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Sorcellerie Escroquerie à la cervelle de l’hyène
Publié dans L'observateur du Maroc le 08 - 03 - 2010

Lézards pendouillant, renards cramponnés, chauves-souris accrochées, serpents enroulés et tortues clouées, la boutique de Jamal fourmille de cadavres d’animaux de différentes tailles. Suspendus à la devanture de cette petite échoppe au quartier El Akkari à Rabat, ces animaux sont largement réclamés et la demande dépasse amplement l’offre. «Tous mes produits sont efficaces. Allez demander à mes clients !», s’enorgueillit le jeune homme qui ne vend pas uniquement ces bêtes suspendues. Jamal se convertit souvent en fkih et prépare des mixtures magiques. «Votre mari vous néglige ? Ne vous inquiétez pas ! Je vous trace tout de suite la voie du bonheur», promet-il. Maitrisant quelques recettes de sorcellerie, il mélange un zeste de miel, une cuillerée de peau de lézard râpée, deux cheveux, quelques gouttes d’encens… Il met le tout dans un tissu noir sur lequel sont écrits des versets du coran en blanc. «Cachez-le sous votre lit et je donne ma main à couper si votre mari ne vous revient pas plus amoureux que jamais», insiste le fkih, sûr de lui. Prix du service, fixé bien sûr à la tête du client : 120 dirhams.
Dans une ambiance abracadabrante où la lumière tamisée fait office d’éclairage, le jeune homme vend ses bêtes et ses herbes tout en maniant l’art de…l’escroquerie. Pourtant, ce fkih-herboriste a toujours le vent en poupe, particulièrement avec les femmes.
Les intellectuels y passent aussi
«Certains ont recours à la sorcellerie pour expliquer des phénomènes étranges ou pour tenter de remédier à des pannes sexuelles ou des crises d’épilepsie», explique Mohcine Benyechou. Le psychologue fait remarquer que ces recours proviennent de la culture bédouine ancestrale. Laquelle avait foi en les bienfaits de la sorcellerie malgré tous les dangers qu’elle peut engendrer. «La magie retarde les soins thérapeutiques. Les gens ne veulent pas comprendre que des crises d’épilepsie peuvent avoir lieu à cause d’une tumeur», s’insurge le médecin. Pourtant, la magie noire et autre pratiques de sorcellerie n’attirent pas que les analphabètes et les moins instruits. «J’ai des clients aisés dont le niveau intellectuel est irréprochable mais qui croient ne pouvoir avoir de succès que grâce à des talismans et des potions», confie Jamal. Les philtres d’amour locaux et le «viagra divin», entre autres, font partie des must que la société marocaine a pris depuis la nuit des temps. Selon un sociologue, même le nec plus ultra et les puissants de l’élite avaient leurs propres «fkihs». Il ajoute que la société marocaine est connue mondialement grâce à ses voyants et ses guérisseurs traditionnels malgré les différentes mutations sociologiques que le pays a connues. «Les dizaines de voyantes qui pullulent depuis toujours à la célèbre place Jamaâ Lefna à Marrakech prouvent que la sorcellerie au Maroc n’est pas un nouveau phénomène», fait remarquer le sociologue. Mais comment ces vendeurs de l’irrationnel font-ils fortune ? La réponse est simple : pouvoir, argent et puis amour. Les femmes consultent souvent pour des histoires de c?ur : se faire obéir au doigt et à l’œil, séduire, se faire désirer… Quant aux hommes, il s’agit souvent pour eux de soigner des troubles sexuels : manque d’envie sexuelle, absence d’érection… «Pensez-vous qu’une femme cultivée circulant dans un 4x4 n’envouterait pas son mari ? Ce n’est nullement question de modernité mais la magie fait partie de notre patrimoine», explique cet officier de police qui a plusieurs «histoires véridiques» à raconter à ce sujet. Il ajoute que si les saints et les voyants du Maroc ont un franc succès, les marabouts de France et les charlatans des Etats-Unis ne sont pas en reste… «Ils ont même des sites sur internet», ironiste-t-il. Au Maroc, «la magie de l’amour» rencontre un succès incomparable. Et il y est question de cervelle de l’hyène. Oui, nous expliquent les «spécialistes», ce petit animal en voie de disparition au Royaume est le seul à pouvoir aider la femme à ne rien perdre de sa séduction et surtout de son pouvoir sur son ou ses hommes. Voilà pourquoi cette fameuse cervelle est largement demandée. Face à un boom pareil, le prix d’une hyène dépasse l’entendement : 150.000 dirhams au bas mot. Quelques grammes de cervelle sont vendus à partir de 500 dirhams. Incroyable, mais vrai !
Ce qu’en dit la loi
«Le législateur marocain a considéré la sorcellerie comme une contravention sanctionnée d’une amende de 10 à 120 dirhams selon les articles 609 et 610 du code pénal», explique l’avocat Youssef El Menaouar. En cas de décès suite à la consommation d’un produit quelconque décrit ou vendu par le sorcier, l’acte est considéré comme étant un homicide volontaire. Faiblement incriminée par la justice, la sorcellerie vit encore son âge d’or. Les empoisonnements dus aux herbes venimeuses et aux potions douteuses concoctées par les charlatans sont légion sans que la justice ne bouge le petit doigt. «L’empoisonnement par des potions de sorcellerie est rarement dénoncé parce que l’histoire se passe souvent dans le cadre familial», affirme l’officier. Il ajoute que dans ce genre de délit, l’expertise est complexe parce qu’il est souvent difficile d’évaluer le danger de tel ou tel produit. «Comment analyser le contenu de la potion alors qu’il s’est déjà décomposé dans le ventre du malade?», renchérit-il. C’est que les moyens n’aident guère les autorités à trancher dans ce genre d’affaires. «La société marocaine s’est développée en conservant bien des tabous. Une histoire d’inceste est taboue, une histoire de pédophilie l’est également, tout comme le viol… De peur du scandale, les familles touchées n’osent que rarement se présenter devant un tribunal», constate le sociologue.
La sorcellerie «consommée» provoque, dans 95% des cas, des effets secondaires permanents, particulièrement pour le système digestif. Ils sont médicalement inexplicables mais les conséquences sont ravageuses : brûlures, nausées, vomissements, plaies, eczémas, chutes de cheveux, stérilité, impuissance, cancer, hémophilie, diabète, mort des reins ou des ovaires, eau dans les poumons…
Preuve que la sorcellerie n’a pas de limite, certains ont même recours au vol d’un ou plusieurs organes d’un cadavre. Dans ce cadre la pratique la plus fréquente reste la main du mort qui sert à mélanger la semoule. Selon les «fkihs», cette pratique est destinée aux femmes stériles qui veulent absolument enfanter…
Fkihs, voyants et charlatans
«Dans le sens premier du terme fkih, il y a savant. On ne devrait pas appeler ainsi le voyant, le sorcier et le charlatan», explique Mohcine Benyechou. Mais en s’aidant de son savoir, un «fkih» peut puise certains «remèdes-miracles» du coran. Entre talismans, encens et potions, il «dépossède» des «djinns», dépanne les troubles sexuels et prépare des remèdes pour les histoires de cœur. Il s’agit souvent d’une magie blanche où le «fkih» profite des croyances religieuses du client pour lui soustraire le maximum d’argent. L’offrande qu’il exige consiste souvent en des bougies, du lait, du henné ou des poulets de couleur. Aâchoura et «lailat al kadr» (nuit du destin) restent les moments propices pour la pratique de la magie. En revanche, les sorciers et les voyants manipulent davantage les faibles d’esprit et utilisent tant bien que mal leurs notions de sorcellerie pour plus d’escroquerie. Il s’agit d’un pacte avec le diable, commente l’une des victimes de ces pratiques. Selon Jamal, différentes manières sont utilisées pour se rapprocher de Satan et exigent des fabrications de talismans ou de gri-gri portant des formules d’incroyance. Comme le fait d’écrire des versets du coran avec un liquide impur comme le sperme ou le sang menstruel. Egalement, certains écrivent la «fatiha» à l’envers, boivent du sang humain… Le guérisseur traditionnel ou «moul lbaraka», à l’instar d’un certain guérisseur multifonction à Skhirat qui a perdu de son aura après un succès fou, est souvent un escroc déguisé.


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