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Projet de promotion de la représentation politique des femmes au Maroc
Le temps du quota est révolu, vient celui de la représentation par l'égalité
Publié dans L'opinion le 03 - 11 - 2017

La représentation politique des femmes ne reflète pas l'effectivité des droits que leur confère la Constitution.
Seules 81 femmes siègent à la Chambre des représentants, soit 4% de plus qu'en 2011. Et seules 13 femmes sur 120 membres siègent à la Chambre des conseillers, ce qui porte le taux de 2,22% sur la période 2009-2015 à 10,83%, en 2017, une progression biaisée par le nombre de sièges réduit en 2015 de 270 à 120, en application de la Constitution. On a une volonté politique au plus haut niveau, une dynamique économique inclusive, plusieurs mécanismes institutionnels et législatifs qui prônent l'égalité et la parité hommes-femmes (dont la Constitution) « arrachés » par une société civile des plus actives mais un champ politique majoritairement masculin. Force est de constater que les sphères du pouvoir et les champs décisionnels s'obstinent à s'ouvrir équitablement aux femmes qui représentent plus de 51% de la population du pays. Les défis restent nombreux au point de semer des inquiétudes sur les acquis durement obtenus.
L'étude sur l'évaluation des mécanismes de promotion de la représentation politique des femmes au Maroc, qui porte sur une actualité brulante de par le monde, a fait le choix d'une démarche participative à l'écoute des acteurs concerné(e)s pour mieux appréhender et analyser les mesures mises en œuvre en faveur des femmes lors des élections communales et régionales, des élections de la Chambre des conseillers de 2015 ainsi que les élections législatives de 2016. Il est question de mobiliser l'opinion publique, les médias et les décideurs politiques. L'analyse et la proposition de nouvelles mesures pourraient aider à surmonter les obstacles et les résistances, et conférer plus de représentativité des femmes aux organes élus. La restitution des résultats de cette étude, prévue pour début de 2018, pourrait jouer un grand rôle dans l'amélioration de la participation politique des femmes lors de prochaines échéances électorales.
Le champ de l'étude porte sur le système électoral, les mesures de discrimination positives, entre quotas et listes nationales, les dispositions juridiques : lois organiques, les partis politiques, les mesures d'accompagnement, la commission de la parité et de l'égalité, le fonds de soutien, le tiers des sièges, le principe d'alternance.... D'autres indicateurs ont été mis en exergue tels que le taux de femmes aux postes d'inspecteur général, le taux de femmes ambassadrices, de femmes à la présidence des conseils constitutionnels... Les principaux indicateurs sont le faible taux de femmes dans les communes, dans les régions, à la chambre des conseillers, à la chambre des représentants et selon les modes de scrutin.
Cinq étapes évaluatives
Trois étapes, l'une à Rabat les 2 et 3 Mars 2017, l'autre à Tanger les 20 et 21 avril 2017 et la troisième, une conférence internationale organisée à Rabat, les 14 et 15 septembre 2017, qui a fait état d'une vision plus élargie, par rapport aux expériences politiques et bonnes pratiques des femmes africaines et européennes. Une dernière concertation s'est déroulée à Rabat le 26 octobre avec les universitaires et les représentants(es) de la société civile et le 31 octobre, avec les syndicats et tous les partis politiques.
Les table-rondes des 26 et 31 octobre 2017 ont permis de recueillir plus d'informations de terrain de la part d'acteurs politiques, syndicaux et associatifs. L'étude proprement dite initiée par l'association Jossour Forum des Femmes Marocaines en partenariat avec la FES et présentée par l'experte Mme Ouafae Benabdenbi n'a eu que des éloges, vu sa pertinence et ses fondements. L'étude révèle l'existence de fortes inquiétudes, le risque de perdre les acquis démocratiques en matière de droits des femmes. Les femmes exercent peu de poids dans la formulation des politiques, le processus électoral connait des actes de violence d'où le besoin d'une loi.
Pour Madame Omayma Achour, Présidente de l'association Jossour-FFM est une recherche action. Le benchmarking à travers des regards de l'Afrique et de l'Europe lors de la conférence internationale a pu enrichir le débat et permis de constater que tous les pays sont passés par le même processus. Il est temps de trouver comment dépasser ces limites pour relever ce taux de représentation politique des femmes puisque les chiffres ne sont pas représentatifs de la réalité. Le Maroc accuse un retard pour ce qui est de la parité effective et l'égalité de genre dans les différentes instances.
Mme Seija Sturies, Représentante Résidente de la Fondation Friedrich-Ebert Stiftung au Maroc a mis en exergue l'importance de cette étude, qui émane d'une formidable collaboration avec l'association Jossour FFM. Les différents avis et constats, recueillis selon une démarche participative, enrichiront la version préliminaire du projet de promotion de la représentation politique des femmes.
Présentation de l'étude
L'étude présentée par Mme Benabdenbi a montré l'existence de mécanismes de promotion de l'accès des femmes aux postes de prise de décisions politiques quoique la situation soit contradictoire. L'objectif de l'étude est le diagnostic de la participation politique des femmes lors de deux mandats électoraux de 2015 et 2016 et de contribuer ainsi à la consolidation de la démocratie au Maroc par la promotion de l'égalité Hommes-Femmes. Il s'avère que les articles 19, 16 et 31 comportent des connotations négatives à leur interprétation. Et que les articles 30 et 146 ont permis au juge constitutionnel, une très large interprétation. En plus, aucune mesure coercitive n'est inscrite dans les différentes dispositions juridiques et encore, le timing des lois organiques est toujours très court, il ne dépasse pas trois mois et les institutions qui existent n'ont aucun pouvoir.
Constats importants
La concertation des représentants de partis politiques, de syndicats, des associations de femmes ainsi que leurs précieuses contributions pour l'évaluation des mécanismes ont donné une large gamme de recommandations et de conseils.
On reproche à l'APALD, inscrite dans le Bulletin Officiel le 12 octobre 2017, et au Conseil consultatif de la famille et de l'enfance, inscrit au BO du 25 juillet 2016, des mécanismes importants dans le cadre de l'égalité Hommes-Femmes et la participation politique des femmes d'être portés plus sur le domaine de la promotion que sur le domaine de la protection.
De nombreux facteurs interviennent dans ces « lectures » étroites, à savoir, les barrières socioculturelles stéréotypées et archaïques, le manque d'éducation et de formation, le système électoral pas encore à la hauteur, les partis politiques à vision masculine, les responsabilités familiales des femmes qui font frein, le manque ou carrément l'absence de ressources de financement. En plus, les partis politiques sont ceux qui donnent les consignes de vote.
Les universitaires et représentants de la société civile ont parlé de la violence politique qui prend de plus en plus d'ampleur, de l'analphabétisme qui est un grand frein pour la gestion de la chose publique en rapport avec la concrétisation d'un projet sociétal égalitaire et démocratique. Toujours est-il que tous attestent que le temps du quota est révolu, c'est devenu une rente et qu'il est temps d'imposer la représentation par l'égalité.
Et de terminer par dire que pour faire de la politique, il faut rester auprès des masses populaires.
Les représentants des syndicats ont relevé que la femme marocaine, dans son action syndicale ne dépasse pas 10 ans. Il n'y a pas de présence féminine assez forte dans les syndicats, due aux limites socioculturelles très présentes. La femme ne résiste pas à cette cadence imposée par le travail syndical. Les représentants des partis politiques ont également relevé la marginalisation des femmes et doublement la femme en situation de handicap. L'éducation du garçon par les parents d'abord sur des valeurs égalitaires a été plusieurs fois relevée. Il faut également arrêter la dénigration des femmes qui sont passées par la liste nationale. La majorité des femmes parlementaires sont seulement des chaises car elles ne sont pas passées par le combat, le militantisme et le travail politique ancré. Parfois, en arrivant au Parlement, on oublie les slogans. Les femmes ne devraient pas baisser les bras et avoir le souffle long. Il faudrait d'abord savoir quelles femmes nous voulons, des militantes ou qui travaillent, pour être au devant de la scène, ou celles qui vont combler l'espace du Parlement.
Bouteina BENNANI


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