Dans une déclaration télévisée diffusée mardi 1er avril de l'Elysée, Nicolas Sarkozy a appelé les Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC) à libérer "immédiatement" Ingrid Betancourt, qui "est en danger de mort imminente", ainsi que les otages les plus affaiblis. S'adressant directement au chef de la guérilla, Manuel Marulanda, comme il l'avait fait lors d'un précédent message le 6 décembre 2007, le chef de l'Etat exige cette libération et précise que la France n'attend qu'un signal pour lancer une mission humanitaire pour venir en aide aux otages. "J'attends de vous la marque d'humanité sans laquelle tout s'enlisera de nouveau", a lancé le président français, qui a estimé que le dirigeant des FARC a "maintenant un rendez-vous avec l'histoire". "Par cet acte déclencheur, vous répondrez à l'attente de la famille" de l'otage et "vous rendrez compréhensible votre discours", a-t-il ajouté. Peu après son allocution, Nicolas Sarkozy a téléphoné à son homologue colombien, Alvaro Uribe, pour lui demander "de suspendre toute forme d'opérations militaires" dans le sud-est du pays afin de faciliter l'envoi "sans délai" d'une "mission humanitaire pour prendre contact avec les FARC", selon l'Elysée. "Nous avons exprimé notre accord complet pour permettre à cette mission médicale internationale de prendre contact avec les otages et de les soigner", a conclu M. Uribe, précisant que cette mission humanitaire serait "accompagnée par le Comité international de la Croix-Rouge [CICR]". "Nous ne faisons pas partie de cette mission qui a un caractère indépendant", a pourtant déclaré un porte-parole du CICR, qui précise que l'organisation n'a pas été contactée. Le président français a également joint le président du Venezuela, Hugo Chavez, pour "faire le point avec lui sur la situation des otages en Colombie", a annoncé l'Elysée dans un communiqué, sans donner plus de précisions sur le contenu de leur discussion. "UNE GR?VE DE LA FAIM AU MILIEU DE LA JUNGLE, C'EST MORTEL" Après s'être entretenu avec des membres du comité de soutien de Mme Betancourt dans l'après-midi, M. Sarkozy a confirmé que l'état de santé de l'otage était mauvais, comme l'avait déjà indiqué le gouvernement colombien. "Elle n'a plus la force de résister à une captivité interminable qui s'enfonce dans la tragédie", a-t-il affirmé dans ce message sous-titré en espagnol. Selon le président de son comité de soutien, Arnaud Mangiapan, elle a commencé une grève de la faim le 23 février. "Cela fait maintenant un mois. (...) Une grève de la faim en milieu hospitalier, c'est déjà très dangereux. Au milieu de la jungle, c'est mortel", a-t-il déclaré. "Cela fait six ans que nous essayons d'obtenir sa libération. Maintenant ça se joue en jours, voire en semaines mais pas beaucoup plus." Un communiqué des FARC daté du 20 mars, signé du commandant Ivan Marquez, souligne que l'attaque de l'armée colombienne contre un campement de la guérilla en Equateur, en février, est à l'origine de l'échec de la libération des otages, alors même que Bogota s'est dit prêt à relâcher près de cinq cents guérilleros emprisonnés en contre-partie. L'opération militaire qui a coûté la vie à Raul Reyes, alors numéro deux de la guérilla et principal intermédiaire dans les pourparlers sur les échanges de prisonniers, a "gravement porté atteinte" au processus, explique le document.