Au Parlement, Abdelouafi Laftit donne le ton. En réponse à une question écrite du groupe du PPS (Parti du progrès et du socialisme), le ministre de l'Intérieur affirme vouloir « qualifier » en profondeur le secteur des taxis, longtemps resté à la marge des grandes réformes du transport. Sur le terrain, une feuille de route est en cours d'élaboration basée sur les résultats d'un diagnostic et sur les propositions des différents acteurs tout en s'inspirant d'autres modèles et d'expériences internationales comparées. Le ministre a également évoqué une étude stratégique lancée par son département afin d'explorer les pistes pour revoir les règles d'exploitation, les normes des véhicules et les obligations des chauffeurs. Objectif ? Mise à niveau d'un secteur souffrant de plusieurs malaises. L'un des chantiers majeurs : assainir les relations contractuelles. Depuis 2022, l'exploitation des agréments est réservée aux professionnels. Les investisseurs extérieurs sont écartés. Le nombre de licences par exploitant est plafonné. Et des registres locaux viennent encadrer l'accès au métier. En parallèle, les contrôles se durcissent. Selon le ministre, la police est mobilisée pour imposer le respect du compteur et de la tarification officielle. Des procédures qui visent à mettre fin aux pratiques illégales et contenir le transport clandestin, considéré comme une concurrence directe. Sur le plan social, le chantier avance aussi. L'affiliation à la CNSS devient la norme, ouvrant droit à une couverture médicale pour les chauffeurs, ajoute Laftit. Côté administratif, un recensement national est prévu et les permis de confiance seront remplacés par des cartes électroniques sécurisées, valables cinq ans. Mais pour le ministère, ce n'est qu'un début. Une étude stratégique est en cours pour repenser l'ensemble du modèle, avec des scénarios de réforme à moyen terme. Un secteur sous tension Au-delà de ces premières mesures annoncées, la réforme ouvre un débat plus large sur l'avenir du modèle. Plusieurs acteurs plaident pour une remise à plat du système des agréments, considéré comme l'un des principaux nœuds du problème. D'autres alertent sur « la concurrence déloyale » et la montée en puissance des applications de transport, qui alimentent un marché parallèle de la mobilité, en dehors de tout cadre réglementaire. Très attendue, cette réforme intervient dans un contexte de crispation croissante. Au Parlement, le sujet a refait surface avec insistance, révélant l'ampleur des défis à relever. En ligne de mire : un cadre juridique hérité des années 1960, aujourd'hui largement dépassé par les évolutions technologiques et les nouvelles pratiques de mobilité. Ce décalage a favorisé l'émergence de zones grises, notamment autour des plateformes numériques. Faute de régulation claire, de nombreux chauffeurs opérant via ces applications se retrouvent exposés à des sanctions pour « transport clandestin et non autorisé », malgré une demande croissante des usagers pour ces services plus flexibles. Dans ce climat, la question de la concurrence déloyale revient avec insistance. Les professionnels du secteur réglementé dénoncent une asymétrie qui fragilise davantage un équilibre déjà précaire.