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Aviation civile : Bilan mitigé entre le commercial et l'amateur [INTEGRAL]
Publié dans L'opinion le 13 - 12 - 2023

L'aviation commerciale marocaine amorce actuellement une transformation ambitieuse qui permettra de relever les défis 2030. Le segment amateur reste pour sa part à la traîne.
Jeudi 7 décembre, le monde a célébré la Journée internationale de l'aviation civile, une date symbolique qui a pour objectif de souligner l'importance de l'aviation civile dans le développement socio-économique des Etats. Cette année, la célébration de cette Journée intervient dans un contexte où notre pays se prépare à organiser la Coupe du Monde de Football en 2030 en partenariat avec l'Espagne et le Portugal. Un cap fixé qui signifie que le secteur de l'aviation commerciale ainsi que l'ensemble des infrastructures et chaînes de valeur qui le structurent, devront œuvrer durant les années à venir afin de relever le pari technique et logistique qui se profile pour l'été 2030. « On sent que le Royaume a déjà commencé des chantiers stratégiques qui permettront à l'aviation civile nationale d'être à la hauteur du défi en 2030. En témoigne le projet d'agrandissement de l'aéroport Mohammed V qui entre dans le cadre des accords qui ont été récemment signés dans la foulée de la visite de SM le Roi aux Emirats Arabes Unies », explique Mohamed Ouitassane, ingénieur aéronautique et fondateur du média spécialisé « Aeronautique.ma ».

Les aspirations de la RAM
Plusieurs signes précurseurs démontrent également les perspectives de développement que le secteur national de l'aviation civile est en cours de réaliser. « La Royal Air Maroc a récemment présenté une stratégie ambitieuse qui lui permettra d'asseoir sa position au niveau international en quadruplant sa flotte durant les prochaines années. Cela implique automatiquement que les aéroports de notre pays seront amenés à suivre cette dynamique », poursuit notre interlocuteur qui estime que le début de cet envol a été effectué lorsque le Royaume a décidé de signer l'accord d'ouverture du ciel (Open Sky) en 2005. « A travers cette décision, notre pays a permis à des compagnies aériennes étrangères d'arriver, notamment les compagnies Low Cost qui ont contribué à démocratiser l'accès aux voyages par avion, et, donc, d'impulser le tourisme national. Ce changement a également introduit la concurrence nécessaire pour l'amélioration des services et des infrastructures », souligne l'ingénieur aéronautique.

Gestion des aéroports
L'autre chantier stratégique qui augure d'une montée en gamme de l'aviation civile nationale est la transformation annoncée de l'Office National des Aéroports (ONDA) en société anonyme. « Je pense que cette transition permettra de concrétiser des changements très positifs puisqu'une société anonyme pourra mettre en place des règles de gestion qui sont complètement différentes par rapport à celles que l'on peut trouver dans un Office », confie la même source. Pour le cadre réglementaire national qui régit le secteur, Mohamed Ouitassane estime que notre pays dispose déjà d'un arsenal légal, technique et normatif satisfaisant. « Du point de vue des compagnies aériennes, le Maroc offre les infrastructures et services qui sont bien meilleurs que ce que l'on peut trouver dans d'autres pays de la région et du continent. Pour les voyageurs, le Maroc se conforme aux réglementations internationales, mais gagnerait cependant à concrétiser certaines dispositions liées au service après-vente, notamment en cas d'annulation ou de retard d'un vol par exemple », remarque le fondateur d'Aeronautique.ma.

Aviation de loisir
L'aviation civile ne se limite cependant pas au secteur commercial. « Contrairement à l'aviation commerciale, le développement de l'aviation générale et sportive est malheureusement très en retard. Le Maroc ne compte que 3 Aéroclubs actifs en ce moment : Agadir, Casablanca et Fès », explique pour sa part Mehdi Tazi, président de l'Aéroclub Royal Fès-Saïs. « Les Aéroclubs sont une pépinière aéronautique et contribuent activement au rayonnement de la culture aéronautique du Royaume, cependant, plusieurs facteurs ralentissement de façon pénalisante leur croissance et développement », poursuit la même source, donnant l'exemple de difficultés liées aux prix et aux disponibilités des carburants ou, encore, aux assurances des avions légers que les amateurs doivent le plus souvent contracter auprès de compagnies étrangères puisque les compagnies marocaines n'assurent pas directement les risques aéronautiques. Une carence que notre pays devrait manifestement combler pour parachever le décollage de son aviation civile.
3 questions à Mohamed Ouitassane « Le Maroc connaît des activités d'aviation civile depuis plus d'un siècle »
* Comment évaluez-vous l'évolution des ressources humaines marocaines qui travaillent dans le secteur de l'aviation civile ?
Tout d'abord, je tiens à préciser que le Maroc connaît des activités d'aviation civile depuis plus d'un siècle, avec évidemment des infrastructures aéroportuaires actives, mais également des ressources humaines qui ont accompagné l'évolution de ce secteur à travers les changements techniques et technologiques qui l'ont façonné au niveau international. La compétence de ces ressources humaines est avérée et reconnue au niveau international, en témoignent les très faibles taux d'accidents aériens au niveau national durant ces dernières décennies. Ajoutez à cela que notre pays arrive actuellement à assurer la formation au niveau local de profils et de compétences aussi bien en termes de pilotes, de personnel navigant que d'ingénieurs et techniciens spécialisés.

* Quel est votre point de vue concernant la formation des métiers de l'aéronautique et de la logistique aéroportuaire ?
Je pense qu'il convient de souligner que la RAM a énormément profité du développement du secteur aéronautique au Maroc, notamment à travers sa filiale (partenaire de Boeing) spécialisée dans la maintenance des moteurs. Ajoutez à cela l'Institut Spécialisé dans les Métiers de l'Aéronautique et de la Logistique Aéroportuaire (ISMALA) qui a récemment fait l'objet d'un accord qui stipule que cet établissement sera désormais géré conjointement par l'OFPPT (49%) et le Groupement des Industries Marocaines Aéronautiques et Spatiales (51%). Cet accord est une très bonne nouvelle puisque le groupement pourra apporter une grande valeur ajoutée à la formation de ces métiers.
* Qu'en est-il du développement du segment de l'aviation privée au niveau national ?
Concernant l'aviation privée, l'évolution de ce segment de niche est encore limitée comparativement avec d'autres pays, notamment occidentaux. Cela dit, le marché continue à se développer, même si la demande qui pourrait l'impulser est encore relativement faible. C'est un secteur dans lequel il faudra cependant investir parce que le besoin ne manquera pas de se faire bientôt ressentir, notamment pour développer une offre de services à destination des pays africains, y compris pour tout ce qui est transport médical aérien privé.

Statistiques : Augmentation du trafic aérien et des mouvements aéroportuaires
Durant l'année 2022, les aéroports du Royaume ont enregistré un volume de trafic commercial de 20.592.350 passagers et de 174.820 mouvements aéroportuaires. Avec 7.637.643 passagers, l'aéroport Mohammed V a enregistré durant l'année 2022 un taux de récupération de 74% par rapport à l'année 2019, et ce, à travers 67.094 mouvements aéroportuaires, soit un taux de récupération de 73% par rapport à l'année 2019. Plusieurs aéroports ont atteint, voire dépassé, le volume du trafic aérien passagers de l'année 2019, il s'agit notamment des aéroports de Tétouan (470%), d'Oujda (122%), de Nador (108%), de Tanger (106%). Avec 2.155.942 passagers accueillis durant l'année 2022, le trafic aérien intérieur a enregistré un taux de récupération de 72% par rapport à l'année 2019. Le trafic international a, quant à lui, enregistré un taux de récupération de 84% par rapport à l'année 2019 en accueillant 18.436.408 passagers. Le fret aérien a enregistré durant l'année écoulée 69.751 tonnes au niveau des aéroports marocains (96.121 tonnes en 2019).
Climat : Lancement du premier vol utilisant un carburant d'aviation durable
Dans un communiqué, la Royal Air Maroc (RAM) et Afriquia SMDC ont récemment annoncé le lancement du « premier vol au départ de l'Afrique neutre en carbone et avitaillé en carburant d'aviation durable, ou SAF (Sustainable Aviation Fuels) ». Opéré en Boeing 787-9, le vol AT 505, dont le lancement coïncide avec la tenue de la 28ème Conférence des parties sur le changement climatique (COP28) à Dubaï, a atterri samedi à 16h30 à l'aéroport Blaise Diagne de Dakar, trois heures et demie après son décollage de l'aéroport Mohammed V de Casablanca. Le Dreamliner, qui avait à son bord 302 passagers, soit la totalité de sa capacité, a utilisé près de 9 tonnes de carburant d'aviation durable, soit 40% de la quantité nécessaire à la réalisation de ce vol, ce qui a permis d'éviter l'émission de près de 23 tonnes de CO2, précise la même source. « En parallèle, les émissions de CO2 dues au reste du carburant classique utilisé pour ce vol (soit 60% du volume carburant) seront compensées par Royal Air Maroc, dans le cadre du programme de compensation volontaire carbone mené par la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l'Environnement », souligne le communiqué. A noter que la variété de carburant d'aviation durable utilisée pour le vol AT 505 du 09 décembre, ne nécessite aucune modification des moteurs. Elle est issue de la transformation des huiles d'origine végétale usées. Elle offre une réduction allant jusqu'à 90% des émissions de CO2 sur l'ensemble du cycle de vie par rapport à son équivalent fossile.


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