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Les révoltes arabes marqueront-elles le déclin de l'Occident et la montée de la Chine dans la région arabe
Publié dans L'opinion le 09 - 07 - 2012

A travers cet article (qui est en fait une communication que j'avais présentée lors du colloque sur les mutations politiques, organisé par la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales d'Agadir), on fera un état des lieux du Monde Arabe avant et après les révoltes et on traitera aussi les conséquences géopolitiques du printemps arabe sur l'occident en général et l'USA en particulier et comment la Chine va-t-elle se comporter. Autant de questions que cet article se propose d'y apporter une esquisse de réponse.
Le printemps arabe s'inscrit-il
dans le mouvement de décolonisation ?
Les révoltes arabes sont l'expression d'un désir de changement profond. Elles sont motivées en grande partie par la misère, et pas seulement (le cas du Bahreïn et de l'Arabie Saoudite), mais aussi de l'absence de toute véritable institution autonome. Les peuples ne veulent plus et ne peuvent plus être de simples spectateurs.
Le statut international des régimes arabes était conçu comme étant au service du jeu mondial. Produits de la bipolarité Est-Ouest, ils ont longtemps été les pions d'un conflit mondial où s'affrontaient les grandes puissances. Il en était autrefois de même de l'Amérique du Sud ou de l'Asie du Sud-Est qui, au fil des années 1990, se sont libérées, mais le monde arabe, lui, y restait ancré, avec des régimes directement hérités de la guerre froide.
Les populations arabes, conscientes de la complicité des grandes puissances avec l'ordre établi des choses, se sentant honnies, tentaient de rétablir leur fierté en accentuant les révoltes qui s'expriment face à des régimes dictatoriaux, face à un ordre régional qui les a toujours relégué dans le rôle d'instruments de faiseur du bien être des autres, et qui les méprisait. Tout ceci en épousant le rythme des avancées de la mondialisation, qui a contribué à déposséder les Etats d'une partie de leurs prérogatives régaliennes et à les mettre en concurrence avec tout un ensemble d'acteurs sociaux.
Certes, cette situation constitue de très grands dangers. L'équilibre mondial est à la merci d'un chaos qui s'installerait dans le golfe Arabo-persique, la Libye, déstructurée politiquement risque d'éclater sur un mode somalien, les révoltes tunisienne et égyptienne ne trouvent pas encore d'expression instituée et les islamistes attendent au tournant. Mais aussi cette situation est porteuse de très grands espoirs, parce que c'est peut-être le début d'un partenariat plus équilibré entre le monde arabe et les puissances mondiales.
Le Printemps arabe, début d'un partenariat plus équilibré ?
La première conséquence du Printemps arabe, c'est l'émergence de gouvernements plus légitimes, et donc plus confiants. Ils n'auront plus cette forme de complexe vis-à-vis de l'Occident, silencieux sur leurs agissements, en contrepartie d'intérêts. Et par ce simple fait, ils seront demandeurs d'une relation plus équilibrée avec l'Occident. Cela augure des rapports moins complexés avec l'Occident, à conditions que l'on arrive à satisfaire les attentes sociales en créant la prospérité.
La deuxième conséquence est la fin du pacte du silence qui lie le monde arabe à l'Occident: nous nous taisons sur la nature de vos régimes, sur les violations des droits de l'Homme, en échange vous défendez les intérêts stratégiques de l'Occident, l'accès aux ressources pétrolières, le contrôle de l'immigration, la lutte contre le terrorisme, le renoncement à la possession d'armes offensives, le refus d'intervenir en Israël, etc.
Tout ceci constitue une véritable menace, pour les puissances occidentales, pour qui l'indépendance des pays arabes a toujours été un danger et qui pourra modifier le système international. D'un point de vue international, la construction politique des régimes arabes n'était conçue que pour servir des fonctions internationales : assurer l'approvisionnement énergétique de l'Occident, participer à la sécurité en Méditerranée, contenir les flux migratoires.
La chute successive du régime de Bagdad, puis de celui du Caire, et de fait, aujourd'hui, de celui de Damas, laisse le champ libre à d'autres partenaires ; l'Arabie saoudite et le Qatar, qui tentent de construire une nouvelle hégémonie régionale: la première, proche des salafistes, la seconde, proche des Frères musulmans traditionnels. Il s'agit de rebâtir un monde arabe à partir du bastion que forme la péninsule Arabique, avec un réinvestissement fondamentaliste dans le but de contenir ces deux puissances qui sont aux aguets: la Turquie et l'Iran.
De toute manière, ce sont les grandes puissances mondiales, incapables d'entrer en dialogue avec les sociétés arabes, qui se trouvent fragilisées, perdant leurs relais régionaux, laissant ainsi le champ libre à un autre acteur majeur sur la scène internationale, en l'occurrence la Chine.
L'émergence de la Chine comme puissance mondiale
La question qui se pose est la suivante: la Chine mettra-t-elle fin à une longue domination européenne et américaine dans le monde arabe ? La crise économique et financière si grave aujourd'hui va-t-elle dans le même sens d'un affaiblissement de l'Amérique et de l'Europe dans le Monde arabe ?
Chacun sait que la réussite de la stratégie mondiale des Etats-Unis dépend de leur domination au Moyen orient en s'assurant le contrôle des ressources pétrolières de la région, ce qui donnera à l'Amérique les moyens de manipuler l'économie mondiale et par conséquent de limiter la concurrence des autres pays développés (la Chine, l'Inde et la Russie).
L'apparition de nouveaux acteurs majeurs sur le marché mondial comme la Chine, offrant une stratégie de relations basées sur un partenariat d'égal à égal (alors que les Etats-Unis choisissant souvent la facilité et le court terme dans la conduite de leur politique étrangère), peut gêner la puissance américaine dans sa quête de nouvelles sources de matières premières dans la région arabe surtout que les USA apparaissent plus faibles et moins fiables aux yeux des acteurs de la région.
Les monarchies se montrent plus suspicieuses vis-à-vis de l'Amérique, autant pour la facilité avec laquelle elle a abandonné son allié Moubarak que pour son intervention maladroite qui transforma l'Irak en allié de l'Iran. Ajoutant à cela son échec cuisant dans la réalisation de ses objectifs stratégiques en Irak et Afghanistan ainsi que son refus d'influencer Israël, tout cela va ouvrir un boulevard aux appétits de la Chine, puissance montante.
Il est bon de rappeler à titre d'exemple la réussite du rapprochement entre la Chine et l'Amérique latine, qui peut servir d'exemple à reproduire dans le monde arabe. En effet, l'Amérique latine trouve dans le commerce avec Pékin, un marché parfaitement en état de recevoir ses produits. La Chine importe du Brésil des quantités importantes de produits extraits du soja. De son côté le Venezuela a négocié avec la Colombie pour construire un oléoduc vers sa côte pacifique. Ce projet a pu accroître les exportations pétrolières de Caracas vers la Chine, dessaisissant ainsi les Etats-Unis d'une manne dont elle a tant besoin surtout que l'Amérique dépend du Venezuela à hauteur de 14% de leur importation en pétrole. Cet exemple de rapprochement réussi sino-latino-américain, est en cours de se reproduire au Moyen-Orient et au Maghreb et le printemps arabe va jouer le rôle d'accélérateur de ce rapprochement.
En tout cas, le printemps arabe permet d'espérer un retournement de situation et la mise en place de politiques économiques plus en phase avec les aspirations des peuples arabes. Les bouleversements profonds que connaissent la Tunisie puis l'Egypte, le Yémen, la Syrie, la Libye, sans oublier le Maroc et l'Algérie, pourraient bouleverser les relations qu'ils entretiennent avec le reste du monde, notamment la Chine qui est un acteur menaçant l'hégémonie stratégique américaine et qui se place en bonne position.
Comment la Chine peut-elle tirer profit
de la nouvelle donne arabe ?
Il faut rappeler que la Chine se considère d'abord comme un pays du Sud, ayant optée pour une vision différente des autres puissances, basée sur le non ingérence. Cette phrase prononcée par le président nigérian Obasanjo lors du dîner officiel offert en avril 2006 au Président Hu Jintao, en dit long sur le charme qu'exerce en permanence la Chine sur ses partenaires : «Nous souhaitons un jour que la Chine dirige le monde».
Tout comme sa politique africaine, l'action de Pékin au Maghreb et au Moyen-Orient se résume à une politique d'occupation de terrain via des partenariats et des forums économiques. Parallèlement les pays arabes cherchent à diversifier leurs relations en s'ouvrant à de nouveaux acteurs émergents, cherchant ainsi à sortir du suivisme économique et politique qui a jusqu'à présent caractérisé leurs rapports avec l'Occident. Aujourd'hui, la Chine figure parmi les premiers partenaires commerciaux de nombreux pays maghrébins notamment de l'Algérie dont il est le sixième fournisseur et le troisième fournisseur du Maroc.
Le développement de la Chine et son besoin en hydrocarbures, ont entraîné un rapprochement avec les pays arabes exportateurs de pétrole; La Chine mène une stratégie d'accès au pétrole au centre duquel les liens avec l'Arabie saoudite et l'Algérie sont capitales, ce qui n'a pas manqué de créer un bouleversement géopolitique.
Depuis 2001, l'Arabie saoudite a astucieusement réorientée sa stratégie pétrolière et ses investissements vers l'Asie, aussi un partenariat stratégique sino-saoudien a pris place aux côtés du partenariat stratégique saudi-états-uniens mis à mal par les attentats du 11 septembre. Avec une consommation qui augmente de près de 15 % par an, la Chine est désormais le deuxième consommateur mondial d'or noir après les Etats-Unis, du fait d'un développement industriel important, elle est également le premier marché mondial pour l'automobile. Donc, tous les ingrédients sont réunis pour accélérer la chute de l'empire américain entrainant avec lui l'Europe qui se trouve dans une posture post hégémonique affaiblit par la mondialisation qui leur fait perdre encore plus de pouvoir.
Révoltes arabes : est-ce le déclin de l'influence occidentale ?
Il n'est pas inutile de rappeler qu'avant 1914 le monde était sous la domination européenne et américaine. Avec la décolonisation les rapports de forces entre l'Europe et le reste du monde vont changer. La chute du mur de Berlin et la première guerre du golf marquent une césure. En dix ans c'était un monde unipolaire, c'était l'époque de l'hyperpuissante américaine. Après cette période on est passé à un monde multipolaire, qui est par définition un monde instable ou les gens s'affirment et quand ils s'affirment ils tendent à fabriquer des coalitions autour d'eux, c'est ce qui se passe aujourd'hui avec la montée des grandes puissances comme la Chine, le Brésil, l'Inde, l'Afrique du sud et la Turquie.
Les révolutions arabes sont probablement en train de changer l'ordre des choses et le statu quo en vigueur dans le monde arabe depuis les indépendances. En effet, l'instauration de la démocratie même embryonnaire par l'arrivée de nouvelles représentations politiques dans les pays arabes, libérés, pourrait faire le bonheur de la Chine par une baisse importante de l'influence occidentale. Nous savons que les révolutions ne sont pas des projets de société. En aucun cas, elles n'apporteront ni emploi ni justice sociale. Par exemple la Tunisie, le Yémen et l'Egypte, etc., font face à des troubles postrévolutionnaires, souffrent et souffriront de l'écroulement de la manne financière que procure le secteur du tourisme. La Chine pourrait gagner cette bataille face aux puissances occidentales on les battant sur le terrain de l'investissement qu'elle pourrait apporter aux nouveaux dirigeants dont les pays souffrent de graves difficultés économiques. Dans ce contexte de crise économique mondiale aggravée pour ces pays par des mois de manifestations, et de récession économique, les priorités politiques pourraient probablement s'effacer devant la convergence d'intérêts économiques.
Il est fort possible que le printemps arabe pourrait à court et moyen terme tourner à l'avantage de la Chine qui détient un atout de taille, elle dispose de la plus grande réserve en dollars de l'histoire soit plus de 2 000 milliards de dollars. Ce stock devient une arme non négligeable. La performance de l'économie chinoise qui compte parmi la plus dynamique au monde, peut amener Pékin à renforcer ses relations stratégiques et sa position de partenaire de premier ordre avec le monde arabe. Et pas seulement sur le plan industriel et financier mais aussi scientifique, sachant que la chine, l'usine du monde, est en cours de devenir le cerveau du monde.
Sommes-nous en train d'assister à la réalisation de la prophétie de Napoléon 1er «quand la Chine s'éveillera le monde tremblera» et à la montée de la Chine en tant que puissance mondiale au détriment de l'Occident, en partie grâce aux révolutions arabes ? L'histoire le dira. La question qui est maintenant posée est celle de l'attitude qu'adoptera l'Occident.
Une chose est sûr, l'influence des USA ans la région arabe demeurera mais avec déclin progressif ouvrant ainsi les portes à d'autres puissances telles que la Turquie, le Brésil et surtout la Chine. Quant à l'Europe, qui en 2050 ne représentera que 6 % de la population mondiale, sa chute est entamée. Les alliances qui se nouent entre les pays du sud (les relations sud-sud sur le plan économique et social) sont de plus en plus importantes et concurrentielles et feront disparaitre la relation nord-sud.
Les puissances occidentales ont effectué un mauvais calcul en pensant que la sauvegarde de leurs intérêts dans le monde arabe passe par le soutien à des dictateurs autoritaires mais utiles. Washington et ses alliés ont toujours maintenu le principe sacré selon lequel la démocratie n'est acceptable que dans la mesure où elle obéit à leurs objectifs stratégiques et économiques. Ceci a fait croître le sentiment anti-occidental, consolidant ainsi le leadership de l'Iran et de la Turquie dans la région et renforçant la monté de l'islamisme dans la région arabe, énorme opportunité que la Chine ne manquera pas de saisir.
(*) Chercheur en géographie, environnement, aménagement de l'espace et paysages
GEOFAO, cabinet d'études et d'ingénierie, Agadir
Courriel : [email protected]


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