Le compte à rebours est lancé pour les éleveurs. Le ministère de l'Agriculture a officiellement donné le coup d'envoi d'une vaste opération nationale de recensement et de contrôle des femelles ovines et caprines. Une étape décisive dans la mise en œuvre du programme de reconstitution du cheptel, fragilisé par plusieurs années de sécheresse et par la hausse continue des coûts de production. Derrière cette opération se joue un enjeu immédiat pour les éleveurs : l'accès à la dernière tranche des aides directes mises en place par l'Etat. Ce soutien financier, déployé pour amortir l'impact de la flambée des prix des aliments de bétail et des conditions climatiques défavorables, reste conditionné à la vérification effective du cheptel sur le terrain. L'Etat entend ainsi orienter l'aide publique vers la reproduction et non vers une consommation à court terme. Préserver le capital productif national Au cœur de cette opération : la sauvegarde du « capital productif ». Le cheptel marocain a subi une contraction notable ces dernières années, sous l'effet combiné de la sécheresse et de la hausse des charges. Résultat : une tension persistante sur les prix, avec des niveaux ayant parfois dépassé 110 à 120 dirhams le kilo dans certains marchés urbains. En ciblant exclusivement les femelles en âge de reproduction, les autorités cherchent à enclencher un cercle vertueux : reconstituer progressivement les effectifs, stabiliser l'offre nationale, réduire la dépendance aux importations de bétail et atténuer la volatilité des prix à moyen terme. L'enjeu dépasse donc le seul secteur de l'élevage pour toucher directement à la sécurité alimentaire du pays. Le dispositif mobilise les services vétérinaires ainsi que les commissions provinciales, avec un objectif ambitieux : contrôler plus de 1,5 million de têtes d'ovins et caprins à l'échelle nationale. Le ciblage est précis : femelles reproductrices identifiées via un système de bouclage électronique et soumises à une vérification à la fois physique et sanitaire. Ce recensement permettra également d'actualiser les données nationales, un outil crucial pour anticiper les besoins en alimentation animale et en ressources hydriques dans un contexte de stress climatique. Traçabilité renforcée et lutte contre les fraudes Pour garantir la fiabilité de l'opération, les autorités misent sur un dispositif technologique renforcé. Le système de traçabilité électronique déployé par l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) permet de suivre chaque animal et de limiter les risques de déclarations frauduleuses. Au-delà du contrôle administratif, cette approche vise à structurer davantage la filière et à améliorer la gouvernance des aides publiques. L'opération constitue également un indicateur avancé pour l'évolution du marché dans les mois à venir, notamment à l'approche de l'Aïd al-Adha. Dans un contexte marqué par la hausse des coûts logistiques notamment le prix du gasoil avoisinant et par une volatilité persistante des prix, la réussite de cette campagne sera déterminante. Elle conditionnera non seulement la capacité du secteur à absorber les chocs conjoncturels, mais aussi sa résilience structurelle face aux défis climatiques et économiques.