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Emploi : Un bilan contesté qui ravive les clivages
Publié dans Maroc Diplomatique le 01 - 07 - 2025

Alors que le chômage demeure une réalité préoccupante, les annonces du ministère de l'Emploi et de la Formation professionnelle sur les progrès en matière de recrutement peinent à convaincre. Entre discours optimistes de l'exécutif et doutes exprimés par l'opposition, le débat révèle des fractures dans la lecture des politiques publiques en matière d'emploi.
Depuis plusieurs mois, les données s'accumulent, nourrissant les interrogations quant à la capacité réelle de l'exécutif à infléchir la tendance. Selon un rapport du Haut-Commissariat au Plan (HCP) publié en février 2025, le taux national de chômage dépasse les 13 %, avec des pics dépassant les 30 % chez les jeunes diplômés, notamment en milieu urbain. Plus préoccupant encore, cette dynamique d'exclusion s'enracine dans des territoires déjà fragiles, en particulier dans les zones rurales et périurbaines.
C'est dans ce contexte que Younes Sekkouri, ministre de l'Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l'Emploi et des Compétences, est intervenu lundi 30 juin devant la Chambre des représentants, en réponse aux questions orales des députés. Il a annoncé la création d'environ 288 000 emplois rémunérés au Maroc depuis le début de l'année. Le ministre a insisté sur le fait que, grâce à ces nouveaux postes, son département est en voie de compenser les pertes d'emplois enregistrées en 2024.
En réalité, les propos du ministre ont été diversement accueillis. Plusieurs députés ont estimé que cette progression reste insuffisante pour endiguer le chômage, notamment chez les jeunes. Pour eux, cette situation illustre l'échec du gouvernement à tenir sa promesse de faire baisser le taux de chômage à 8 %, alors qu'il dépasse aujourd'hui les 13 %.
Entre promesses gouvernementales et réalités structurelles
Dans ce contexte, il convient de rappeler que le gouvernement Akhannouch avait fait de l'emploi l'un des axes stratégiques de son programme 2021-2026, promettant dès son arrivée au pouvoir en octobre 2021 la création d'au moins un million d'emplois nets sur cinq ans. Pourtant, il se heurte aujourd'hui à une réalité implacable : le chômage au Maroc ne relève pas d'une simple conjoncture, mais d'un déséquilibre structurel profond auquel aucun gouvernement, depuis plus de vingt ans, n'a su apporter une réponse crédible.
En effet, les chiffres racontent une toute autre histoire. Selon le rapport du HCP publié en février 2025, entre 2021 et 2023, l'économie marocaine a enregistré une perte nette de 181 000 emplois. Loin de reculer, le taux de chômage est passé de 11,8 % en 2021 à 13,3 % en 2024, atteignant son niveau le plus élevé depuis l'an 2000. Le taux d'activité des femmes, quant à lui, a reculé pour s'établir à seulement 19 % en 2023, bien en deçà de l'objectif fixé à 30 %.
L'année 2023 a été marquée par une perte nette de 157 000 emplois, résultant d'une diminution de 198 000 postes en milieu rural. Cette hécatombe s'explique en grande partie par l'impact de la sécheresse sur le secteur agricole, qui a perdu 202 000 emplois. Bien que le milieu urbain ait créé 41 000 emplois, cela n'a pas suffi à compenser les pertes rurales, selon les données du HCP.
Sans surprise, les jeunes sont les premiers à payer le lourd tribut de cet échec. Selon un rapport du HCP sur la situation du marché du travail au premier trimestre de 2025, publié en mai 2025, le taux de chômage des 15-24 ans a atteint 37,7 %, soit près de quatre jeunes sur dix. Cette situation paradoxale frappe particulièrement les diplômés, avec un taux de chômage de 19,4 % chez cette catégorie, confirmant l'inadéquation entre la formation et les besoins du marché du travail. Les femmes ne sont pas épargnées, avec un taux d'inactivité de 73 % et un taux de chômage de 19,4 %. Malgré les promesses d'amélioration de leur participation au marché du travail, leur situation s'est aggravée.
En outre, le gouvernement Akhannouch a sous-estimé la vulnérabilité structurelle de l'économie marocaine face aux aléas climatiques. Malgré sa contribution limitée au PIB, estimée entre 11 et 14 %, l'agriculture emploie encore près d'un tiers de la population active selon les médias. La succession d'années de sécheresse a mis en lumière cette fragilité, avec plus de 816 000 emplois perdus dans le secteur entre 2018 et 2023. Face à cette crise, la réaction gouvernementale a été tardive. Ce n'est qu'en 2025 qu'une nouvelle feuille de route pour l'emploi, dotée de 15 milliards de dirhams, a été dévoilée, avec pour objectif de créer 1,45 million d'emplois d'ici 2030 et de ramener le taux de chômage à 9 %.


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