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Comment lutter contre la Covid sans s'appauvrir ? : Confinement à dosage thérapeutique d'un jour par semaine
Publié dans L'opinion le 20 - 10 - 2020

10% de nouveaux cas de contaminations au Covid-19 en moins d'ici la fin de l'année, et ce, grâce à un jour de confinement hebdomadaire, c'est le résultat d'un scénario projeté par le Haut Commissariat au Plan (HCP) pour éviter au Maroc un nouvel arrêt prolongé des activités.
Avec un bilan épidémiologique affichant quelques 174.000 cas d'infection au Covid-19, le Maroc est le 36ème pays au monde et le 3ème en Afrique en termes de nombre de personnes contaminées. Plus de 2.900 décès sont également à déplorer.
A ces statistiques sanitaires, il faudrait ajouter celles, économiques, des conséquences de la crise actuelle. Les défaillances d'entreprises devraient enregistrer une hausse de 15% cette année, pour atteindre quelque 10.000 unités d'ici mars 2021. L'année prochaine sera encore plus terrible, avec une augmentation des faillites de 25%, d'après une étude d'Inforisk, société marocaine spécialisée dans le renseignement commercial.
Positivité galopante
Les formes cliniques des cas de personnes testées positives au Covid-19 sont, de manière antinomique, à la fois rassurantes et inquiétantes. Rassurantes, parce que la proportion des cas sévères est juste de 1%, celle des cas critiques de 0,4%, selon une étude citée il y a près d'un mois par le devenu célèbre Dr Mohamed El Youbi, directeur de l'épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé.
Il s'agit, pour les cas sévères et critiques, de personnes d'une moyenne d'âge de 59 ans, et de 65 ans pour celles décédées, le risque étant aggravé par des facteurs de co-morbidité (cancer, hypertension artérielle, cardiopathies...). Selon la même étude, 9,6% des cas présentent des signes maladifs modérés et 14,1% des cas sont bénins, les deux catégories étant d'une moyenne d'âge de 46 ans. 74,9% sont asymptomatiques.
Le problème est justement d'avoir 3 cas de personnes infectées sur quatre qui ne présentent aucun signe de la maladie. Donc, à moins de se faire tester de manière aléatoire, ces porteurs sains du virus Sars-Cov2 vont en contaminer d'autres sans même s'en rendre compte. Conséquence en est un taux de positivité en hausse constante, qui était de 9,47% des tests effectués au 21 septembre dernier.
Entre le marteau et l'enclume
« Le système de santé marocain est mis à rude épreuve », a déclaré le Dr El Youbi, cité par le site Medias24. « Nous frôlons le débordement de capacité, aussi bien des laboratoires de tests, que des prises en charge en milieu hospitalier, ou encore les capacités en termes d'actions de santé publique pour effectuer les investigations, assurer le suivi des contacts en isolement et les personnes traitées à domicile ».
Et pour ajouter une note de pessimisme à ce triste tableau, notre épidémiologiste en chef estime que « la situation va s'aggraver lorsqu'il y aura co-circulation du virus Sars-Cov-2 et du virus grippal ».
La perspective d'un reconfinement est devenue le scénario à écarter, tellement le premier confinement a été terriblement vécu et même partiellement ignoré. Quelque huit ménages sur dix ont respecté le confinement, selon une enquête réalisée du 14 au 23 avril par le HCP, c'est-à-dire que deux sur dix l'ont rompu. La majorité de ceux qui sortaient de chez eux le faisaient pour s'approvisionner ou pour des raisons professionnelles.
Constat des dégâts
1,9 million de personnes se sont retrouvées au chômage durant la période du confinement, un chiffre à porter à 5 millions, en tenant compte du secteur informel, d'après Ilyas Benabdeljalil, chargé d'études à l'Institut Amadeus.
Un ménage sur cinq a bénéficié de l'aide publique et presque autant de la solidarité sociale, mais il y a eu des laissés pour compte quand même. L'accès aux services de santé a été, par ailleurs, problématique pour les personnes souffrant de maladies chroniques en particulier, explique le HCP.
L'apprentissage à distance a également été un échec retentissant, rendant les parents d'élèves aussi désemparés que furieux. Près de la moitié des ménages interrogés par le HCP se sont lamentés du climat anxiogène vécu pendant la période du confinement.
Selon l'étude d'Inforisk précitée, le recul du chiffre d'affaires des 66.000 entreprises qui payent l'impôt sur le revenu est de 412 milliards de dirhams par rapport à 2019. Outre une aggravation du prolongement des délais de paiement.
Et ce n'est pas fini
« On partait sur des délais déjà très élevés avant la crise, avec 202 jours pour les TPE, 113 pour les PME », explique Amine Diouri, directeur études et communication chez Inforisk. « La crise a accentué ces délais de paiement, c'est-à-dire que 50 à 60 jours additionnels sont venus se rajouter aux délais initiaux.
Aujourd'hui, les TPME sont dans une situation d'asphyxie à cause de cela, d'autant plus qu'elles ont plus de mal à recouvrir leurs créances, ce qui est une difficulté supplémentaire ».
Huit entreprises sur dix éprouvent, d'autre part, des difficultés à recouvrir leurs créances. La crise sanitaire est responsable, à hauteur de 72%, des difficultés de trésorerie des entreprises, d'après la même source.
Pour parer à ces difficultés, 43% des entreprises ont fait appel aux aides du gouvernement, 42% à l'endettement bancaire, mais autant ont préféré cesser tout simplement leurs activités et 32% ont réduit leurs effectifs, selon le confrère « L'Economiste ».
Solution à moindre coût
Si l'actuelle crise devait persister, c'est la moitié des entreprises sondées qui prévoient de licencier la moitié de leurs employés. Conséquence logique d'une telle situation : l'envolée des défaillances d'entreprise. «La hausse devrait être de 15% d'ici la fin de l'année, avec un pic lors de la fin du premier trimestre de 2021», écrit Amin Diouri.
Tenant donc compte de la lourde facture économique et sociale que le Maroc a dû payer suite aux 82 jours de confinement (du 20 mars au 11 juin), de la pression persistante sur les infrastructures sanitaires et du peu d'enthousiasme populaire suscité par la perspective d'un reconfinement, le HCP a étudié une démarche préventive à moindre coût, la stratégie d'un jour de confinement par semaine pendant un mois et demi, expliquée dans sa récente publication, les « Brèves du Plan ».
Tel un médicament contre l'épidémie du Covid, l'application du confinement au dosage thérapeutique d'une journée par semaine, pendant six semaines, serait susceptible de recueillir une plus grande approbation sociale, gage de son respect et son succès.

Ahmed NAJI
Repères
Vitesse de contamination
La vitesse de contamination au Covid est allée en progressant, après la rupture du confinement, pour arriver à une moyenne de 1.000 cas par jour, fin juillet, et pourrait atteindre plus de 2.000 cas quotidiens, fin décembre. La hausse a été de 157% au cours du mois d'août. Le 2 octobre a connu le record du nombre de nouveaux cas enregistrés, soit 4.861. D'un peu plus de 167.000 cas recensés actuellement, le bilan pourrait atteindre les 475.000 à la fin de l'année, si aucune mesure n'est prise pour réduire la célérité de propagation du virus.
Le bal des Coronavirus
Que va-t-il se passer quand deux Coronavirus vont se rencontrer, le Sras-Cov2 avec celui de la grippe saisonnière ? Au vu de la vitesse de propagation du nouveau Coronavirus, mais surtout du nombre de personnes qui en meurent, 30 à 40 décès quotidiens depuis fin juillet, selon le HCP, les auteurs du rapport en ont déduit que les personnes vulnérables, d'un âge avancé ou traînant des facteurs de comorbidité, sont trop exposées. Ce sont peut-être ceux-là qu'il faudrait confiner dès à présent.
Plus de restrictions dans plusieurs pays
Aux Pays-bas, un reconfinement partiel a été décidé, à compter du 14 octobre, pour au moins deux semaines. Avec une hausse de 60% des cas de contamination, 40% d'hospitalisation et 60% de placements en soins intensifs en une semaine, les Néerlandais n'avaient pas trop le choix. En Italie, les fêtes privées ont été interdites pour un mois, avec 30 convives au maximum. En Grande Bretagne, ce sont tous les rassemblements de plus de six personnes qui sont interdits. Les mesures restrictives se multiplient en France, Espagne, Islande, Autriche, Portugal,Tchéquie...


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