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GenZ : Crash-test pour la moralisation de la vie publique [INTEGRAL]
Publié dans L'opinion le 02 - 10 - 2025

Les revendications sociales sont au cœur des manifestations de la GenZ. Une génération qui veut des réponses concrètes à des préoccupations quotidiennes. Décryptage.
Les cris de colère des jeunes continuent de résonner dans les rues. Les manifestations se poursuivent pour le quatrième jour consécutif. A l'appel du collectif GenZ 212, des centaines de jeunes multiplient depuis samedi les sit-in et les rassemblements dans plusieurs villes du Royaume. Le mouvement, dont les initiateurs sont inconnus, est ouvert à tout le monde et si bien coordonné que les jeunes parviennent à organiser leurs meetings à travers des plateformes comme Discord.

Tout a commencé samedi lorsque des centaines de jeunes ont investi les rues à Rabat, Casablanca, Marrakech, Tanger et d'autres villes pour réclamer des droits sociaux. La santé et l'éducation sont au sommet des revendications. Le mouvement se veut pacifique, refusant toute récupération politique ou violence, au moment où certaines formations de la gauche radicale tentaient de s'en mêler. D'où les slogans "Silmiya" scandés lors des manifestations qui se sont soldées par plusieurs arrestations. Après quatre jours de manifestations pacifiques, les événements ont rapidement dégénéré en violences. Le vandalisme a pris le dessus sur le caractère pacifique revendiqué par les initiateurs.

La nuit du mardi au mercredi a été ponctuée d'émeutes et d'affrontements entre des manifestants, auxquels se sont mêlés des casseurs cagoulés, et les forces de l'ordre à Casablanca, Salé, Skhirat, Témara et Béni Méllal. La situation est plus grave à Inezgane et Aït Amira où des agences bancaires, des pharmacies et des locaux commerciaux ont été saccagés et des véhicules de police incendiés. Un calme apparent est revenu mercredi matin, mais le mouvement semble encore loin de s'essouffler. Sur la plateforme Discord, les administrateurs lancent chaque jour des sondages sur la poursuite des rassemblements. Le collectif Gen212 s'est distancé des actes de violences tout en rappelant dans un communiqué être attaché à son caractère pacifique.


Le gouvernement ouvert au dialogue

Face à la tournure que les évènements ont prise, le gouvernement a brisé le silence à travers la majorité qui s'est réunie, mardi, pour examiner la situation. L'Exécutif s'est dit ouvert au dialogue et fait part de "sa compréhension des revendications sociales" brandies par les manifestants et auxquelles il veut répondre de manière positive et responsable à travers "le dialogue au sein des institutions et dans les espaces publics". Reste à savoir si cette réponse trouvera une oreille audible chez une jeunesse défiante à l'égard de la classe politique, qu'elle soit à la majorité ou l'opposition.


Né des réseaux sociaux, ce mouvement se veut l'expression des aspirations de la jeunesse du 21ème siècle qui réclame un meilleur accès à l'éducation et la santé. C'est le reflet d'une nouvelle génération de jeunes ultra-connectés, avec une grande capacité de mobilisation à travers les plateformes numériques. "La naissance de ce mouvement était prévisible. Depuis plusieurs années, on sent un mécontentement général notamment chez les jeunes", rappelle Azelarab Hilmi, coordinateur de l'association «Les Citoyens», qui note que ce mouvement de protestation montre "le fossé entre la jeunesse et les institutions".


L'enjeu de moraliser la vie publique

D'où l'enjeu de la moralisation de la vie publique, qui reste encore un vœu pieux. Le fossé qui sépare la jeunesse de la politique est creusé à la fois par le manque de communication et la difficulté d'accès à l'information, qui font que les élus et le gouvernement ne parviennent pas à canaliser les revendications de la jeunesse et capter son attention. D'où le recours à la rue. Aussi la corruption et le manque de reddition des comptes exacerbent ce sentiment de défiance. Le Maroc ne cesse de reculer dans les indices de perception de corruption de Transparency International. Le Royaume occupe le 99ème rang, tandis que les rapports de la Cour des Comptes, qui relèvent chacun une série de dysfonctionnements dans les politiques publiques, restent souvent sans suite.


Par ailleurs, la nouvelle génération Z veut s'affirmer politiquement avec des aspirations sociales et a l'impression de ne pas être écoutée même si ses revendications vont dans le sens de l'Etat social, qui est le cœur du programme du gouvernement et le cœur du nouveau modèle de développement. Paradoxe !

En réalité, on ne peut pas dire que le gouvernement n'a rien fait sur le plan social. Généralisation de la couverture médicale, réforme de l'éducation avec les écoles pionnières, aides sociales directes, aide au logement, revalorisation salariales pour les fonctionnaires... Autant de réformes qui ont été faites depuis 2021. Mais, le résultat n'est pas encore palpable face à une inflation qui a considérablement augmenté le coût de la vie, alors que les services publics ne sont toujours pas à la hauteur des aspirations. Les familles, surtout de la classe moyenne, recourent de plus en plus souvent au privé pour éduquer leurs enfants ou se soigner. "C'est pour cela que les jeunes protestants ne croient plus aux réformes annoncées, ils veulent du concret dans leur quotidien", rappelle M. Hilmi.


Justice sociale, la mère des batailles

En gros, on aspire à l'amélioration des services publics. Education, santé et emploi, ce trio qui revient sans cesse dans les éruptions de colère. Le drame d'Agadir dévoile l'ampleur de la mauvaise gouvernance et l'incurie des responsables. La réforme globale que mène le gouvernement depuis 2021 tarde à donner ses fruits. Les CHU en construction, les nouveaux groupements territoriaux, la hausse du budget ne sont pas encore une réalité palpable alors que les jeunes exigent des réponses concrètes et immédiates qu'on peut ressentir au quotidien. Aujourd'hui, aller à l'hôpital public reste une épreuve difficile.


Chômage, le péril des NEET

La colère de la GenZ exprime aussi l'angoisse des jeunes quant à leur futur, au moment où ils sont le plus frappés par le chômage. On parle de 36% chez les 15-24 ans et 48,4% en milieu urbain, selon les chiffres du HCP. Sans parler des NEET. Selon le Conseil économique, social et environnemental, ils sont environ 1,5 million, soit un quart des jeunes entre 15 et 24 ans, à n'avoir ni travail ni formation, pour plusieurs raisons dont le décrochage scolaire. Plus de 70% d'entre eux sont inactifs. Une sorte d'armée de réserve qu'il est urgent d'intégrer dans l'économie formelle. Le chômage des jeunes reste l'une des carences du quinquennat actuel. Malgré les programmes de soutien à l'entrepreneuriat des jeunes et les politiques de relance, le chômage est encore au-dessus de 13% à l'échelle nationale. L'objectif de créer un million d'emplois reste loin de portée. Même des voix au sein de la majorité, dont le Secrétaire général du Parti de l'Istiqlal, Nizar Baraka, reconnaissent que c'est un échec. Maintenant, le gouvernement en a fait la priorité de la deuxième phase de son mandat. 14 milliards de dirhams ont été alloués en 2025 pour renverser la donne. Le défi reste de taille.






Trois questions à Azelarab Hilmi : " C'est une génération connectée qui refuse le statu quo"
* Comment analysez-vous l'émergence d'un tel mouvement exclusivement jeune ?

La naissance de ce mouvement était prévisible. Depuis plusieurs années, un mécontentement général s'installe chez les jeunes. Les gouvernements successifs n'ont pas su apporter de réponses concrètes aux préoccupations quotidiennes dans un contexte où la crise sociale et économique s'aggrave. On voit aussi le fossé entre la jeunesse et les institutions, avec un Parlement affaibli. Le discours politique d'une pauvreté inquiétante. À cela s'ajoutent la perte de valeurs, les conflits d'intérêts assumés au sein du gouvernement et les affaires de corruption qui a renforcé ce sentiment d'injustice et de déconnexion. Ce mouvement traduit donc un ras-le-bol, mais aussi une soif de dignité, de justice et de sens. C'est une génération connectée, consciente et qui refuse le statu quo.

* Les revendications restent concentrées sur l'éducation et la santé. Des secteurs où on est pourtant en train d'investir massivement depuis 2021. Comment expliquez-vous cette colère ?

La santé et l'éducation sont les deux piliers du quotidien du citoyen marocain, et aussi les deux secteurs qui concentrent le plus de frustrations. Aujourd'hui, la santé publique est en train de se privatiser sous nos yeux. Les marchés publics profitent à quelques privilégiés. Dans de nombreuses zones rurales, il n'y a tout simplement pas de médecin, et même dans les villes, on demande souvent aux patients d'apporter leur propre matériel dans les hôpitaux publics. Même constat pour l'éducation. Depuis des années, on parle de réformes, mais les résultats ne suivent pas. Les familles marocaines se voient contraintes de se tourner vers le privé, malgré le coût élevé, pour offrir à leurs enfants une chance d'avenir.

* Les manifestations montrent les carences de la communication politique. Partagez-vous ce constat ?

Je pense que le problème va bien au-delà de la communication. C'est une crise structurelle. Nous sommes face à une impasse où les institutions n'arrivent plus à parler aux gens, notamment les jeunes. Il faut rompre avec la culture de la répression et écouter. Je pense que les manifestations ne sont pas un danger, mais un signal. C'est la preuve qu'il existe encore une conscience vivante et des citoyens qui veulent participer à la construction de leur pays.


Santé : La réforme loin de se faire sentir au quotidien !
La santé revient souvent dans les déclarations des manifestants, un leitmotiv qui remonte à chaque fois tellement l'état des hôpitaux publics devient source de préoccupation pour une grande partie de la population.

Le drame de l'hôpital Hassan II d'Agadir a attiré l'attention sur les travers du système de santé. Huit femmes enceintes sont mortes pour des raisons inexpliquées, déclenchant une vague de colère et des sit-in qui ont contraint le ministre de tutelle, Amine Tahraoui, à se rendre sur place pour faire un constat alarmant.

Absentéisme injustifié, failles de gestion, incurie... Autant de forfaitures qui ont conduit à la dégradation des services. Cette séquence a montré à quel point il n'y a pas de réédition de comptes et de contrôle. L'état de l'hôpital Hassan II ressemble à plusieurs établissements hospitaliers à travers le Royaume. C'est le reflet d'une réforme dans laquelle des milliards ont été investis sans qu'elle se concrétise dans le quotidien des patients. Les inspections menées à la hâte par le ministère dans plusieurs régions du Royaume l'ont montré. Il va sans dire que le gouvernement a fait de la santé une priorité. Les sommes investies et les efforts consentis sur le plan des infrastructures et la valorisation des ressources humaines en témoignent. "Nous avons pris un retard tel que les résultats de la réforme tardent à se concrétiser malgré les efforts qui ont été faits", déplore Allal Amraoui, chef de file des députés istiqlaliens, dans une précédente interview accordée à «L'Opinion». Maintenant, l'heure est aux explications. Fraîchement nommé à un ministère de la Santé dont il méconnait les rouages, Amine Tahraoui a été convoqué au Parlement pour répondre aux questions des députés.


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