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Duel serré au entre un milliardaire et Eduardo Frei
Chili / Présidentielles
Publié dans L'opinion le 18 - 01 - 2010

Le milliardaire Sebastian Pinera espère mettre fin à vingt ans de pouvoir de centre gauche au Chili à l'issue, dimanche, du second tour de l'élection présidentielle dont le résultat s'annonce très serré. Lire la suite l'article
Le propriétaire de la compagnie aérienne Lan Chile (LAN) devance de très peu son adversaire, l'ex-président Eduardo Frei, dans un sondage Mori publié mercredi (50,9%-49,1%).
Le centre gauche gouverne le Chili depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990). Une victoire de Sebastian Pinera ferait basculer à droite une région dominée, du Venezuela au Brésil, par la gauche.
Le soutien à la coalition de centre gauche Concertacion s'est érodé, les électeurs reprochant aux gouvernants leur mauvaise utilisation des milliards de dollars récoltés lors de l'envolée des cours du cuivre, dont le pays est très riche. La population exprime aussi une frustration grandissante face à la poursuite de la mainmise des caciques sur la vie politique.
"Vingt ans, ça suffit. La 'Concertacion' doit faire son mea culpa et renoncer au pouvoir", estime Ramiro Silva, un électricien de 35 ans qui votait jusque-là pour le centre gauche. "Je sais que Pinera se débrouillera mieux. La 'concertacion' a besoin de sang neuf".
Le milliardaire de 60 ans, classé au 701e rang des personnes les plus riches de la planète par Forbes, a obtenu 44% des voix au premier tour, le 13 décembre, contre 29,6% à Frei. Jamais depuis le retour à la démocratie en 1990, la droite n'avait devancé la gauche lors d'un scrutin présidentiel.
Arrivé troisième avec environ 20% des suffrages, le candidat indépendant Marco Enriquez-Oùinami a divisé la gauche et provoqué une rude bataille pour le report de ses voix. Mercredi, après avoir longtemps tergiversé, il s'est finalement rallié à reculons à Frei pour tenter de barrer le chemin à Pinera.
Mais des analystes pensent que ce ralliement tardif ne suffira pas à faire pencher la balance en faveur de la gauche. Pinera devrait en outre bénéficier des fissures lézardant la coalition sortante.
Sebastian Pinera a également réussi à se démarquer de l'héritage de la dictature militaire, endeuillée par la mort ou la "disparition" de plus de 3.000 personnes et quelque 28.000 cas de torture. L'un de ses frères fut ministre de Pinochet et une partie de son entourage a travaillé pour la dictature.
"L'une des raisons principales de mon opposition au régime militaire a été que je savais pertinemment que les militaires violaient les droits de l'homme", a-t-il expliqué la semaine dernière lors d'un débat télévisé avec Frei. "Aucun ministre ayant siégé sous Pinochet ne fera partie de mon gouvernement".
L'homme d'affaires, qui a fait fortune en introduisant les cartes de crédit au Chili, trouve un grand écho auprès de la classe moyenne. Cet entrepreneur formé à la prestigieuse université américaine d'Harvard s'est engagé à relancer l'économie en créant un million d'emplois. Il promet un taux de croissance annuel de 6% grâce à des allègements fiscaux pour inciter les entreprises à recruter.
L'économie du Chili, qui repose sur le cuivre et les exportations de saumon, d'agrumes et de vins, émerge de sa première récession en dix ans.
Ses détracteurs estiment que le projet de Pinera dépend trop largement de la capacité du secteur bancaire à créer des emplois et d'une reprise générale progressive assortie d'une demande maintenue pour le cuivre. Il risque aussi d'avoir des difficultés à faire adopter ses réformes à un Congrès divisé.
Sebastian Pinera a toutefois les faveurs des marchés et sa victoire devrait consolider la remontée de la Bourse amorcée en 2009 grâce à une hausse des cours des produits alimentaires et aux espoirs de forte reprise de la demande intérieure.
Son rival, dont les années au pouvoir (1994-2000) ont été marquées par la récession, est partisan d'un rôle accru de l'Etat dans l'économie.
Cet ingénieur de 67 ans a dû batailler pour essayer d'unir la gauche chilienne mais il n'a pas pu tirer profit de la popularité de la présidente sortante Michelle Bachelet, et ce malgré sa promesse de maintenir ses programmes d'aide sociaux


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