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Rétro - Verso : Bab Maâlka, suspendue aux confins de l'Atlantique et de l'exil
Publié dans L'opinion le 04 - 09 - 2025

À bien des égards, Bab Maâlka, porte de Salé et de l'Atlantique, témoigne du retour des Morisques et des échanges entre le Maroc et l'Espagne et bien plus d'épisodes historiques...
Dans la trame ancienne des murailles de Salé, ville des marins, des savants et des saints, se dresse une porte discrète mais chargée de mémoire : Bab Maâlka. Contrairement à certaines appellations modernes comme «la porte suspendue», non validées par les historiens, son nom dérive de Malaga, reflétant son rôle de point d'accès pour les Morisques et autres réfugiés qui, de retour de la péninsule ibérique par l'Atlantique, entraient dans la ville par cette porte.

Ce portail ne possède ni l'ampleur triomphale de Bab El-Mrissa, ni l'éclat décoratif des grands portails mérinides, mais son arc sobre et ses murailles épaisses témoignent d'un temps où la cité se trouvait au carrefour des dynasties, des ambitions et des croyances.


Selon Seddik Maâninou, journaliste, écrivain, chercheur, fervent défenseur et fin connaisseur de l'Histoire de Salé, "l'édification de Bab Maâlka se situe dans le XIIème siècle, à l'heure où les Almohades régnaient sur le Maghreb et l'Andalousie. Héritiers d'une idéologie réformatrice et d'une volonté impériale, ces souverains entourèrent Salé d'une enceinte solide, destinée à affirmer leur autorité et à protéger cette cité de l'Atlantique, point stratégique face aux incursions venues de la mer". Dans ce dispositif défensif, Bab Maâlka trouva sa place, non comme une simple ouverture sur l'extérieur, mais comme un passage réservé : le sultan lui-même l'empruntait pour gagner les lieux saints, le cimetière, ou descendre jusqu'à la plage où reposaient les ancêtres de la ville.

Le XIIIème siècle, marqué par le déclin almohade et l'avènement des Mérinides, a coïncidé avec l'épanouissement de Salé comme centre de commerce et foyer de savoir. Les portes de la médina jouaient alors un rôle vital : "Bab Fès contrôlait les caravanes venues de l'intérieur, Bab El-Mrissa ouvrait la cité sur l'océan et les expéditions maritimes, tandis que Bab Maâlka, plus secrète, conservait sa fonction rituelle et princière. À travers elle, on ne régulait pas seulement le flux des hommes et des marchandises, mais l'on ménageait aussi un passage où le pouvoir temporel rencontrait le sacré", continue l'intellectuel Seddik Maâninou.

Si les chroniques mentionnent peu Bab Maâlka, son architecture, telle que nous la voyons aujourd'hui, s'exprime sans paroles à travers un arc en plein cintre, une cour intérieure, un escalier menant au chemin de ronde : autant d'éléments sobres mais révélateurs de l'ingéniosité défensive de l'époque. En ces lieux pétris de mémoire, point de zelliges éclatants ni de stucs ciselés, seule la pierre, massive et vigilante, rappelle que la cité de Salé fut d'abord une forteresse. De ce dépouillement naît une austérité presque majestueuse, qui convient à la dignité du passage réservé aux souverains.

Au fil des siècles, les dynasties se succédèrent : Mérinides, Wattassides, puis Saâdiens au XVIème siècle, enfin Alaouites à partir du XVIIème. Chacune a son empreinte sur la cité, agrandissant les murailles, renforçant les portes, bâtissant mosquées et marabouts. Mais Bab Maâlka demeura, immuable dans son rôle discret, gardienne d'une tradition où le pouvoir consacrait la mémoire des ancêtres et des saints. Les siècles d'instabilité (raids ibériques, piraterie barbaresque, affrontements entre Salé et Rabat) n'altérèrent pas son existence, tant son usage était lié au rituel plutôt qu'au commerce ou à la guerre.

Le XVIIIème siècle, où l'on pourrait croire les murailles délaissées, vit encore la porte servir de seuil au sultan visitant les sanctuaires. Dans ce siècle d'échanges méditerranéens et atlantiques, où les consuls européens s'installaient à Rabat et où les corsaires de Salé écumaient les mers, Bab Maâlka continuait d'ouvrir un passage vers le silence du cimetière et l'horizon de l'océan. Elle symbolisait, par contraste, la permanence d'un ordre ancien dans une époque en mouvement.

Aujourd'hui, au XXIème siècle, la Porte dite de Malaga se tient toujours, adossée à l'enceinte de la médina. Elle ne reçoit plus les cortèges des souverains ni les prières des marins en partance, mais elle conserve dans ses pierres la mémoire des âges. Peu de visiteurs la remarquent, fascinés qu'ils sont par la monumentalité de Bab El-Mrissa. Pourtant, pour qui sait lire l'Histoire dans les murailles, Bab Maâlka apparaît comme un palimpseste : Almohade dans son origine, témoin des fastes mérinides, silencieuse depuis.

Elle nous rappelle que l'Histoire ne réside pas seulement dans les monuments éclatants, mais aussi dans ces portes modestes, fidèles et obstinées, qui ont vu passer les siècles, les cortèges et les prières.


Rétrospective : Une conjoncture hors pair
Ce lien étymologique de Maâlka et Malaga suggère que cette porte servait de point d'entrée pour les personnes revenant d'Espagne, notamment des commerçants, des pèlerins ou d'autres voyageurs ayant traversé le détroit de Gibraltar.

La période médiévale a été marquée par des échanges intenses entre le Maghreb et la péninsule ibérique. Après la chute de Grenade en 1492, de nombreux musulmans et juifs furent expulsés d'Espagne. Certains d'entre eux ont trouvé refuge au Maroc, notamment dans des villes comme Salé, qui offraient des opportunités commerciales et une certaine sécurité.

Bab Maâlka, en tant que porte orientée vers l'Espagne, aurait facilité l'entrée de ces migrants et commerçants. Elle aurait également servi de point de passage pour les navires revenant d'Espagne, apportant des marchandises, des informations et des influences culturelles.

Salé, au cours des siècles, est devenue un centre commercial prospère. La ville a établi des relations commerciales avec plusieurs ports espagnols, dont Malaga, Séville et Cadix. Ces échanges comprenaient des produits tels que les textiles, les épices, les céréales et les métaux précieux. Bab Maâlka, en tant que porte stratégique, a joué un rôle clé dans la régulation et la facilitation de ces échanges.

Au-delà de son rôle fonctionnel, Bab Maâlka représente également un symbole de l'Histoire partagée entre le Maroc et l'Espagne. Elle témoigne des liens profonds établis au fil des siècles, marqués par des migrations, des échanges commerciaux et des influences culturelles mutuelles.

Aujourd'hui, Bab Maâlka demeure un témoin silencieux de l'Histoire de Salé, rappelant l'importance stratégique et culturelle de la ville au fil des siècles.


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