Dans un contexte international marqué par les conflits armés et la résurgence du militarisme, le Japon appelle à un monde sans armes nucléaires, alors que l'équilibre mondial semble s'éloigner de cette ambition. Le Japon a commémoré, ce mercredi 6 août, le 80e anniversaire du bombardement atomique d'Hiroshima, survenu à 08h15 en 1945. Cette attaque, suivie trois jours plus tard de celle sur Nagasaki, reste à ce jour l'unique utilisation d'armes nucléaires en temps de guerre, avec un bilan estimé à plus de 210 000 morts. Huit décennies plus tard, la symbolique d'Hiroshima demeure plus que jamais d'actualité, à l'heure où la dissuasion nucléaire reprend de la vigueur sur la scène mondiale. Un nombre inédit de 120 délégations étrangères était présent pour cette cérémonie de mémoire, témoignant d'un regain d'intérêt pour la cause du désarmement. Toutefois, plusieurs puissances nucléaires comme la Russie, la Chine ou le Pakistan ont décliné l'invitation. D'autres, comme l'Iran, y ont assisté, tandis que la présence pour la première fois de la Palestine et de Taïwan marque une ouverture diplomatique prudente du Japon. Le Japon, tout en accueillant ces délégations, conserve une posture ambiguë. Bien qu'hôte des commémorations, le pays refuse toujours d'adhérer au traité onusien d'interdiction des armes nucléaires signé en 2017, arguant de la nécessité d'un consensus préalable avec les puissances nucléaires. Cette position interroge, dans un pays profondément marqué par les effets irréversibles de la bombe atomique. Lire aussi : Découverte d'une bombe de la 2ème guerre mondiale sur une voie ferrée parisienne À Hiroshima, la cérémonie s'est déroulée à proximité du Dôme de la bombe atomique, symbole mondial du désastre nucléaire. Cette ruine figée au cœur de la ville incarne la mémoire d'une tragédie que les survivants – les hibakusha – s'efforcent encore de transmettre, malgré leur âge avancé. L'effort de transmission devient d'autant plus urgent que la moyenne d'âge des survivants dépasse les 86 ans. Dans ce contexte, les tensions géopolitiques actuelles – guerre en Ukraine, conflit à Gaza, rivalités nucléaires en Asie – confèrent une résonance particulière à l'appel d'Hiroshima à l'abandon de l'arme atomique. Le refus des puissances nucléaires d'assister à la cérémonie, ou leur présence contestée selon les cas, illustre les fractures croissantes autour de la question du désarmement. Nagasaki, qui accueillera sa propre cérémonie samedi, prévoit également une affluence record. La participation annoncée de la Russie – une première depuis l'invasion de l'Ukraine – est observée avec attention, tandis que la décision de 2023 d'écarter Israël pour des raisons de sécurité avait provoqué des tensions avec les Etats-Unis. Ces choix révèlent l'équilibre précaire entre mémoire, diplomatie et actualité politique. À mesure que les tensions internationales s'exacerbent, les discours en faveur du désarmement peinent à se traduire en engagements concrets. Les doctrines de dissuasion nucléaire reprennent de l'ampleur, les arsenaux se modernisent, et la multiplication des zones de conflit relance la légitimité politique des armes de destruction massive. Dans ce contexte, la commémoration d'Hiroshima ne peut se réduire à un hommage symbolique. Elle rappelle la menace existentielle que représente encore aujourd'hui l'arme nucléaire, et l'incapacité persistante de la communauté internationale à la contenir durablement. Alors que les survivants s'effacent peu à peu, le message d'Hiroshima devient un avertissement pour les générations futures : sans volonté politique ferme, la répétition de l'histoire demeure une hypothèse tragiquement plausible.