La ville de Ksar El-Kébir a récemment été le théâtre d'inondations dévastatrices, mettant en lumière la vulnérabilité de son infrastructure et les profondes disparités régionales qui caractérisent le pays. Ces événements survenus en janvier et février 2026 ont forcé l'évacuation de plus de 108 000 personnes, transformant la ville en une zone sinistrée et soulevant des questions cruciales sur l'équité du développement territorial au Maroc. Les récentes inondations ont exposé la fragilité des systèmes d'infrastructure de Ksar El-Kébir. Les réseaux d'assainissement, souvent obsolètes et sous-dimensionnés, se sont avérés incapables de gérer le volume d'eau engendré par la crue de l'Oued Loukkos. Cette défaillance a entraîné des routes coupées, des transports publics à l'arrêt et des quartiers entiers submergés, perturbant la vie quotidienne des habitants. Au-delà des habitations, ce sont les zones agricoles environnantes, poumons économiques de la province, qui ont été lourdement impactées par la montée des eaux, menaçant les récoltes et les revenus de milliers de petits agriculteurs locaux. Les commerces du centre-ville ont également subi des pertes matérielles considérables, aggravant une situation économique déjà tendue. Selon les experts en aménagement du territoire, la répétition de tels phénomènes met en évidence un besoin urgent d'investissements massifs dans la modernisation et le renforcement des infrastructures de base, notamment en matière de gestion des eaux pluviales et d'assainissement, pour prévenir de futures catastrophes et assurer la sécurité des citoyens. Lire aussi : Barrages au Maroc : Le taux de remplissage s'établit à 69,3% Des disparités régionales persistantes Au-delà des problèmes d'infrastructure, la situation de Ksar El-Kébir est emblématique des disparités régionales persistantes au Maroc. Alors que des régions comme Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma captent à elles seules 58,5% du produit intérieur brut (PIB) national, selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), des villes comme Ksar El-Kébir, bien que faisant partie de la région économiquement dynamique de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, souffrent d'un déficit d'investissement et d'une marginalisation économique. Cette concentration de la richesse et des opportunités dans quelques pôles urbains côtiers crée un « Maroc à deux vitesses », où les villes de l'intérieur peinent à suivre le rythme de développement. Les chiffres de la pauvreté et de la vulnérabilité en témoignent : bien que le taux de pauvreté multidimensionnelle à Ksar El-Kébir soit d'environ 2,4%, la vulnérabilité touche une part significative de la population, avec des rapports locaux mentionnant jusqu'à 126 600 personnes concernées. Le chômage, particulièrement élevé chez les jeunes diplômés dans la province de Larache, à laquelle appartient Ksar El-Kébir, accentue cette précarité. En 2024, le taux de chômage dans la région restait une préoccupation majeure, avec des disparités flagrantes entre les pôles industriels de Tanger et les zones intérieures comme Ksar El-Kébir. Cette situation pousse à l'exode rural vers les grandes métropoles, aggravant le déséquilibre territorial et vidant la ville de ses forces vives. La gestion de crise actuelle, bien que nécessaire, ne saurait occulter le besoin structurel d'une politique de décentralisation économique réelle, capable de fixer les populations sur leur territoire. Les inondations à Ksar El-Kébir sont un rappel brutal de la nécessité d'une approche de développement plus équilibrée et inclusive. Il est impératif d'investir non seulement dans la résilience des infrastructures face aux changements climatiques, mais aussi de réorienter les politiques publiques pour réduire les disparités régionales, stimuler l'économie locale et offrir des opportunités équitables à tous les citoyens marocains, quelle que soit leur localisation géographique.