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Sahara-CIA files #2 : En 1985, Mouammar Kadhafi a admis avoir créé le Polisario
Publié dans Yabiladi le 25 - 04 - 2024

Dans un discours prononcé en 1985, l'ex-dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a affirmé avoir été à l'origine de la création du Front Polisario. Selon lui, le but initial du mouvement séparatiste n'était pas d'établir un nouvel Etat, mais plutôt de se soulever contre la colonisation espagnole.
Dans un discours prononcé en 1985, le dirigeant libyen déchu dans le sillage des Printemps arabes, Mouammar Kadhafi, a admis avoir été à l'origine de la création et du soutien armé au Front Polisario. Daté du 29 mars 1985, un document de la CIA déclassifié le 31 janvier 2012 met la lumière sur cet épisode qui a exacerbé les tensions entre le Maroc et la Libye, dont les relations n'ont pas été au beau fixe durant ces années-là.
Dans son discours, traduit en anglais par les renseignements américains, Mouammar Kadhafi a parlé de l'échec des dirigeants arabes à s'entendre sur l'unité régionale, dans le contexte de post-indépendance de nombreux Etats. Par ailleurs, il a évoqué les circonstances de l'émergence du Front Polisario, tout en lui exprimant un soutien inconditionnel. «Nous avons fondé [le mouvement, ndlr] en 1972 (...) A ce moment-là, Saguia El Hamra était une colonie espagnole. Ni les arabes, ni les Africains, ni les Asiatiques ne parlaient du Sahara. Ils ne le connaissaient même pas», a-t-il dit.
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Il a poursuivi : «Nous savions qu'une partie de la terre arabe était occupée par l'Espagne depuis des centaines d'années. C'est honteux. Le 11 juin 1972, feu Houari Boumédiène était présent à une tribune. A l'époque, il ne savait même pas ce qu'était le Sahara, ni ce qu'était le Polisario. Il s'en fichait, quand je lui disais qu'une partie du monde arabe était occupée par l'Espagne, que c'était une honte, qu'il fallait libérer cette terre en formant un front de libération.»
«Après ce discours, nous avons constitué le Front populaire de libération de Saguia El Hamra et Oued Ed-dahab, dont l'acronyme en espagnol était Polisario. Son chef était le martyr Ouali Errguibi. Il était un exemple de l'homme révolutionnaire arabe que nous chérissons. L'objectif était de libérer le Sahara de la colonisation espagnole.»
Mouammar Kadhafi
Un soutien armé au Polisario
Mouammar Kadhafi a poursuivi son discours, en évoquant «la guerre de libération populaire» dans le Sahara. «Nous avons formé des éléments du Polisario. Avec la résistance palestinienne, nous avons introduit clandestinement des armes au Polisario, à l'insu de l'Algérie et de la Mauritanie. Nous avons déchargé des cargaisons d'armes dans le Sahara», a affirmé le dirigeant libyen.
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Seulement, une grande partie du matériel a été confisquée, après que plusieurs cargaisons d'armes sont tombées entre les mains des autorités algériennes. Selon Kadhafi, l'Espagne a quitté le Sahara occidental à la suite des opérations de terrain qu'il a lui-même appuyées. Le chef du Polisario, Ouali Mustapha Sayed, aurait déclaré : «Si nous faisons de ce Sahara un Etat, je n'ai aucune objection à l'unifier avec le Maroc et l'Algérie, ou la Mauritanie.»
L'ex-dirigeant libyen a évoqué aussi un échange qu'il a eu avec l'ancien président mauritanien, Mokhtar Ould Daddah, lors de la visite de ce dernier en Libye. «Si vous libérez le Sahara, je vous exhorte d'en faire un Etat indépendant, afin qu'il constitue une barrière entre moi et le Maroc», aurait dit l'ex-chef d'Etat mauritanien. Il a ensuite évoqué l'accord de Madrid signé entre le Maroc, la Mauritanie et l'Espagne en novembre 1975, selon lequel le Sahara était partagé entre les deux premiers. «Quant à l'Algérie, elle n'a absolument aucun lien avec ce dossier», a-t-il souligné.
«La réalité est qu'après l'Accord de Madrid et l'invasion du Sahara par les deux parties, la population a été déplacée, y compris mille à deux mille enfants. Ils sont arrivés en Libye ; nous leur avons fourni un abri ici et un accès aux services de l'éducation.»
Mouammar Kadhafi
Kadhafi, un appui à «toutes les revendications» du Polisario
L'ex-dirigeant libyen a poursuivi en affirmant avoir «soutenu le Polisario dans toutes ses revendications». «Ils ont dit qu'ils voulaient l'indépendance, alors nous les avons soutenus, même si la conjoncture ne prêtait pas à l'émergence d'un micro-Etat qui s'ajoutait aux 21 ou 22 pays arabes sur papier, tous susceptibles d'être ravagés par une grande puissance», a ajouté Kadhafi.
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Il a souligné : «Nous avons soutenu le Polisario et l'avons armé par tous les moyens, en raison du déclenchement de la révolution. Nous disons que c'était non pas un mouvement séparatiste, mais plutôt un élan révolutionnaire. Mais avec beaucoup de regrets, nous vous disons aussi que le Polisario n'a pas réussi à s'ériger au rang du mouvement révolutionnaire».
Aussi, ce discours mentionne qu'au fur et à mesure du temps, avec les changements de ses dirigeants, le Polisario a fini par devenir «un mouvement en quête d'indépendance».


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