Composantes essentielles du tissu économique national, les TPE sont au centre de l'opération Infitah. La caravane qui en est à sa deuxième phase, a repris la route pour aller à la rencontre des très petites entreprises à Tétouan, Oujda, Nador, El Hoceima, Errachidia, Khouribga, Kalaat Sraghna, Safi, Essaouira et Dakhla. Forte du succès des premières escales lancées en mai dernier et qui ont vu la participation de 1700 entreprises, «cette deuxième caravane a repris la route le 28 septembre 2011 pour renouveler l'expérience et toucher le plus grand nombre d'entrepreneurs», nous confirme Saïd Mataich, chargé du projet à l'ANPME (l'Agence nationale pour la promotion de la petite et moyenne entreprise). A l'origine de ce projet avec le ministère de l'Industrie, du commerce et des nouvelles technologies (MICNT), cette dernière s'est associée à la Fédération des chambres marocaines de commerce, d'industrie et de services (FCMCIS) et à l'Association des professionnels de technologies de l'information (APEBI) pour un plus grand impact. Formation et information Conçu comme une opération de sensibilisation auprès des TPE, le programme Infitah vise à initier les dirigeants des TPE aux apports des technologies de l'information. Ceci via des séances d'information et de formation gratuites, organisées par les CCIS. «Cet apport se manifeste sous différentes formes. En intégrant ces technologies, les TPE s'offrent une meilleure gestion et un meilleur traitement, au quotidien, de l'information, des ressources et du temps. Ceci tout en améliorant la productivité et en optimisant les moyens de l'entreprise», explique le responsable. Tant d'améliorations qui sont susceptibles d'augmenter la compétitivité des TPE dans un contexte de plus en plus rude. Toujours dans ce sens, les initiateurs d'Infitah évoquent la «numérisation» des produits. «L'ouverture sur le web via le e-commerce peut offrir de belles opportunités à ces entreprises en leur garantissant un impact plus large auprès de la clientèle», soutiennent-ils. Des solutions «modernes» et adaptées sur lesquelles misent Infitah et ses «adeptes» pour développer leurs activités. Engouement Pour rappel, Infitah s'inscrit dans le cadre du plan stratégique «Maroc Numeric 2013». A l'issue des séances de sensibilisation gratuites dispensées auprès de 10 à 15 personnes par séance, Infitah octroie un «Permis numérique». Ce dernier donne accès pour les «lauréats» au «Pack Infitah» qui se compose d'un ordinateur portable, d'un logiciel de gestion de la facturation et d'une connexion Internet, à un prix subventionné à hauteur de 30% par l'Etat, ainsi qu'à des offres avantageuses de solutions informatiques et de financement. Il s'adresse aux entreprises disposant d'un registre de commerce ou d'une attestation d'inscription à la taxe professionnelle avec un chiffre d'affaires inférieur à 3 millions de dirhams. Durant l'étape en cours, la caravane organise 10 forums régionaux au sein des Chambres de commerce. «Les formateurs sont des cadres de ces chambres qui ont des connaissances en gestion d'entreprise et en informatique. Ils ont été eux mêmes formés pour accomplir leur mission dans les meilleures conditions», souligne Saïd Mataich. Concernant les meilleurs taux de participation, le chargé du projet soulève la grande surprise de la Caravane quant aux villes les plus «participatives». «Paradoxalement ce sont les petites villes qui enregistrent le plus important flux. A Settat par exemple, les objectifs d'Infitah sont déjà atteints à 100%», annonce-t-il en nous rappelant qu'au bout de la première phase lancée en mai dernier, le nombre des permis numériques délivrés a atteint les 1500. Plus de 3000 permis sont prévus d'ici la fin de l'année et 10.000 d'ici 2013. Un grand engouement et une forte adhésion de la part des entrepreneurs, qui suppose toutefois un suivi assidu pour l'aboutissement à long terme des objectifs d'Infitah. «Nous y avons pensé. C'est au niveau des chambres de commerce qu'un accompagnement et un suivi seront assurés d'une manière permanente», conclut le responsable avant de prendre l'avion. Direction Dakhla, nouvelle escale de cette deuxième étape d'Infitah. «Le CAM s'intéresse à l'agriculteur en tant que particulier.» Abdelilah Essaidi Directeur des filières végétales relevant du pôle vert au Crédit Agricole du Maroc. Entretien réalisé par fatima-zohra jdily L'Observateur du Maroc. Le Crédit agricole lance une campagne relative à la bancarisation et plus particulièrement dans le milieu rural. Pouvez-vous nous parler de cette campagne et surtout de son objectif ? Abdelilah Essaidi. Le Crédit Agricole du Maroc (CAM) a accompagné l'agriculteur et le monde rural pendant plus de 50 ans, mais il a surtout accompagné l'agriculteur en ce qui concerne les besoins de financement de son activité agricole. Maintenant, dans un grand chantier de bancarisation des agriculteurs et de la population rurale, le CAM s'intéresse à l'agriculteur en tant que particulier, en tant que personne. L'agriculteur travaille toute l'année et après la vente de sa production, il doit garder de l'argent de côté pour subvenir à ses besoins et aux besoins de sa famille. Aussi, pour cela, le CAM lui propose un compte spécial, adapté à l'agriculteur, et que nous avons appelé «hissab al fellah». C'est un compte chèque avec une carte bancaire de retrait et de paiement et un ensemble d'opérations bancaires gratuites que sont le retrait déplacé, la remise de chèque et d'effet, tous les moyens de paiements, ainsi que le chèque de banque, les virements nationaux. Et, bien sûr, les frais de tenue de compte sont gratuits. L'agriculteur lui aussi a droit à une carte bancaire pour faire ses achats et ses paiements et ce compte bancaire est composé de trois formules : la carte visa électron, la plus simple et la plus adaptée, la carte visa classique et la carte visa gold. La première formule est la mieux adaptée aux petits agriculteurs : elle est de 49 DH par mois, tout frais confondus, soit un prix beaucoup moins cher que ce qui se pratique sur le marché. Est-ce que ce sont des produits spécifiques, propres au milieu rural ? Exactement, ce sont des produits très faciles d'accès, adaptés à une population qui a du mal à être bancarisée, et le Crédit agricole, qui connait très bien l'agriculteur et le monde rural, est le mieux placé pour accompagner les agriculteurs, la population rurale et tout ce qui est autour de l'agriculture, qu'il s'agisse des salariés agricoles ou autres. J'ai retenu que c'était des produits «faciles». Sachant que le milieu rural est le milieu le plus frappé par l'analphabétisme, qu'est ce que vous voulez dire par faciles. Que ce sont des produits faciles à utiliser ou faciles à comprendre par le «Fellah» ? Ce sont des produits très faciles à utiliser. Nous sommes présents dans toutes les régions du Maroc, même les plus éloignées. Il suffit aux agriculteurs de se présenter à l'agence agricole la plus proche et il auront l'ouverture du compte, avec le chéquier et la carte qui leur convient. Notre rôle est d'être les plus proches de l'agriculteur, mais nous avons également le devoir de bancariser des agriculteurs et de les former à utiliser ces produits bancaires, qui sont très simples. Nous avons pensé à la carte, car elle est simple d'utilisation et mieux adaptée à l'agriculteur que le chèque bancaire qui pose parfois des problèmes de sécurité… Vous avez dit que le fellah, petit ou grand, met de côté de l'argent pour pouvoir subvenir à ses besoins. La bancarisation a-t-elle cet objectif d'outil d'épargne adapté au «fellah» ou est-ce plutôt une tendance pour l'ensemble du système qui vise plus particulièrement la collecte de l'argent qui est en dehors du circuit bancaire, faute de liquidité ? La bancarisation sert en premier lieu à faire entrer cette population dans le système bancaire national. La population rurale a aussi le droit d'avoir un compte chèque et a besoin d'avoir un compte épargne par le biais des comptes chèques, ce qui permet l'accès à tout ce qui est banque assurance, d'avoir une retraite, par exemple, une assurance vie… et même une assurance hospitalisation, et nous savons combien le monde rural manque de couverture sociale. Aussi, cette bancarisation permet en premier lieu de faire entrer l'agriculteur dans le système bancaire national mais aussi d'épargner parce l'agriculteur travaille toute l'année et ne vend sa production qu'une fois par an. Si nous prenons le cas de la production de céréales, l'agriculteur vend sa production vers le mois de juin-juillet et s'il n'a pas de moyen d'épargner de l'argent, juste après, il n'aura plus de quoi subvenir aux besoins de sa famille. Vous avez dit que c'est une campagne qui vise à faire entrer le fellah dans le système bancaire. Pensez-vous cette opération soit facile alors même que l'agriculteur marocain est habitué a la thésaurisation, cette façon plus «classique» de mettre son argent de côté ? Je suis tout à fait d'accord. C'est une tâche tout à fait difficile mais ce n'est pas une raison pour ne pas la prendre en charge. Nous nous proposons, en tant que Crédit Agricole du Maroc, une expertise de 50 années d'accompagnement de l'agriculteur, de prendre en charge cette tâche difficile, et de commencer la bancarisation de l'agriculteur et de la population rurale. Il n'est pas question de laisser un Marocain en dehors d'un système, qu'il soit bancaire ou autre. Cette opération est lancée par le Crédit Agricole mais aussi par un certain nombre de banques. Est-ce que vous ne vous sentez pas concurrencé, surtout que la bancarisation est devenue la tendance? Nous avons toujours été seuls dans le financement de l'agriculture, surtout la petite agriculture, le milieu rural, et tout ce qui est activité économiques dans le milieu rural. Or cette activité, le Maroc en a besoin pour améliorer le revenu des populations en difficulté. Nous avions toujours été seuls, mais maintenant cela fait du bien de voir qu'il y a d'autres banques qui s'intéressent au monde rural. Cela ne peut que participer à sa bancarisation et à son développement. Avez-vous une idée du montant de l'argent non bancarisé, ou hors du circuit bancaire, dans le milieu rural? Je n'ai pas de chiffre exact, mais il s'agit de milliards de dirhams, peut être de dizaines de milliards.