La Coupe d'Afrique des Nations 2025 ne se joue pas uniquement sur les terrains de football. Elle se déploie dans un espace plus subtil, où la sécurité devient un langage diplomatique et où la capacité à protéger sans contraindre s'impose comme une forme renouvelée de soft power. À travers l'organisation de cette compétition continentale sous haute vigilance, le Royaume engage une démonstration de puissance feutrée, fondée moins sur l'affichage que sur la maîtrise. Dans ce contexte, l'intérêt manifesté par une délégation du Federal Bureau of Investigation (FBI) pour le dispositif sécuritaire marocain ne relève pas d'un simple épisode technique. Il s'inscrit dans une dynamique plus large, celle d'un Etat qui parvient à convertir un savoir-faire sécuritaire éprouvé en capital d'influence, aussi bien en Afrique que sur la scène internationale. Redéfinir le soft power à l'ère des menaces globales Traditionnellement associé à la culture, à la diplomatie publique ou à l'attractivité économique, le soft power s'est progressivement étendu aux domaines de la gouvernance, de la gestion des crises et de la sécurité collective. Dans un monde marqué par la circulation accélérée des menaces – terrorisme, cyber-risques, désinformation, instabilités transfrontalières – la capacité à garantir la sécurité sans rompre l'équilibre social devient un facteur clé de crédibilité et d'attractivité. Le Maroc l'a parfaitement intégré. En faisant de la CAN 2025 un événement à la fois sécurisé et ouvert, rigoureux mais fluide, il projette l'image d'un Etat stable, fiable et technologiquement compétent. Une image qui séduit autant les partenaires africains que les acteurs occidentaux, en quête de modèles transposables à des contextes sécuritaires complexes. La sécurité comme narration maîtrisée L'un des ressorts centraux du soft power marocain durant la CAN réside dans la discrétion assumée de son dispositif sécuritaire. La présence des forces de l'ordre, bien que conséquente, est pensée pour rassurer sans intimider. Les technologies de surveillance, pourtant sophistiquées, sont intégrées avec mesure, sans créer de sentiment de contrôle permanent. Cette approche contribue à une narration implicite, celle d'un Etat capable d'assurer l'ordre tout en préservant l'expérience humaine et festive de l'événement. Cette narration gagne en efficacité précisément parce qu'elle s'exprime dans les faits plutôt que dans les discours. Chaque journée de compétition sans incident majeur devient un message diplomatique en soi. Chaque supporter accueilli sans friction participe à la diffusion d'une image positive du pays hôte. Ainsi, la sécurité ne contraint pas le soft power ; elle en devient l'un des principaux leviers. Lire aussi : De la CAN 2025 au Mondial 2030, le Maroc construit bien plus qu'un événement Une influence africaine consolidée par la coopération sécuritaire Sur le plan continental, la CAN 2025 offre au Maroc une opportunité stratégique de consolider son leadership par la coopération sécuritaire panafricaine. Le Centre africain de coopération sécuritaire, activé durant la compétition, incarne cette vision : une sécurité partagée, fondée sur l'échange d'informations, la coordination opérationnelle et la confiance mutuelle entre Etats africains. Ce choix dépasse largement la simple dimension logistique. Il positionne le Maroc comme facilitateur de sécurité régionale, capable de fédérer des partenaires aux réalités politiques et sécuritaires diverses. Dans une Afrique confrontée à des défis multiples, cette aptitude à proposer des solutions concrètes et pragmatiques renforce l'influence diplomatique du Royaume bien au-delà du cadre sportif. Le regard du FBI : Validation et amplification du soft power L'attention portée par le FBI agit comme un puissant accélérateur de crédibilité. Lorsqu'une grande puissance sécuritaire s'intéresse aux pratiques d'un pays du Sud, elle contribue, volontairement ou non, à renforcer son attractivité et sa légitimité. Cette reconnaissance ne passe pas par des communiqués officiels, mais par la présence sur le terrain, l'observation attentive et l'échange d'expertises. Pour le Maroc, cet intérêt américain conforte un positionnement stratégique d'un Etat capable de dialoguer d'égal à égal sur des questions sensibles et de proposer des modèles opérationnels exportables. La sécurité devient alors un vecteur de soft power inversé, où l'influence ne transite plus uniquement par la diffusion culturelle, mais par la démonstration de compétence. La CAN 2025 comme vitrine d'un soft power sécuritaire La CAN 2025 a agi comme une vitrine en temps réel de ce soft power sécuritaire marocain. Elle a démontré qu'il est possible, dans un environnement régional et mondial complexe, d'organiser un événement d'envergure continentale sans céder ni à la surenchère sécuritaire ni à l'improvisation. Ce modèle, observé et analysé par de nombreux partenaires internationaux, contribue à redéfinir les standards de l'organisation des grands événements. Il inscrit le Maroc dans une catégorie singulière des Etats dont l'influence repose sur la fiabilité, la prévisibilité et la capacité à rassurer. Une puissance tranquille au service de l'image internationale In fine, la CAN 2025 a révélé une transformation profonde du soft power marocain. Celui-ci ne se limite plus à l'hospitalité, à la culture ou à la diplomatie classique. Il intègre désormais la sécurité comme composante centrale de l'attractivité nationale. L'intérêt du FBI, loin d'être un épisode isolé, s'inscrit pleinement dans cette dynamique. Il confirme que la sécurité, lorsqu'elle est maîtrisée et intelligemment déployée, peut devenir une ressource diplomatique, un outil d'influence et un marqueur de puissance tranquille. Dans un monde où la crédibilité se construit sur la capacité à gérer l'incertitude, le Maroc a démontré, à travers la CAN 2025, que le soft power du XXIe siècle se joue aussi, et peut-être surtout, dans l'art de sécuriser sans contraindre.