On savait déjà que certaines accusations sportives voyageaient léger ; on découvre désormais qu'elles peuvent aussi voyager à la vitesse d'une charrette tirée par un mulet enrhumé. Le Maroc remporte le Mondial U20 le 19 octobre, le trophée monte dans l'avion, les joueurs aussi, tout le monde rentre heureux, propre, coiffé. Mais la polémique, elle, a préféré un autre trajet : un bus régional sans climatisation, sièges qui grincent, pauses-café interminables, détour par trois zones industrielles. Elle arrive finalement en décembre, haletante, les cheveux en bataille, persuadée malgré tout qu'elle a quelque chose d'important à dire. Le décor initial, pourtant, ne prêtait pas à l'intrigue. 19 octobre, Santiago au Chili ; match propre, deux buts nets, une équipe argentine qui serre les mains sans appeler Interpol, un capitaine marocain élu meilleur joueur, et pas la moindre once de « complot cosmique » dans les tribunes. Un scénario trop simple pour devenir vendeur, sans doute. Puis les semaines passent. Octobre ferme la porte. Novembre éteint la lumière. Décembre allume les guirlandes. Les crampons sont rangés, la coupe aussi, pas un murmure, pas un soupir. Même les « sources proches du dossier », ces héros anonymes des titres sensationnalistes, semblent être parties en vacances. Et soudain, comme un sapin qu'on ressort de la cave sans vérifier les branches, un consultant qatari apparaît pour expliquer que, selon sa perception, vraisemblablement nourrie de science occulte, certains joueurs « font plus vieux ». Une expertise menée à 25 mètres de distance, sur plateau, sans IRM, sans radiologie, sans dossier médical. À ce stade, on n'est plus dans l'analyse sportive ; on frôle le développement personnel. LIRE AUSSI : La CAF et le comité d'organisation dévoilent "Assad", la mascotte officielle de la CAN Maroc 2025 On imagine son CV accroché au mur … Compétences : estimation d'âge au jugé, lecture approximative des expressions faciales, intuition acrobatique. Références : aucune procédure FIFA, pas même un signalement du concierge du stade. Mais le véritable miracle de cette histoire, et de Noël, tant qu'à faire, survient lorsqu'un site toujours prompt à l'indignation sélective, TSA, découvre cette phrase et décide qu'elle mérite un tambour, un gyrophare et un gros titre. Rien à signaler depuis deux mois sur le voisin « tant aimé »? Pas grave, l'important est de dépoussiérer une phrase pour en faire un « scandale ». Chez eux, la gravité d'une hypothèse semble se mesurer au plaisir qu'on a à l'exagérer. Rappelons quand même, pour la forme qu'aucun adversaire n'a protesté ; la FIFA n'a rien ouvert, rien vu, rien suspecté ; l'Argentine n'a accusé personne d'avoir aligné des vétérans de championnat corpo. Perdre une finale n'a jamais rendu qui que ce soit presbyte, après tout. Le décalage est d'ailleurs savoureux : la polémique débarque deux mois après la rencontre, avec la même énergie que cet invité qui sonne à la porte quand les restes ont déjà été mis au frigo et que tout le monde regarde une série. Il faut tout de même reconnaître à TSA un vrai talent, celui de convertir un courant d'air en tornade tropicale. Une suggestion devient une accusation, un haussement d'épaule devient une « mise en cause internationale » et un commentaire flou devient soudain un acte de dissection journalistique. Le Maroc gagne ? On invente l'intrigue. L'intrigue ne prend pas ? On insiste. Comme si l'information n'était qu'une pâte à modeler dont on pressait la forme selon ses humeurs. La vérité, elle, est beaucoup moins dramatique : Quand un pays progresse trop vite, certains se persuadent que leurs montres sont cassées. Ils n'envisagent jamais de changer de cadran ; ils préfèrent accuser le fuseau horaire. Le Maroc travaille, se structure, forme, anticipe. D'autres réagissent en cherchant des rides là où il n'y en a pas. Les preuves importent peu ; la simple idée suffit à remplir une colonne, surtout en période creuse. En fin de compte, la seule falsification dans toute cette affaire n'est pas celle qu'on insinue ; c'est le retard abyssal avec lequel certains découvrent que le football marocain avance plus vite qu'eux. Les jeunes Marocains, eux, continuent leur route. Et si quelqu'un doit vraiment être contrôlé dans cette histoire, ce n'est pas leur âge... mais l'âge mental des réflexes médiatiques qui tentent désespérément de rester pertinents. Le Maroc construit l'avenir ; d'autres bricolent le passé avec le sérieux d'un train régional constamment « en retard pour raison indéterminée ».