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France : Les enfants d'immigrés veulent sortir des « niches des emplois mal payés » [Interview]
Publié dans Yabiladi le 21 - 06 - 2012

En France, le taux de chômage des immigrés provenant des pays non européens est de 20,2% contre 8,7% pour les Français. Par contre, ce taux s'élève à 24,2% pour les Français descendants d'immigrés. En d'autres termes, les enfants d'immigrés sont plus exposés au chômage que les immigrés eux-mêmes, révèle le rapport du Haut Conseil à l'Intégration (HCI) intitulé «Intégration dans une économie de sous-emploi» (consulter le rapport). Pour mieux comprendre «ce constat dérangeant», tel qu'il est qualifié par le HCI, Yabiladi a interrogé Patrick Simon, chercheur associé au Centre d'études européennes de Sciences Po et membre de l'unité Migrations Internationales et Minorités à l'Institut National d'Etudes Démographiques (INED).
Yabiladi : Généralement de nationalité française, nés en France ou arrivés dans le pays en bas âge, les enfants d'immigrés sont beaucoup plus exposés au chômage que les immigrés. N'est-ce pas paradoxal ?
Patrick Simon : Le sur-chômage auquel sont exposés les descendants d'immigrés, nés en France ou arrivés enfants, est effectivement une sorte de paradoxe. Il reflète, d'une part, le fait que les immigrés sont dans des niches d'activités économiques où ils trouvent à s'employer (même si leur chômage est beaucoup plus élevé que la moyenne en France), alors que les descendants d'immigrés s'orientent vers un marché du travail élargi, notamment des emplois plus qualifiés où ils sont en concurrence avec l'ensemble de la population. En ayant acquis en moyenne plus de qualification à l'école et en sortant des niches des emplois mal payés, c'est-à-dire en connaissant une certaine mobilité sociale, les descendants d'immigrés s'exposent plus aux sélections fondées sur leur origine, autrement dit aux discriminations.
Le rapport indique un taux de chômage global pour tous les enfants d'immigrés, mais existe-t-il des disparités selon leur origine ?
Il est tout à fait significatif que ce ne sont pas tous les immigrés, ni tous les descendants d'immigrés qui connaissent de plus forts risques de chômage. On observe clairement un clivage entre les immigrés d'origine européenne (Espagne, Italie, Portugal) et leurs descendants, d'une part, et les immigrés originaires du Maghreb et d'Afrique subsaharienne et leurs descendants, d'autre part. Alors que les premiers ont des taux de chômage inférieurs à la moyenne nationale, ce sont les seconds qui présentent les taux de chômage les plus élevés. Ce n'est donc pas tant une question relative au statut d'immigré ou de de descendant d'immigré qu'une question d'origine spécifique. [...] Le système diffus de discrimination pèse sur la mobilité professionnelle des descendants d'immigrés maghrébins et subsahariens. La situation des descendants d'immigrés de Turquie ou d'Asie du Sud-Est est moins critique, mais elle reste malgré tout un peu plus défavorable que celle des personnes d'origine française sur deux générations.
Selon le HCI, la non maîtrise du français et des codes sociaux, l'insuffisance des qualifications ainsi que l'inadéquation entre la demande et l'offre d'emploi expliquent, en partie, l'inaccessibilité d'une grande partie des enfants d'immigrés au marché de l'emploi. Partagez-vous cette analyse ?
Dans les années 1970, avec la transformation de l'économue, le faible capital scolaire des immigrés a rendu plus difficile leur reconversion dans les nouveaux secteurs d'activité. Mais ce qui vaut pour les immigrés ne vaut pas pour les enfants nés en France. Dans leur cas, les défaillances linguistiques et les décalages de maîtrise des codes sociaux ne sauraient expliquer l'essentiel de leurs difficultés d'accès au marché de l'emploi.
Qu'il y ait des problématiques d'adaptation à l'entreprise et de décalage entre les codes attendus et ceux qui sont mobilisables par les jeunes d'origine immigrée, j'en conviens. Mais ces problématiques sont communes à l'ensemble des jeunes de milieu populaire, en particulier (mais pas seulement) dans les périphéries urbaines.
L'effort d'ajustement doit également venir des entreprises dont la culture doit s'ouvrir à la diversité des profils. Il faut également revenir sur les stéréotypes en circulation qui tendent à reporter les représentations forgées à l'égard des immigrés sur leurs enfants nés en France, alors même qu'ils s'inscrivent dans une toute autre dynamique. Evoquer des difficultés d'intégration à leur propos est totalement une fausse piste. Ce qui est en cause, c'est bien la capacité de la société française à fonctionner avec la diversité des origines présentes dans le corps social.
Un autre reproche fait aux enfants d'immigrés est de trop souvent rester dans leurs quartiers pour suivre leurs études. Par conséquent, ces jeunes ne développent pas la culture «d'aller au contact», selon le HCI, ce qui leur ferme de nombreuses portes dans le monde professionnel. Est-ce là une autre partie de l'explication de ce taux de chômage élevé ?
C'est une question intéressante qui ne relève pas seulement d'un manque d'initiative des jeunes «d'aller au contact». Il leur est également plus difficile de trouver des stages dans les entreprises car les portes se ferment. On peut comprendre que les échecs accumulés finissent par décourager de nombreux jeunes de s'adresser spontanément à des entreprises. L'anticipation de l'échec est un facteur important dans la mécanique de mise à l'écart du marché de l'emploi.
Les enfants d'immigrés, dont les Franco-marocains, se plaignent souvent des discriminations liées aux origines dont ils se sentent victimes. Le HCI préconise la promotion de la diversité et l'égalité des chances à travers plusieurs outils dont le CV anonyme. Est-ce la bonne solution ?
Une expérimentation menée avec pôle emploi sur le CV anonyme est arrivée à la conclusion paradoxale que ce dernier défavorisait les candidats d'origine maghrébine. En conséquence, le CV anonyme n'a pas été adopté en tant qu'élément de politique publique pour lutter contre les discriminations. Quoi que l'on pense de cette décision, le CV anonyme ne pouvait constituer à lui seul une réponse. Il faut conduire une politique volontariste d'égalité qui prenne en compte directement les discriminations ethniques et raciales. [...]
Il s'agit d'identifier où et quand se produisent les sélections fondées sur l'origine, et une fois ces sélections identifiées, il faut modifier les procédures pour assurer plus d'égalité de traitement. Cela vaut aussi pour les salaires, l'accès aux positions de responsabilités, la spécialisation dans certains métiers, etc. Tout reste à faire en la matière, et il est urgent d'agir car la situation ne s'améliore pas depuis 20 ans que nous conduisons des études sur le sujet.


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