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Dans une biographie inédite, Mehdi Ghouirgate rend à Ibn Khaldûn ses lettres de noblesse
Publié dans Yabiladi le 12 - 12 - 2025

L'historien franco-marocain Mehdi Ghouirgate vient d'être récompensé par l'Académie française, pour la qualité scientifique de sa biographie sur Ibn Khaldûn. Auprès de Yabiladi, le chercheur revient sur le poids intellectuel d'un penseur maghrébin en avance sur son temps, qui a inspiré nombre d'œuvres dans le monde arabe comme en Occident.
DR


Après sa récente distinction par l'Académie française, il nous confie ne pas s'être attendu à une telle consécration. Pourtant, Mehdi Ghouirgate s'est différencié parmi les chercheurs contemporains et les spécialistes du Maghreb, par son érudition à la croisée de l'Histoire des idées politiques et de la philosophie. Il propose ainsi la biographie la plus complète sur un autre érudit de son temps, Ibn Khladûn (1332 – 1406). C'est la raison pour laquelle son ouvrage «Ibn Khaldûn : Itinéraire d'un penseur maghrébin» (CNRS éditions, 2025) a reçu le prix de la meilleure biographie, décerné par l'institution gardienne de la langue française.
Professeur à l'Université Bordeaux-Montaigne et professeur associé à l'Université Mohammed VI polytechnique (UM6P), l'historien n'est pas à un premier coup d'essai. «Les Empires berbères : constructions et déconstructions d'un objet historiographique» (2024) fait partie des ouvrages majeurs à son actif. Dans le prolongement de ses recherches sur l'Afrique du Nord et le Maghreb, il met en lumière celui qui est considéré comme «le seul des intellectuels issus du monde arabo-musulman à jouir aujourd'hui d'une audience universelle».
«Je suis extrêmement touché et honoré par le prix de l'Académie française qui, d'une certaine manière, couronne l'œuvre que j'essaie de construire progressivement, avec un intérêt renouvelé vis-à-vis du Maghreb en général et du Maroc en particulier», a déclaré l'auteur à Yabiladi, en constatant un certain «désintérêt porté aux œuvres à la fois littéraires et scientifiques relatives ou s'intéressant au Maroc».
«C'est dans ce contexte-là que je replace ma distinction. Je suis d'autant plus heureux de voir que désormais, ce n'est plus seulement le monde arabe, le Proche-Orient et le Moyen-Orient qui font l'objet de toutes les attentions de la part du monde académique français, mais également le Maghreb. C'est tout le sens que je mets derrière ce prix et qui rejoint le choix que j'ai fait pour le titre de cette œuvre», nous dit encore le chercheur.
Biopic #15 : Ibn Khaldoun, père fondateur des sciences sociales
Un intérêt scientifique et personnel pour Ibn Khaldûn
Mehdi Ghouirgate dépeint ainsi l'auteur de «Kitâb al-'ibar» (Le livre des exemples) comme un penseur longtemps «comparé aux grands noms de l'Antiquité et des Temps modernes, de Thucydide à Machiavel, de Montesquieu à Marx». Mais au-delà de la figure adulée d'un «génie» solitaire, l'historien restitue un parcours d'Ibn Khaldûn jalonné de hauts et de bas, de la peste noire à la réunification échouée du Maghreb, sous le sultan mérinide Abû l-Hasan (1333 – 1348).
Tantôt «praticien du pouvoir dans les cours de l'Occident musulman» entre Tunis, Fès, Grenade, Bougie et Tlemcen, tantôt exilé au Caire, Ibn Khaldûn se sera toujours consacré à l'enseignement et à la magistrature. Dans son opus primé, le chercheur analyse rigoureusement «les conditions de formation de sa théorie de la civilisation», proposant ainsi d'«interroger les modalités de la construction d'une figure de la philosophie de l'Histoire, dans les mondes musulmans puis en Occident».
«J'ai tenu à mettre en évidence l'élément constitutif essentiel, à mon sens, qui a fait de l'œuvre d'Ibn Khaldûn une contribution plus qu'importante, que l'on peut considérer jusqu'à un certain point comme géniale, ou en tout cas fondamentale pour les sciences humaines, que ce soit l'Histoire, l'Histoire moderne, positiviste, la sociologie, l'anthropologie et l'économie, dans lesquelles les ouvrages d'Ibn Khaldûn sont contournables», nous déclare encore Mehdi Ghouirgate.
C'est dans ce sens que le chercheur a tenu à replacer le penseur «dans son contexte, temps et espace», à savoir le Maghreb du XIVe siècle de l'ère commune. La grande précision et la justesse de cet ouvrage s'expliquent également par le temps que l'auteur a consacré à la documentation, depuis 2020, puis à la rédaction sur trois ans, après de longues années d'intérêt personnel porté à l'œuvre de l'intellectuel maghrébin.
«J'ai toujours été intéressé par Ibn Khaldûn, depuis l'adolescence. Je l'ai relu sous ses différentes traductions en français, en anglais, avant de m'attaquer aux éditions critiques arabes, il y a une vingtaine d'années. La dimension de l'écriture du livre en elle-même s'est développée ensuite.»
Mehdi Ghouirgate
Mehdi Ghouirgate
En s'attelant ainsi à la biographie d'Ibn Khaldûn, Mehdi Ghouirgate a voulu s'intéresser longuement à plusieurs parties de la vie de l'intellectuel, peu analysées dans les productions antérieures à ce sujet. «Celle-ci sont non seulement valables, mais aussi nobles. Je m'en suit d'ailleurs inspiré, mais avec l'idée de reconstituer le parcours d'Ibn Khaldûn à travers son vécu et ses voyages. C'est d'autant plus important, lorsqu'on sait qu'à l'exception des grands voyageurs comme Ibn Battûta, il reste celui qui a le plus voyagé, parmi les penseurs considérés comme étant des classiques de l'islam», nous explique le chercheur.
Celui-ci souligne que «Ibn Khaldûn a voyagé d'une capitale à l'autre, comme beaucoup de savants, dans le cadre de la proximité entre savoir et pouvoir caractérisant l'épistémè, depuis au moins l'époque de la maison de la sagesse». Mais en plus de cela, «il a voyagé dans ce qu'on lui appelle la Badaoua».
Le penseur s'est alors «désancré pour immerger dans un monde radicalement différent du sien ; un monde où les valeurs, la langue, le rapport au passé, à la généalogie et aux structures sociales divergent de l'univers dont il est issu, celui des serviteurs de la Daoula, de ceux gravitant autour des arcanes du pouvoir, des descendants des réfugiés ayant pris le chemin de l'exil, à la suite de la conquête et de l'expansionnisme des monarchies chrétiennes ibériques», déclare Mehdi Ghouirgate
La ville de Fès, témoin vivant de l'évolution intellectuelle d'Ibn Khladûn
Au-delà de cet aspect, l'historien a voulu «cartographier et voir où s'est rendu exactement Ibn Khaldûn, quand et comment», tout en se gardant des extrapolations et des projections nées de certaines interprétations inexactes de l'œuvre du penseur et de ses concepts. Par ailleurs, Mehdi Ghouirgate s'est intéressé au dernier élément constitutif des productions de l'intellectuel, en s'interrogeant sur la conception de l'autobiographie.
«Cette question a été longtemps abordée, mais souvent de manière laconique et allusive. On reproche à Ibn Khaldûn de ne pas avoir été l'égal d'un Saint-Augustin ou d'un Pascal, de ne pas s'être approfondi dans l'introspection et l'analyse de soi. Pour ma part, j'essaye de démontrer que c'est hors-sujet», nous explique-t-il.
«Le propos d'Ibn Khaldûn n'est pas celui-ci. Il a été digne de confiance (tiqa), on reconnaît sa qualité de grand penseur et son droit à fonder une science nouvelle, avec un intérêt accentué pour la généalogie, la valeur de l'individu au Moyen-Âge, tant chrétien que musulman, dans ses différentes composantes. Cette dimensions étant relative par rapport à notre époque, il me semble que le pire, pour un historien, est de verser dans l'anachronisme. D'où toute l'importance de replacer Ibn Khaldûn dans son temps et son espace, en réalisant aussi ce qui nous sépare de son époque.»
Mehdi Ghouirgate
Natif de Tunis, Ibn Khaldûn est dépeint dans cet ouvrage également à travers son périple l'ayant mené jusqu'à Fès, puis Al-Andalus, la «terre des ancêtres», ainsi qu'un retour désastreux dans la capitale spirituelle. Autant dire que cette dernière est un élément déterminant dans l'évolution intellectuelle du penseur, comme l'explique Mehdi Ghouirgate.
«Compte tenu du désastre provoqué par la peste noire et de l'intensité de la mortalité qui a déterminé un déclin de l'Ifriqiya, la composante orientale du Maghreb, Ibn Khaldûn a voulu se placer sous la protection du pouvoir mérinide de Fès, redevenue la ville la plus importante de tout l'Occident musulman, du Maghreb, du pays du Soudan et de ce qui reste d'Al-Andalus à ce moment-là», nous dit-il.
Grandement puissants, les sultans de cette époque regagnent et conservent le monopole des routes transsahariennes de l'or notamment, ce qui leur permet en grande partie d'entretenir les nombreux savants à leur service. Ils comptent aussi de nombreuses bibliothèques et plusieurs stocks, en denrées comme en livres rares et précieux.
«C'est ce qui a certainement intéressé le jeune Ibn Khaldûn, qui déchantera ensuite en connaissant le caractère aléatoire de la faveur et du pouvoir. Il sera enfermé et pensera le pouvoir comme Machiavel, pour avoir connu aussi bien des heures de gloire que des conséquences de la défiance et de la disgrâce. Lorsqu'il analyse donc le pouvoir, il le fait à travers une expérience vécue dans sa chair.»
Mehdi Ghouirgate
C'est à ce titre que Fès «va rester un élément central dans sa mémoire» et jouera «un rôle de premier plan dans l'univers mental d'Ibn Khaldûn». De plus, l'un des rares ouvrages d'Al-Muqaddima, les Prolégomènes constituant cette grande introduction théorique, a été signé de sa main et envoyé au sultan de Fès de l'époque. Il est conservé par la suite à Quaraouiyine. «Les grands savants de son époque ont essentiellement vécu dans cette ville où ils ont fait carrière. Par la suite, il n'a jamais été oublié au Maroc», nous déclare Mehdi Ghouirgate.
Dans le pays, la pensée d'Ibn Khladûn aura ainsi traversé les siècles et les courants intellectuels, tout en nourrissant une œuvre prolixe au sein d'autres penseurs. Son œuvre aura été «abondamment commentée et lue, en matière de mystique et de soufisme comme en matière de pensée politique, tant à l'époque moderne et des Saâdiens que celle des Alaouites», mais aussi auprès des penseurs de gauche, au cours du XXe et à ce jour.


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