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Campagne de désinformation algérienne : Les dessous d'une nouvelle guerre hybride contre le Maroc [INTEGRAL]
Publié dans L'opinion le 15 - 06 - 2024

Fake news, diffamation, manipulations, propagande anti-marocaine...Tous les coups sont permis chez les Algériens qui mènent une véritable campagne de désinformation contre le Maroc sur les réseaux sociaux avec des techniques dignes d'une guerre hybride. Décryptage.
La désinformation et la propagande algériennes vont de pair. Le recours aux fake news par les médias du voisin de l'Est est un secret de polichinelle. Habitués aux informations les plus saugrenues concoctées par l'Agence de presse officielle ou par les médias à la solde du régime, les Marocains découvrent depuis des mois une nouvelle campagne de désinformation provenant de l'Est qui prospère avec une rapidité déconcertante.

Sur les réseaux sociaux, les attaques en dessous de la ceinture foisonnent. Les comptes algériens, souvent sous couvert d'anonymat, braquent leurs projecteurs sur le Maroc en propageant un flot ininterrompu de fausses nouvelles dans l'unique but de tenter de souiller son image. La guerre à Gaza a été malicieusement exploitée pour faire passer le Maroc pour un complice d'Israël avec des mensonges grossiers destinés à la consommation interne.
Depuis des semaines, les écrans sont saturés de contenus manipulés de sorte à accuser le Maroc d'être impliqué dans la guerre. En témoigne la dernière vague d'informations mensongères sur des prétendus militaires marocains engagés à Gaza aux côtés des forces israéliennes, laquelle s'est propagée dans les réseaux sociaux comme un incendie estival. Diffusé en masse, dès le 12 mai, par Algerian News Network et repris par les relais de la propagande algérienne, ce ragot mensonger a été attribué à « Al Jazeera » à l'aide d'un faux graphique. Les auteurs y mettent la carte d'identité falsifiée d'un soldat marocain pour laisser croire qu'il serait tué dans un tunnel à Gaza alors qu'il combattait aux côtés de 4000 soldats enrôlés par Tsahal. Puis, on met tout ça dans un paquet avec la normalisation... La conclusion est une théorie fumeuse : le Maroc soutient militairement Israël en vertu des accords d'Abraham. De quoi exalter les propagandistes algériens qui en font la Une de leurs chaînes YouTube.

Modus operandi, tous les coups sont permis

Ce n'est qu'un des exemples d'une série de flots de mensonges qui font rage sur la Toile dans une campagne, semble-t-il, savamment orchestrée, qui ne dit pas son nom. Le mode opératoire est simple. Tous les coups sont permis pour s'en prendre à l'image du Maroc, son intégrité territoriale, son patrimoine culturel, et à des personnalités politiques de renommée. Les tentatives d'expropriation du patrimoine culturel par les comptes algériens s'inscrivent dans cette mouvance. On y va à coups d'information manipulée sortie de son contexte, vidéos parodiques, photos truquées et faux montages.

Ces attaques vont de pair avec la propagande menée par des mercenaires patentés qui diffusent à intervalles réguliers des diatribes contre le Maroc avec parfois des incitations à la violence. Révélateur est le cas de Saïd Bensdira, l'ex-agent de Renseignement présenté comme un exilé politique à Londres, qui répand des informations surréalistes. Il a fait la risée de tout le monde quand il a annoncé en direct dans un live avec un séparatiste que les forces du Polisario étaient sur le point d'entrer à Smara. Au milieu de cette campagne surgissent des activistes du Polisario qui viennent en renfort aux contingents algériens.

Twitter, épicentre d'une croisade cybernétique

Cette campagne prospère sur l'ensemble des réseaux sociaux mais demeure ultra concentrée sur la plateforme X (ex-Twitter). Cela est dû à la facilité d'usage de cette agora et sa vocation politique. "C'est un réseau qui ressemble à une terre sauvage de liberté d'expression qui, peu contrôlée, favorise l'anonymat, il est donc facile d'y propager des rumeurs et de les amplifier de manière concertée sans courir de risque, explique Issam El Alaoui, expert en data et en cryptographie, qui souligne que Twitter demeure un terrain propice pour les fake news, en dépit de "l'usage de plus en plus fréquent des Community Notes au Maroc". "Il s'agit souvent de comptes identitaires tournés autour de la provocation et qui ciblent les personnalités marocaines", fait-il observer, rappelant que "ces attaques se sont intensifiées depuis la reprise des tensions entre le Maroc et l'Algérie".
S'agit-il d'actes isolés ou d'attaques coordonnées ? M. Alaoui penche vers la deuxième hypothèse estimant que ce à quoi on assiste a tous les signes d'une campagne dirigée contre le Royaume. De son côté, Mohammed Badine El Yattioui, politologue et professeur d'Etudes Stratégiques au Collège de défense nationale des Emirats Arabes Unis, y voit une campagne de déstabilisation qui vise à nuire à l'image du Maroc.

"C'est une stratégie de contournement pour porter l'attention de l'opinion algérienne sur le Maroc, dont le but est de masquer la réalité sociale amère en Algérie et la répression qui s'amplifie", affirme notre interlocuteur, qui prend l'exemple de la guerre à Gaza. Là, insiste-t-il, la multiplication des accusations calomnieuses et surréalistes sur la proximité du Maroc avec Israël n'est qu'une façon de détourner l'attention des Algériens sur l'interdiction de manifestation en soutien à la Palestine par peur que ça se transforme en émeutes anti-régime. Toutefois, M. Yattioui écarte l'hypothèse d'une campagne concoctée au plus haut du sommet de l'Etat algérien. Or, souligne-t-il, il est probable que des comptes soient parrainés par les services de Renseignement.

Vers la guerre hybride ?

L'essor des cyberattaques en provenance de l'Est rappelle les techniques utilisées dans la guerre hybride, dont on assiste aux prémices. Cette nouvelle forme de guerre qui mêle désinformation, cyberattaques, actes subversifs par groupuscules interposés, conflits par procuration, ainsi que des attaques conventionnelles le cas échéant...

Rendue populaire par les Américains et les Russes, cette nouvelle forme de conflit semble une source d'inspiration pour les Algériens qui, depuis 1976, ont employé toutes les formes précitées : guerre conventionnelle ouverte en 1963, soutien au séparatisme par la création du Polisario comme groupe de subversion, propagande chronique. Maintenant, cette stratégie du chaos créateur semble se numériser à l'ère des réseaux sociaux. "La guerre hybride fait partie des nouvelles formes de conflictualité et peut être prise comme une stratégie de contournement par le régime algérien", souligne Mohammed Badine El Yattioui, selon qui rien ne réfute l'idée que le régime soit tenté de mener une guerre hybride faute de pouvoir mener un conflit ouvert.
Trois questions à Mohammed Badine El Yattioui : "L'agressivité des attaques algériennes sur les réseaux sociaux augmente proportionnellement aux succès du Maroc concernant le Sahara"
* Quel regard peut-on avoir sur cette campagne algérienne de désinformation à l'encontre du Maroc ?

Nous sommes en face d'une campagne de déstabilisation qui vise essentiellement à nuire à l'image du Maroc sur le Net par les fake news. C'est aussi une manière détournée pour les Algériens de contourner l'interdiction de manifestation pour exprimer leur soutien aux Palestiniens, le régime étant hanté par le « hirak » de 2019, ce qui le pousse à proscrire toute manifestation quelle qu'en soit la nature. Face à la répression, les Algériens engagés dans cette campagne semblent vouloir tout mettre sur le dos du Maroc et salir son image pour masquer la réalité qui règne chez eux et l'interdiction de manifestation. Il y a une volonté de faire taire toute critique du régime en tapant sur le Maroc.

* Y a-t-il un risque que ces attaques se développent en une politique de déstabilisation à grande échelle ?

Le risque existe bien évidemment même si les médias algériens traditionnels n'ont pas la capacité de mener une campagne à plus grande échelle. Les réseaux sociaux demeurent un terrain propice pour diffuser les fake news et provoquer des débats sans fin en braquant les projecteurs sur le Maroc afin de détourner l'attention sur ce qui se passe en Algérie. Il est encore difficile d'identifier ceux qui sont derrière les faux comptes à l'origine de ces attaques. Il faudra rester attentif pour savoir si à long terme ces cyberattaques seront plus coordonnées, là ce serait plus compliqué. Je doute qu'elles émanent d'une stratégie coordonnée par le Renseignement algérien compte tenu de la structure du pouvoir en Algérie et la concurrence permanente entre les services de Renseignement. Toutefois, il est probable qu'il y ait des accointances entre certains médias algériens et des activistes patentés à la solde du régime sur les réseaux sociaux. Il ne serait pas surprenant que des médias algériens travaillent de concert avec des agents de Renseignement dans le cadre d'actes isolés.

* L'Algérie peut-elle s'inspirer du modèle russe de la guerre hybride ?

La guerre hybride fait partie des nouvelles formes de conflictualité et peut être prise comme une stratégie de contournement par le régime algérien. Si l'Algérie s'engage effectivement dans cette voie, il va falloir mobiliser un ensemble de moyens à long terme pour riposter. C'est un risque réel qu'il convient de prendre en considération. La guerre hybride est un mélange entre les instruments militaires et non militaires. Comme l'Algérie ne semble pas encline à un conflit ouvert avec le Maroc, le recours à la guerre hybride au moyen de la désinformation et les cyberattaques est probable.
Il est clair que l'agressivité de l'Algérie, dont sa propagande sur les réseaux sociaux, augmente proportionnellement aux succès du Maroc concernant le Sahara, en particulier, et en matière de politique étrangère, en général. Il y a une volonté de faire plaisir à l'opinion algérienne en déformant la réalité de ce qui passe au Maroc.

Trois questions à Issam El Alaoui : "Cette campagne de désinformation s'apparente plus à une guerre de tranchées digitale"
* Nous assistons à une campagne de désinformation par des Algériens sur le Net à l'encontre du Maroc. S'agit-il de simples attaques isolées ou d'une campagne homogène et coordonnée ?

Ce phénomène a tous les signes d'attaques coordonnées sur des thématiques bien choisies avec l'exploitation de faits divers, d'actualités diplomatiques ou de sujets culturels. Il s'agit d'attaques pointues ciblant de manière offensive, grossière et chirurgicale le Maroc avec l'intention de déclencher un buzz. Si on prend l'exemple du réseau X, on constate que ce sont souvent des comptes identitaires. De l'autre côté, les Marocains sont également organisés en diverses mouvances qui réagissent, corrigent, invectivent et sont aussi parfois dans l'attaque. Pour synthétiser, on pourrait dire que cette campagne de désinformation s'apparente plus à une guerre de tranchées digitale entre groupes plutôt bien organisés auxquels se mêlent aussi des individus issus de diverses mouvances idéologiques.

* Comment appréhendez-vous les techniques de manipulation de l'information par les comptes algériens impliqués ?

C'est difficile de juger les comptes algériens sans une analyse graphique et sémantique de ce qui est publié, retweeté. Il y a des acteurs spécialisés, dont des laboratoires qui publient des enquêtes. Ce que l'on peut dire, c'est que l'IA a facilité l'imitation du langage humain dans toutes ses facettes : imperfection dans le langage, utilisation de smiley et de mèmes humoristiques et autres caricatures, réponse contextualisée à un message, etc... La manipulation de l'information nécessite une capacité d'automatisation (via l'IA) et une capacité d'amplification (via les réseaux sociaux). Ces deux facteurs peuvent être clairement observés dans notre cas. La technologie permet aujourd'hui d'industrialiser la manipulation de l'information à une échelle jamais constatée depuis la création d'Internet.

* Peut-on s'attendre à une campagne de désinformation de plus grande envergure dans les années à venir ?

Absolument, l'IA, notamment générative dans ses modalités texte, audio et visuelle, va amplifier ce phénomène de désinformation dans le futur et il sera de plus en plus difficile pour le citoyen lambda de distinguer information et fake news. Il n'y a quasiment plus aucun contenu digital qui ne soit pas facilement altérable. Certaines start-ups se sont attaquées à la vérification biométrique (proof-of-personhood) comme Worldcoin, afin de nettoyer les réseaux sociaux des bots, mais ce type n'est pas sans risque pour la protection de la vie privée.


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