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Enneigement et enclavement hivernal au Moyen Atlas
Reportage Bois de chauffage, l'éternel dilemme …
Publié dans L'opinion le 19 - 01 - 2010

A l'instar d'autres régions montagneuses du Maroc, la région du Moyen Atlas a été affectée ces derniers jours par d'importantes perturbations climatiques donnant lieu à des précipitations et des chutes de neige qui ont sensiblement perturbé la circulation sur certaines routes nationales, régionales et surtout secondaires, en isolant complètement des villages. La baisse des températures qu'a connu dernièrement la région a accentué la souffrance des habitants, manquant d'équipement adéquat pour faire face à cet aléa climatique, surtout que l'enneigement a touché, cette année encore, une grande superficie s'étalant d'El Hajeb à  Errachidia. Plusieurs provinces sont concernées (El Hajeb, Ifrane, Sefrou, Boulemane, Khénifra, Midelt et Errachidia).
Si l'enneigement cette année n'a pas posé de problèmes graves aux usagers de la route, c'est surtout parce que jusqu'ici les jours d'enneigement n'ont pas dépassé les cinq jours. Nous sommes loin, très loin des 70 jours de neige effectifs de l'année dernière, une situation que les habitants de l'Atlas n'avaient pas connue depuis plus de trois décennies. Par contre, la baisse de température -le mercure a descendu à -15 pendant certaines nuits- a  affecté de grandes couches de la population, qui souffre en silence, dignement, faisant face à des dépenses supplémentaires pour acquérir le bois de chauffage, adapter sa nourriture aux exigences du climat et faire face aux risques de rhumatismes et de pathologies accentuées par ce froid glacial.
Les premières doléances viennent des fonctionnaires, notre présence sur les hauteurs du Moyen Atlas a coïncidé avec une grève lancée par ces derniers qui multiplient leurs protestations pour amener les autorités à reconnaître cet état de fait et à trouver une formule pour indemniser ceux qui souffrent de ce problème. «La lutte contre le froid a un prix qui désavantage tous les employés dans cette belle province par rapport aux autres. Le prix du bois de chauffage est en hausse constante et ce n'est pas un luxe, c'est une nécessité. Ne doit-on pas donc indemniser?», nous a déclaré un responsable syndicale à Azrou. «Je crois que le gouvernement a entériné une aide substantielle pour les fonctionnaires qui travaillent dans des conditions difficiles, y a-t-il des conditions pires que ce froid glacial?» renchérit un autre.
Ce jour là, ce n'était ni le froid ni la neige qui préoccupaient les habitants des villages avoisinants, mais les crues de Oued Ras Al Mâ et Al Moaziz qui menaçaient, vu la violence des eaux d'inonder les douars et les cultures. Une conscience, une responsabilité et un acte civique et citoyen à souligner: Même grévistes, les fonctionnaires de la direction de l'équipement et d'autres employés se sont rués sur leurs engins pour venir en aide aux citoyens et rouvrir les axes routiers endommagés par les crues.
Plus loin, sur le route entre Azrou et Timhdite, les douars s'apparentent plus à une sorte de regroupements de personnes appartenant à une même «Fakhda» presque même famille d'une grande tribu.  Ils sont généralement établis dans des zones rurales fortement enclavées dont les habitations sont situées à flanc de montagne. De plus en plus, les habitants des douars s'établissent dans des endroits là où des intérêts communs peuvent être exploités: des points d'eau, une mosquée, une école. D'une manière générale, les douars sont très difficiles d'accès. L'on y accède  par des routes rocailleuses, des pistes mais généralement, sur cette partie de l'Atlas, les douars ne sont pas trop loin de la route nationale. Ce n'est généralement pas la route qui mène vers le douar qui pose un problème d'enneigement, mais c'est surtout lorsque les chutes de neiges sont assez importantes pour couper la route nationale.
«Les cinq kilomètres de piste qui séparent le douar de la route ne nous ont jamais posé de problèmes, on peut faire cette à dos de mulet et même à pieds même lorsqu'il neige. Nous craignons plus la coupure de la route parce que c'est par là que nos approvisionnements et nos moyens de survie sont acheminés vers le douar et les habitations avoisinantes», nous a déclaré Hammou Ait Ouli, qui venait de traverser à dos de mulet. Les pluies diluviennes, accompagnées de rafales de vent, qui se sont abattues ce jour là sur cette région ont transformé tous les accès au douar en marécages, nous empêchant de s'approcher des habitations. Répondant à nos interrogations sur les conditions de vie des villageois, Hammou a été claire et franc: «Dieu merci, depuis deux ans, les choses se sont nettement améliorées, des équipes médicales viennent souvent nous rendre visite, à l'initiative des autorités locales et sanitaires et des associations, devenues très actives dans le région depuis le lancement de l'Initiative Nationale de Développement Humain. Les approvisionnements des populations en denrées de première nécessité sont assurés et la route ne s'est coupée que quelques heures cette année». 
 
Bakrite, la localité la plus enclavée de la province d'Ifrane
 
Bakrite a été rendue célèbre par les scandales liés à l'abatage clandestin des arbres, activité illicite très lucrative. Pour rappel, le directeur régional des eaux et forêts et de la lutte contre la désertification à Meknès, un chef de division et le chef du même département à Ifrane, ont été récemment démis de leurs fonctions pour la cessation douteuse d'un marché de coupe de bois. Il y a deux ans c'est un responsable à Ifrane qui avait subi le même sort mais malheureusement l'hémorragie continue aggravant la situation des riverains des forêts. C'est sans doute l'enclavement de cette localité qui en fait un lieu de «non droit» pour des trafics de bois, surtout le cèdre, très convoité. Six douars vivent en autarcie dans cette localité qui culmine à une altitude de plus de 2000m. A 80 km d'Ifrane, Bakrite ne possède qu'un seul accès vers la nationale 13 reliant Ifrane à Timhdite. L'année dernière, les habitants ont été approvisionnés par Hélicoptère. L'enclavement et l'isolement des habitants avaient duré une semaine.
Cette année, la route a été rouverte dans les 24 heures. Deux difficultés majeures dans le traitement du déneigement dans cette localité selon la direction de l'équipement d'Ifrane: des pièges à vents et le verglas en cas de baisse importante de température. Comme les douars forment une boucle, certains demandent le déneigement de la route qui mène vers la nationale 13 du côté d'Ifrane, d'autres préfèrent l'accès à Timhdite. Mais pour les autorités locales, comme pour la direction de l'équipement, Bakrite a été toujours une priorité dans leur intervention de désenclavement et de déneigement. Plus de 1200 personnes y vivent et la pauvreté est visible. C'est la seule localité de cette province qui vit des conditions proches de celles des localités d'Imilchil comme Tounfite.
«Cette année, les chutes de neige ont été relativement tardives, deux jours seulement de vraies chutes, les 7 et 8 janvier courant. On n'a pas du tout senti l'isolement. La route a été dégagée le jour même par les chasses neige et les autres engins. Les responsables sont venus s'enquérir de notre situation. Louange à Dieu et gloire à SM le Roi» déclare, rassurée, une habitante de cette localité qui, à notre question son prénom, a répondu par un sourire en s'éloignant et en cachant son visage entre ses mains.
Nous avons l'impression que cette année, trois paramètres ont joué un rôle essentielle dans l'absence presque total d'isolement dramatique qui puisse avoir des répercussions graves sur les populations des montagnes du Moyen Atlas:
Primo, la période d'enneigement cette année a été de courte durée.  5 jours dont deux de chutes réelles vers le début de ce mois. D'ailleurs, aucune trace de neige lors de notre passage ni à la station de ski de Michlifen, ni à Jbel Habri,. L'épaisseur des neiges a été très faible, 20 à 25 cm à Hjirte qui connaît généralement des chutes de neige très importantes. L'année dernière c'était plus d'un mois de chutes avec dans certains endroits plus de deux mètres de hauteur.
Secondo, le drame d'Anefgou où des enfants sont morts de froid et où il y a eu mobilisation nationale pour venir en aide à ses habitants, et plus récemment la visite du Souverain dans cette contrée, a déclenché une vraie dynamique de réflexion sur les conditions de vie des populations des montagnes. «Le gouvernement a élaboré une stratégie impliquant plusieurs ministères visant à venir en aide aux habitants des régions montagneuses dépassant 1500m, en proie aux vagues de froid et aux chutes de neige. Un plan intégré destiné à plus de 400.000 personnes et à environ 1000 douars relevant de 19 provinces a mis en oeuvre. C'est une stratégie transversale impliquant plusieurs départements visant le désenclavement des populations par des interventions adéquates et pertinentes en cas d'urgence», martèle un responsable à Ifrane. Cette prise de conscience a entraîné une vigilance accrue et une redéfinition des priorités dans les conditions de grand froid. Dans certaines provinces, des plans d'intervention sont établis et des équipes ont été formées pour faire face à tout imprévu.
Tertio, l'Initiative Nationale de Développement Humain lancée par le Souverain qui, par certaines activités génératrices de revenu et plusieurs projets de désenclavement, électrification et approvisionnement en eau potable, a profondément modifié les conditions de vie des populations des montagnes. Comme la plupart des communes rurales des massifs sont pauvres, elles étaient quasiment toutes recensées pour bénéficier de projets dans le cadre de l'INDH. Cette politique a eu pour effet immédiat, selon Ait Ahmed, acteur associatif porteur de projet concernant Ain Leuh, «la préservation et le renforcement de la cohésion de la société marocaine à travers la poursuite d'une politique sociale intégrée marquée par l'élargissement de l'accès des populations aux équipements de base et par la résorption des déficits que connaît essentiellement le monde rural en matière d'infrastructures et de services».
 
Déneigement: Ifrane, centre névralgique de la stratégie du ministère de l'Equipement.
 
Pour M.Hassan Barri, directeur de l'Equipement à Ifrane, des réunions de coordination entre toutes les directions concernées par la problématique de déneigement ont lieu à Ifrane pour approfondir certaines réflexions, évaluer l'impact des interventions et, le cas échéant, corriger certaines approches. Même la réunion de coordination nationale supervisée par la Direction des routes relevant du ministère et dont l'objectif essentiel est de décliner les orientations stratégiques du département, a eu lieu à Ifrane.
La stratégie d'intervention, vu les moyens dont dispose la Direction d'Ifrane, repose, d'après M. Barri, sur une hiérarchisation des priorités en termes d'intervention. Concernant le déneigement du réseau routier, trois niveaux de service sont retenus et symbolisés par (S1/S2/S3).
Les routes à fort trafic sont concernées en premier lieu, la RN 8 reliant Azrou à Immouzer, la RN 13 entre El Hajeb, Timhdit, Zaida et d'autres routes régionales vers Boulmane… Ces axes sont prioritaires pour leur intérêt économique. En effet certains axes vers le Tafilalet pourraient affecter l'économie de toute la région si les coupures persistent et durent trop longtemps. L'approvisionnement du Tafilalet est tributaire, pour une large part, de cet axe routier. L'axe Michlifen, Habri est pris en compte pour son impact sur l'économie locale et vu l'affluence que ces routes connaissent quand la neige est au rendez-vous.
Le directeur s'arrête toutes les minutes, s'excuse auprès de nous pour répondre au téléphone. En effet, ce jeudi, des crues assez violentes sont déclarées à Azrou, l'axe reliant Ifrane à Azrou ayant subi des dégâts importants au niveau d'Ougmasse, nécessitant une coupure de cette route pendant quelques heures. A Ifrane centre, c'est la route vers Immouzer et Fès qui a subi le même sort en plein centre ville. Le directeur, tout en répondant à nos questions, s'enquiert de l'état des routes, donne des instructions et coordonne les interventions. Un seul mot d'ordre: «Ne faites pas prendre des risques aux usagers de la route, la sécurité des citoyens prime, orientez-les vers d'autres chemins -déviation de trajets- plus praticables et plus sûrs». D'ailleurs il peut informer les usagers de la route à partir de son «QG», son bureau, grâce aux panneaux à messages variables.
Les fonctionnaires de la Direction, à l'instar des autres salariés de la province, en grève ce jour là pour demander des indemnisations concernant le froid, ont repris tout de suite le travail pour venir en aide aux concitoyens, urgence oblige! Un geste citoyen à apprécier à sa juste valeur.
Les coupures, mesures exceptionnelles, sont motivées par deux raisons selon le directeur de l'équipement. Soit une tempête de neige qui réduit considérablement la visibilité -l'année dernière qui demeure une référence, mêmes les équipes de viabilité du réseau et de déneigement avaient des difficultés à travailler, tant les conditions étaient extrêmes. Soit à cause du verglas, qui pourrait avoir des conséquences plus graves, surtout que la plupart de nos concitoyens n'ont pas l'habitude de conduire dans la neige. A ce moment deux solutions pour les usagers, soit attendre la réouverture des axes coupés, soit effectuer une déviation du trajet, sur conseil des services de la direction. Quand les neiges sont trop fortes pouvant occasionner une coupure assez longue, on opte pour la circulation par convoi. Là aussi certains usagers sont impatients, des colères s'expriment et les équipes de déneigement sont confrontées à une situation nouvelle: se transformer en pédagogue, psychologue, afin de conforter, expliquer… Le convoi est toujours à sens unique à cause du risque du glissement, et la progression de la chasse neige est assez lente. Mais pour conforter les usagers, les points de rétention se pratiquent toujours au niveau des centres pour permettre aux citoyens de s'approvisionner, attendre dans de meilleures conditions.
Des patrouilles de reconnaissance des routes sillonnent les axes routiers en période de baisse de température pour évaluer par des relevés visuels et adapter l'intervention s'il y a lieu d'être. En cas de verglas, on a opté pour un matériau local «le Puzzoulane» qui a le mérite d'être disponible à moindre coût et d'augmenter considérablement l'adhérence de la chaussée. «Nous avons pour mission, en coordination avec les services des provinces concernées, d'assurer la mobilité et la sécurité des usagers par tous les temps et en toutes saisons», ajoute le directeur de l'équipement d'Ifrane. Cette année, les cinq jours d'enneigement ont été suivis de pluies diluviennes. Les interventions, pour coupure des routes,  concernaient, en plus des opérations de déneigement, des problèmes d'immersion de chaussées. Même pour la population, c'est plus le froid que l'isolement, du aux chutes de neige, qui préoccupe. Et encore une fois, le problème de l'approvisionnement en bois de chauffage se pose avec acuité.
 
Bois de chauffage, l'éternel dilemme …
 
«Cette année, la demande a sensiblement baissé sur le bois de chauffage. Cela serait dû à une année plus tiède et plus clémente que l'année dernière. La neige a tardé et on n'a pasconnu de baisse de mercure exceptionnelle. La loi de l'offre et de la demande a fonctionné. L'année dernière, on a vendu au prix de 1000 dirhams la tonne, cette année on vend à 850 dhs la tonne. Le kilo est écoulé à 0,80 dhs et malgré cela la quantité vendue cette année est de loin moins importante que l'année dernière» nous a déclaré Mohammed, un «tâcheron de bois» dont l'entrepôt surplombe une petite colline à la sortie d'Azrou.
«Même à ce prix, c'est toujours trop cher pour des populations démunies. Pour une petite maison de deux à trois pièces, il faudra au moins 5 tonnes par an pour se prémunir du froid. Faites le calcul donc» a répliqué Hadda, venue du douar Ait Ali pour s'approvisionner en bois de chauffage. Elle reconnaît cette année elle a acheté moins de bois que l'année dernière mais elle reste vigilante. «L'hiver n'est pas terminé, on n'est pas à l'abri de vagues de froid et de tempêtes de neige. Cela ne dépend que de Dieu, le Tout Puissant».
A notre question sur comment les populations les plus démunies s'en sortent quand l'hiver est rigoureux, elle reste pensive, sourit et répond «mais vous savez vous-mêmes, ne faites pas semblant d'ignorer». Insistant et jurant notre ignorance, elle réfléchit et continue: «Il vaut mieux s'aventurer et prendre le risque de couper le bois dans la forêt avoisinante que laisser ses enfants mourir de froid».
Une situation embarrassante que reconnaît un garde forestier opérant dans le secteur de Ain Leuh, préférant garder l'anonymat, en précisant que les pouvoirs publics laissent les riverains des domaines forestiers ramasser le bois mais sanctionnent, parce que c'est un délit, toute personne  qui couperait le bois sans autorisation préalable. Seulement il reconnaît avoir laissé partir des personnes qu'il a lui-même surpris entrain de couper le bois pour des raisons humanitaires: «Vous savez, ces gens là commettent un délit passible de sanctions, mais ils sont trop pauvres, n'ont pas les moyens de se procurer le bois de chauffage et ils le font uniquement pour subvenir aux besoins de leurs familles. Les arrêter, ils n'ont même pas les moyens de payer l'amende, alors que faire? On essaie de faire notre travail, de faire appliquer la loi, c'est d'ailleurs notre mission, mais avec un peu de souplesse pour ne pas créer trop de tensions. Vous savez, pour les habitants de Ain Leuh, comme pour la population des régions froides, le bois de chauffage est un produit de première nécessité, au même titre que le blé, le sucre et l'huile et quand des gens prennent autant de risques pour dix à vingt kilos de bois alors que le kilo est à moins d'un dirham, c'est qu'ils sont vraiment pauvres!»
Abattage clandestin, pression des riverains, aléas climatiques…, voilà comment donc un patrimoine national d'une valeur inestimable subit une dégradation qui pourrait être irréversible si des initiatives sérieuses ne sont prises incessamment. 
Deux initiatives méritent d'être citées. L'équipement des foyers en fourneaux moins consommateurs de bois, initiative dont se rappelle Ahmed Ait Ali, qui en a bénéficié au moment, dit-il, où feu Docteur Rahali, était encore président de la commune rurale de Ain Leuh, et la dotation des établissements scolaires en nouveaux fourneaux fonctionnant à l'anthracite. Ce qui ouvre la voie à une généralisation de chauffage en salles de classe tout en préservant les ressources forestières.
Ainsi, sur les 8200 salles de classe de la région, 4052 sont dotées des moyens de chauffage à l'anthracite, comme produit substitutif au chauffage en bois, au titre de l'année 2008-2009 dont 3580 sont équipées du budget de l'Académie. Deux idées maîtresses développées par les responsables pour justifier l'option et le choix de l'anthracite: généralisation du chauffage pour lutter contre l'abandon et les déperditions scolaires en améliorant les conditions de l'enseignement dans les salles de classe, et surtout donner une leçon de civisme et de citoyenneté active aux apprenants, en préservant le patrimoine forestier.
En quittant Azrou au crépuscule, sur la route vers El Hajeb, on aperçoit de loin la fumée qui échappe des cheminées, laissant imaginer des âtres brûlants qui témoignent que fort  heureusement nos  concitoyens du Moyen Atlas ont depuis longtemps appris à s'adapter à ces situations ne comptant que sur leur expérience ancestrale. Encore faut-il que chaque habitant de ces régions ait le moyen de se procurer ces petites bûches, symbole de vie en pareille situation, à enfouir dans sa cheminée… à moins qu'on arrive à trouver une solution altérative.


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