Avec son engagement résolu pour un projet solaire inédit, le Maroc n'a rien à envier à ses concurrents chinois et japonais. En effet, le Maroc se donne aujourd'hui tous les moyens pour être au sommet international dans le secteur environnemental : engagement avec le CEA (Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives), banques africaines et européennes en vue de l'ouverture du plus grand complexe solaire CSP au monde, transfert technologique avec le Nigeria et la Côte d'Ivoire pour accueillir la COP 22 ... Le royaume est sur la scène internationale comme jamais. Ils se doit et se donne les moyens de poursuivre la dynamique conclue à Paris le 12 décembre 2015. Mais quels sont les réels enjeux de ces engagements ? COP 22 : « La conférence de l'action » Réchauffement climatique, pénurie de l'eau, pollution atmosphérique... le Maroc a toujours combattu de toutes ses forces pour relever les défis écologiques qui s'opposaient à lui : politique des barrages dans les années 1960, promulgation de la loi sur l'eau en 1995, politique agricole en 2008 avec le PMV (Plan Maroc Vert), loi-cadre formant Charte de l'Environnement et Du développement durable, et, d'ici 2020, production d'au moins 2000 MW. Ce n'est donc pas aujourd'hui que le royaume a entamé ses réformes écologiques. « La conférence de l'action », tels sont les maîtres mots qu'avait prononcé Hakima El Haite, ministre déléguée chargée de l'Environnement, lors de la conférence tenue à Lima (Pérou) désignant ainsi le Maroc pour accueillir à Marrakech la 22ème Conférence des Parties à la Convention sur les Changements Climatiques, tout comme l'avait fait le royaume en 2001 avec la COP7. En 2030, il devra mobiliser toutes ses ressources pour répondre aux engagements promis et annoncés lors de la COP21, dont notamment la réduction des émissions de gaz de 13% comparativement aux émissions de 2010. A quoi doit-on s'attendre à Marrakech en termes d'enjeux? La COP22, comme son nom l'indique, devra se présenter comme la continuité des efforts impulsés par la conférence de Paris et l'a également rappelé Jean-François Girault, Ambassadeur de France au Maroc. L'innovation technologique et le développement de nouvelles pratiques pour s'adapter au changement climatique seront le fil conducteur de cette conférence. Le Plan Noor : Une rentabilité sur le long terme L'élève modèle de la COP 21 a de quoi se vanter : 117 km2 de surface composée de miroirs construits en 2020, soit un peu près la superficie de la capitale du royaume. Septième plus grand complexe au monde et premier en terme de technologie CSP (technologie thermo-solaire), ce complexe répond à des attentes d'autosuffisance mais aussi à des intérêts socioéconomiques stratégiques pour le pays. Actuellement, la phase Noor 1 a été construite et permet d'ores et déjà une production de 160 MW, permettant au royaume de réaliser des économies considérables en terme d'importation des hydrocarbures. Une fois le complexe achevé, son entretien va demander des efforts substantiels en terme de ressources humaines et matérielles qui s'accompagneront sûrement de problèmes liés à l'exode rural. Cependant, cet investissement colossal, souvent considéré comme une dépense budgétaire du Maroc, répond à un souci de prévision et à une vision sur le long terme souvent négligée. Si le développement et l'exploitation sont assurés par plusieurs conglomérats saoudiens dirigés par ACWA Power et la société espagnole Sener, la concrétisation est placée sous la garde de MASEN (Agence marocaine de l'énergie solaire) selon la loi n°57-09. Le Souverain vient tout récemment de donner ses Hautes Instructions pour que le pilotage des énergies renouvelables soit confié à MASEN. Un signal fort en terme de gouvernance de ce secteur stratégique. Au-delà des gains énergétiques, le royaume va profiter d'expertise, en terme de recherche, d'un savoir-faire et d'une expérience internationale, qu'il pourra à son tour rentabiliser avec les pays voisins. Le projet va contribuer à dynamiser le développement local : limitation de l'insalubrité, promotion du tourisme international, amélioration du cadre social de la population, accès à l'éducation, formation et emploi... Le plan solaire commence déjà à répondre à de nombreuses attentes de la région de Ouarzazate. *Etudiant Sup de Co, Montpellier