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U n homme, une époque
Publié dans MarocHebdo le 05 - 12 - 2008


Un homme, une époque
Lahcen Lyoussi, ou le lien de la résistance entre villes et montagnes. Une figure marquante de l'histoire contemporaine du Maroc.
SM Mohammed V chez Lahcen Lyoussi, à Imouzzer.
Le mouvement national marocain et les premières années de l'indépendance sont, de temps à autre, revisités. Mais pas assez pour jeter toute la lumière sur cette époque décisive de notre histoire contemporaine et ses périodes cruciales dans la longue gestation d'un Maroc que l'on a toujours voulu nouveau.
En fait, cette connaissance historique constitutive de notre mémoire collective connaît encore un gros déficit tant au niveau de l'événementiel, au plus proche de la précision narrative, qu'au plan de la mise en contexte avec toutes ses corrélations analytiques, voire prospectives.
Ce n'est pas pour autant qu'il faut négliger le travail des historiens attitrés, l'apport des témoignages de seconde main au plus, en fonction de la distorsion du temps et des pérégrinations périodiques, vulgarisatrices, mais néanmoins passablement éclairantes, des éphémérides.
Ainsi, la première difficulté à laquelle se sont confrontés les différents prospecteurs de ce passé pas vraiment lointain, a trait à la périodisation. Autrement dit, comment distinguer des périodes dans ce vol historique qui va de la fin du 19ème siècle au milieu du 20ème, après un survol de guerres ouvertes, de conflits larvés, de drames humains et de tensions politiques extrêmes?
Difficulté
Les essais de périodisation, communément admis, distinguent deux tranches chronologiques pratiquement coupées à la tronçonneuse; la résistance des grandes confédérations tribales à la pénétration coloniale, dans les montagnes et le Sahara; et la structuration d'un mouvement national, à la fois politique et armé, centré sur les villes, avec des prolongements au delà de l'indépendance.
Entre les deux, un grand blanc, sur lequel il y a comme une rétention d'investigation, pour en savoir un tant soit peu. tout se passe comme s'il n'y avait pas eu de jonctions entre ces deux périodes.
Un silence assourdissant qu'un livre témoignage intitulé Mémoire d'un militant (1943-1955), signé Larbi Abdelkrim Benabdellah, a voulu rompre.
Son projet n'est rien d'autre que d'affirmer, documents et témoignages à l'appui, qu'il s'en est passé des choses, et pas des moindres, durant un temps rapidement évacué, un peu par pertes et profits. Un temps transitionnel d'une importance capitale en ce qu'il a été l'aboutissement de la lutte anti coloniale et la première édification houleuse des fondements institutionnels du Maroc indépendant.
Comme dans toutes les transitions, particulièrement dans ce genre de contexte national et international, difficile à maîtriser (1943-1955), les lignes de partage sont souvent confuses et les combats parfois rudes. Un homme s'y est investi corps et âme, Lahcen Lyoussi. On y reviendra.
La résistance spontanée et somme toute organisée aux premiers coups de semonce des armées coloniales, est plus ou moins connue, plus à travers des militaires et des officiels coloniaux, que par les écrits parcimonieux des historiens marocains.
Ceci est une réalité qui témoigne de l'indigence de notre recherche historique. Le fichier de la Bibliothèque nationale, en cours d'informatisation, atteste de cet état de fait, regrettable. On apprend ainsi que tout a commencé dans les confins algéro-marocains, au Sahara, en 1897, lorsque Cheikh Mae El Aïnine a contenu les premières tentatives d'incursion française en territoire marocain.
Panoplie
Son action de résistance armée sera reprise par son fils M'rabbih Rabbou Mae El Aïnine, qui se retranchera à l'extrême jusqu'à livrer une dernière bataille aux forces coloniales, à Sidi Bouathmane, à l'entrée de Marrakech, en 1914.
Il sera relayé par des chefs de la même trempe d'irréductibles dans les contreforts de l'Atlas, avec des noms illustres tels que Mouha Ou-Hammou Ezzayani, Sidi Lahcen Outemga, Madani Lakhssassi, Mohamed Lamrabet... Et, bien évidemment, Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi, héros de la première grande guerre anticoloniale des temps modernes, dans le Rif, entre 1921, où il a décimé, à Anwal, l'armée espagnole sous le commandement du colonel Sylvestre, suicidé; et sa reddition en 1925, face à l'énorme machine de guerre franco-espagnole coalisée.
Lors d'un séminaire international à Paris, en 1971, Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi a été reconnu par d'éminents historiens comme le fondateur de la guerre de guérilla, avec toute sa panoplie de logistique et d'organisation spécifique.
Mohamed El Fassi, Mohamed El Yazidi et Allal El Fassi chez Abdelkrim El Khattabi, le 12 septembre 1955, au Caire.
Sur l'affiche de ce séminaire, on pouvait lire un hommage de Hô Chi Minh, à ce titre universellement admis. L'épopée de cette première résistance, dite tribale et montagnarde, se terminera à Jbel Sagho avec Assou Baslam, en 1934. Il est proprement malheureux que les manuels d'histoire à l'intention de nos petites têtes brunes ne soient pas vraiment à l'image de ces pères fondateurs de la formation de la dignité et de l'identité nationale.
Il aura donc fallu, selon la tradition historique, une vingtaine d'années pour que la “pacification” prenne fin, et pour que la résistance anticoloniale reprenne en milieu urbain.
Pacification
Que s'est-il passé entre-temps? Les tribus montagnardes, du Rif à l'Anti-Atlas, sont-elles entrées en hibernation pour ne se réactiver qu'à la déposition de Mohammed V, un 20 août 1953? Après ce forfait colonial, la résistance dans les villes a fourni son lot de martyrs et de porte-drapeaux de la liberté, tels Mohamed Zerktouni, Houmane El Fatouaki, Hassan El Hansali, Driss Lahrizi, Mohamed Mansour, Fquih Basri, Mehdi Ben Barka, Abdellah Ibrahim, Moulay Abdeslam Jebli, Habib Forkani, Abdelkrim El Khatib, Fkih El Ghazi, Allal El Fassi, Mahjoub Benseddik, Abderrahim Bouabid, Saïd Bounaïlat, Mohamed Bensaïd Aït Idder, Boubker Kadiri, Hachmi Filali, Abdelaziz Ben Driss, parmi tant d'autres.
Mohammed V en compagnie du leader socialiste Mehdi Ben Barka.
Encore une fois, le Maroc des hauteurs et des tribus ne s'était pas assoupi en attendant le réveil de l'élite citadine. Un homme du pays Aït Youssi l'a maintenu en éveil pour l'objectif de la libération nationale. Lahcen Lyoussi. C'est lui, à partir d'une historicité littérale, qui a réussi à établir la continuité entre deux périodes de combat contre l'occupation coloniale. Celle viscéralement ancestrale, à partir du terroir et du clan tribal; et celle, un peu plus élaborée, de la cité dans son acceptation intellectuelle aux abords modernistes. Lahcen Lyoussi a été à la confluence de ces deux approches, pas seulement par sa culture marocaniste et ses convictions nationalistes, mais aussi par son action pour la cause de la libération du joug colonial.
Témoignage
Caïd de son fief tribal à Sefrou, dans ce Moyen Atlas de toutes les résistances aux appétits coloniaux, Lahcen Lyoussi a réussi à maintenir bien plus que le fil d'Ariane entre la montagne et la ville, en portant très haut, en dialecte berbère et en langue arabe, l'aspiration des Marocains à disposer d'eux-mêmes et la revendication du Maroc à l'indépendance.
Tout au long de son parcours, Lahcen Lyoussi aura ainsi été de la partie de ces caïds dissidents qui ont fait fi de leur statut, durant la période coloniale, avec toutes les conséquences collatérales que cela supposait pour lui même et pour le prix à s'inscrire, volontairement et en toute connaissance de cause, dans le moule du mouvement national.
À cette époque, il a été en coordination régulière avec Mehdi Ben Barka, porte-parole de la nouvelle vague de résistance citadine, tout comme avec Haj Ahmed Balafrej, Mohamed Yazidi ou encore Fkih Ghazi.
Charge
De même qu'avec les dirigeants-fondateurs de l'Armée de Libération nationale (ALN). Après l'indépendance, la situation de Lahcen Lyoussi, ministre de l'Intérieur du premier gouvernement du Maroc, sous la présidence du Conseil de Si M'barek El Bekkay Lahbil, n'a pas vraiment été facile, suite à la révolte post-coloniale du Rif, en 1956-1957.
Il se retire du ministère de l'Intérieur, mais il n'en est pas quitte pour autant. Après l'affaire, quasiment concomitante, de la dissidence de Addi Ou Bihi, ancien gouverneur de Tafilalet, la position officielle de Lahcen Lyoussi, devenu entre-temps conseiller de la Couronne, s'est encore plus compliquée. Il a dû également abandonner cette charge. Mais sans se départir de son action politique. Il devient alors l'antidote de la prétention hégémonique du parti de l'Istiqlal, malgré la lettre et l'esprit inscrits dans la première constitution marocaine, instituant le pluralisme politique. Une disposition constitutionnelle dont le Maroc d'aujourd'hui se glorifie, encore et toujours.
Des troupes berbères de l'Atlas qui se sont battues avec les Français contre les Nazis.
Cette primauté institutionnelle paraît actuellement couler de source. Elle n'était pas pour autant évidente, à l'époque de la guerre froide, au plus fort de son paroxysme et du parti unique au plus haut de sa gloire théorique. Le Maroc pluri-partiste était né, dans la douleur, grâce à des hommes, à la prémonition avérée après coup.
Lahcen Lyoussi en faisait partie, sans être, pour autant, en odeur de sainteté auprès des amis de Mehdi Ben Barka et de Fquih Basri, eux aussi adeptes du dogme du parti unique à la coloration baâtiste.
Lahcen Lyoussi a dû naviguer entre ces eaux pas forcément conciliables. Bien lui en a pris. Cela lui a valu d'être une figure marquante de l'histoire contemporaine du Maroc. Avec une vision prospective confirmée a postériori et une ferveur nationaliste unanimement reconnue