L'intervention militaire américaine au Venezuela début janvier 2026 s'inscrit dans une relation bilatérale longue et complexe entre Washington et Caracas. De l'alliance énergétique du XXe siècle aux ruptures politiques des années Chávez et Maduro, en passant par les sanctions et les tensions pétrolières, cette séquence éclaire les causes structurelles ayant conduit à l'escalade militaire entre les Etats-Unis et le Venezuela. Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les Etats-Unis ont annoncé le lancement de l'opération militaire baptisée « Absolute Resolve » (Détermination absolue). Cette opération s'est traduite par des frappes aériennes ciblées, notamment dans la région de la capitale Caracas, et s'est accompagnée de l'arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro. Les relations bilatérales entre les Etats-Unis et le Venezuela ont commencé par des liens commerciaux solides dès le XIXe siècle, marqués par le traité Anderson-Gual de 1824. Au XXe siècle, la découverte de pétrole en 1914 au lac Maracaibo transforma le pays en un allié stratégique. Pendant plusieurs décennies, le Venezuela a occupé une place importante dans l'approvisionnement énergétique des Etats-Unis, représentant jusqu'à environ 15 % de leurs importations pétrolières à certaines périodes du XXe siècle. Sous la présidence de Rómulo Betancourt, notamment entre 1959 et 1964, cette relation s'est inscrite dans un cadre politique marqué par une convergence stratégique anticommuniste, structurée au sein de l'Organisation des Etats américains. Cette dynamique de coopération, à la fois politique et économique, s'est inscrite dans la durée malgré des frictions ponctuelles, avant de connaître un tournant significatif à la fin des années 1990, consécutif aux évolutions politiques majeures survenues au Venezuela à partir de 1998. Ligne de rupture L'arrivée au pouvoir de Hugo Chávez à la fin des années 1990 a marqué une inflexion profonde des relations entre le Venezuela et les Etats-Unis. Cette période a été caractérisée par une montée progressive de la défiance, notamment à la suite des nationalisations du secteur pétrolier en 2007, qui ont conduit au départ de plusieurs groupes internationaux, dont ExxonMobil. Lire aussi : Nicolas Maduro comparaîtra lundi devant un juge à New York (tribunal) Les tensions se sont accentuées au fil des années, avec l'instauration de premières mesures restrictives américaines à partir du milieu des années 2000, avant de prendre une dimension nettement plus structurée sous la présidence de Nicolás Maduro, entré en fonctions en 2013. À partir de 2014, Washington a progressivement mis en place des sanctions ciblées contre des responsables vénézuéliens, élargies en 2019 à des sanctions sectorielles touchant directement Petróleos de Venezuela SA. Dans ce contexte, les Etats-Unis ont cessé de reconnaître la légitimité du pouvoir en place et ont apporté leur soutien politique à Juan Guaidó en tant que président par intérim. Dans la séquence qui a conduit à l'opération « Absolute Resolve » des 2 et 3 janvier 2026, les saisies de pétroliers opérées en décembre 2025 ont constitué un prélude décisif, débouchant sur l'arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro. Détention de Nicolás Maduro Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores, ont été transférés à New York le 3 janvier 2026 à la suite de leur arrestation. Ils sont actuellement détenus au Metropolitan Detention Center de Brooklyn, en attente de leur comparution devant un tribunal fédéral de Manhattan, prévue le lundi 5 janvier 2026. D'après un acte d'accusation de 25 pages émanant du Département de la Justice américain, les charges retenues incluraient notamment des accusations de narcoterrorisme, d'importation de cocaïne, ainsi que de détention d'armes automatiques et de dispositifs destructeurs. Des images diffusées par les autorités américaines montreraient Nicolás Maduro lors de sa prise en charge par la Drug Enforcement Administration. La Cour suprême au Venezuela a désigné, le 3 janvier 2026, la vice-présidente Delcy Rodríguez comme présidente par intérim, mais son autorité reste limitée. Les Etats-Unis exercent un contrôle sécuritaire sur certains points stratégiques de la capitale et sur des infrastructures énergétiques majeures, tandis que des foyers de résistance chaviste subsisteraient dans plusieurs régions de l'intérieur du pays.