, alors que c'est précisément à ce niveau qu'il faut toucher et sensibiliser pour prévenir les grossesses non désirées.
Dans un pays où l'avortement n'est autorisé que lorsque la santé de la femme est en danger, que devrait contenir une politique publique efficace de prévention ?
Puisque l'avortement est interdit, il faut au moins travailler sérieusement sur la prévention. Cela passe par l'éducation sexuelle, à travers les associations, les écoles et les universités. Les centres de santé offrent déjà gratuitement toutes les méthodes de contraception, aux femmes mariées comme célibataires. C'est une avancée importante.
Mais il faut aller plus loin et intégrer systématiquement la contraception d'urgence dans cet arsenal, dans tous les centres de santé. Certains établissements commencent à le faire, mais ils restent trop peu nombreux. Il faut généraliser cette offre à l'échelle nationale.
Comment éviter le mauvais usage de la contraception d'urgence et en faire un véritable outil de prévention ?
C'est important de le dire : beaucoup de jeunes femmes n'utilisent pas de contraception régulière et prennent la contraception d'urgence après chaque rapport. Or, ce n'est pas son rôle. La pilule du lendemain est environ 100 fois plus dosée qu'une pilule contraceptive classique. Elle ne doit pas être prise de manière répétitive. On ne connaît pas encore ses effets à long terme sur le cancer du sein ou encore les maladies cardiovasculaires. C'est une méthode de sauvetage, à utiliser exceptionnellement, pas plusieurs fois par mois et de manière répétitive.
Sensibiliser et informer pour une meilleure prévention
Beaucoup de jeunes filles refusent une contraception régulière par peur que leurs proches découvrent la pilule dans leur sac. Pourtant, il faut rappeler que la pilule n'est pas seulement contraceptive : elle a aussi des vertus thérapeutiques. Elle peut être prescrite pour des règles abondantes, irrégulières, douloureuses ou certains troubles fonctionnels. Pour avancer, il faut une mobilisation de tous : associations, ministère de l'Education nationale, professionnels de santé et médias. Comme on a parlé à une époque des préservatifs et de la pilule, il faut parler de la contraception d'urgence, pour que les femmes sachent ce que c'est et surtout comment l'utiliser correctement.
Après près de vingt ans de combat, parfois à contre-courant, sentez-vous une évolution des mentalités ?
Je dirais oui et non. On avance d'un pas, puis on recule de deux. Quand on discute avec les responsables politiques, ils sont souvent d'accord sur le principe. Mais dès que les élections approchent, tout s'arrête. On nous a promis à plusieurs reprises une réforme élargie du Code pénal concernant l'avortement. Jusqu'à présent, rien n'a abouti. Il reste moins d'un an avant le changement de gouvernement, et je suis très déçu. Les mentalités n'ont pas vraiment évolué malheureusement.
Paradoxalement, certaines avancées majeures ont eu lieu auparavant : l'introduction de la contraception d'urgence et du Cytotec – non pas pour avorter, mais pour traiter les hémorragies de la délivrance. Grâce à cela, la mortalité maternelle est passée de 300 à environ 50 décès pour 100 000 naissances, soit une réduction des deux tiers.
Dans la société aussi, les mentalités évoluent lentement. Une partie de la population, une certaine classe sociale cultivée plus informée, comprend les risques des grossesses non désirées et de l'avortement clandestin tandis que d'autres se contentent de répéter le mot « haram », sans mesurer les conséquences... jusqu'au jour où ils y sont confrontés eux-mêmes.


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