Les accidents de la route au Maroc constituent un choc silencieux pour l'économie et la cohésion sociale. Avec près de 19,5 milliards de dirhams perdus chaque année, soit 1,7 % du PIB, et plus de 4 000 décès en 2024, l'insécurité routière fragilise durablement le capital humain national. À l'échéance de 2026, la stratégie nationale affiche un retard préoccupant. Les accidents de la route au Maroc ne sont pas de simples faits divers ; ils constituent une véritable plaie ouverte pour le développement national. Chaque année, le bitume arrache des milliers de vies, privant le pays de ses forces vives et pesant lourdement sur ses finances publiques. Sur le plan économique, les chiffres sont alarmants. Selon les données de l'Agence Nationale de la Sécurité Routière (NARSA) et de la Banque Mondiale, le coût des accidents de la circulation est estimé à environ 19,5 milliards de dirhams par an, soit près de 1,7 % du Produit Intérieur Brut (PIB). Cette somme colossale englobe non seulement les dégâts matériels et les coûts d'intervention, mais aussi les dépenses de santé massives liées aux soins d'urgence et à la rééducation des blessés. Plus grave encore, cette perte économique inclut la « perte de production » liée au décès ou à l'invalidité des victimes. En effet, la majorité des personnes touchées sont en âge de travailler, ce qui représente un manque à gagner direct pour la croissance économique du Royaume. L'Etat se voit ainsi contraint de mobiliser des ressources qui pourraient être investies dans l'éducation ou l'innovation pour pallier les conséquences d'un fléau évitable. Lire aussi : La Chambre des représentants adopte la loi sur l'indemnisation des victimes d'accidents de la route Au-delà des chiffres, c'est le capital humain du Maroc qui est le plus durement touché. Les accidents de la route sont la première cause de mortalité chez les enfants et les jeunes adultes âgés de 5 à 29 ans. En 2024, le bilan a franchi la barre symbolique des 4 000 décès, accompagnés de plus de 10 000 blessés graves. SNSR 2017-2026 : Les objectifs s'éloignent, le bilan s'aggrave Chaque vie perdue est une tragédie sociale. La disparition d'un chef de famille plonge souvent les survivants dans la précarité, créant un cycle de pauvreté que l'Etat doit ensuite compenser par des aides sociales. De plus, les milliers d'infirmités permanentes générées chaque année créent un fardeau psychologique et financier pour les familles, tout en privant la société de citoyens actifs. La perte est donc double : elle est à la fois émotionnelle pour les proches et structurelle pour la nation, qui voit son capital humain s'effriter sur l'asphalte. La Stratégie Nationale de Sécurité Routière (SNSR) 2017-2026 s'était fixé un objectif ambitieux : réduire de 50 % le nombre de morts à l'horizon 2026, soit passer sous la barre des 1 900 tués par an. À l'échéance de 2026, le constat est sans appel : la stratégie est en situation d'échec. Avec plus de 4 000 morts enregistrés en 2024, le Maroc est loin de ses objectifs. La Cour des Comptes a d'ailleurs souligné dans ses récents rapports que les objectifs intermédiaires n'ont pas été atteints. Selon les experts, plusieurs facteurs expliquent ce bilan mitigé, notamment le facteur humain, où malgré les campagnes de sensibilisation, les comportements à risque (vitesse, non-port du casque, téléphone au volant) restent prédominants. L'explosion du parc des deux-roues est également un élément clé : les motocyclistes représentant désormais une part disproportionnée des victimes, et les mesures spécifiques les concernant peinent à porter leurs fruits. Enfin, la concentration des accidents corporels en milieu urbain, sous l'effet de l'urbanisation galopante, appelle à une gestion territoriale plus fine de la part de la NARSA, selon les experts.