La polémique n'aura pas eu d'impact réglementaire. Saisie de plusieurs plaintes visant la série à succès « Bnat Lalla Menana », diffusée sur 2M durant Ramadan, la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) a décidé de classer l'ensemble des réclamations sans suite. L'instance précise par ailleurs que cette décision vise à « préserver la liberté de la communication audiovisuelle et soutenir la liberté de création». À l'origine de ces recours, cinq plaignants : deux associations et trois citoyens dénonçant des séquences et dialogues « portant atteinte aux valeurs culturelles et sociales marocaines ». Les plaignants estimaient que la fiction franchissait les limites du convenable, alimentant un débat récurrent sur les contenus télévisuels diffusés en prime time durant le Mois sacré. La liberté de création triomphe Selon les informations obtenus par L'Observateur du Maroc et d'Afrique auprès de la HACA, le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (CSCA) a finalement tranché en estimant que l'œuvre « ne contrevenait pas au cadre légal et déontologique en vigueur ». L'instance considère ainsi que la série respecte les règles encadrant la liberté de création et la communication audiovisuelle. Une appréciation qui ferme la porte à toute sanction. Dans la motivation de sa décision, le CSCA insiste sur la nature même de l'œuvre. Il rappelle que la série relève du registre de la fiction, où « les thématiques et les personnages procèdent des choix artistiques propres à leurs auteurs et réalisateurs ». L'instance souligne, dans le même sens, qu'une fiction ne peut exister sans une réelle liberté créative, estimant qu'elle ne saurait « pleinement déployer sa valeur artistique sans une marge inhérente à l'écriture scénaristique et à la représentation des situations et des personnages ». Régulateur, pas censeur Cette décision s'inscrit dans la ligne défendue par la présidente de la HACA, Latifa Akharbach et dans la continuité de ses récentes déclarations. Celle-ci avait déjà observé que la multiplication des critiques à l'égard des œuvres de fiction traduit « une exigence accrue de qualité et l'émergence d'une véritable culture de redevabilité des médias ». Mais la responsable a toutefois tenu à fixer un cap clair. Elle rappelle que « la défense du principe de la liberté de création n'est ni une échappatoire ni un argument justificatif », soulignant qu'elle constitue, au même titre que la liberté éditoriale, un fondement de la communication audiovisuelle, tel que consacré par la loi n°77.03 relative à la communication audiovisuelle et la loi n°11.15 portant organisation de la Haute Autorité. Dans cette logique, la HACA revendique un rôle d'arbitre et non de censeur. « La Haute Autorité n'est pas un organe de censure de l'imaginaire ; elle veille à préserver un équilibre exigeant entre liberté et responsabilité », insiste Latifa Akharbach. La qualité, un impératif L'instance ne ferme pas pour autant le débat sur la qualité des productions nationales. Elle reconnaît que cette exigence demeure centrale, tout en rappelant qu'elle ne relève pas de sa seule responsabilité. La HACA appelle ainsi à une approche globale fondée sur une politique publique transversale en faveur du développement des industries culturelles et médiatiques. Une approche qui implique diffuseurs, créateurs, pouvoirs publics et acteurs du secteur, afin de renforcer durablement l'offre audiovisuelle marocaine et améliorer sa qualité. Au-delà du cas « Bnat Lalla Menana », cette décision remet sur la table une question sensible : jusqu'où peut aller la fiction dans une société en mutation, entre attentes du public, normes sociales et liberté de l'imaginaire et de création.