Lors de la CAN au Maroc, les mesures d'accessibilité à l'intérieur des stades, telles que des sièges adaptés et des billets à tarif réduit avec accès accompagnant, ont permis aux spectateurs en situation de handicap d'assister aux matchs. L'expérience peut cependant varier lorsqu'il s'agit de se rendre aux lieux eux-mêmes. Les itinéraires jouent un rôle clé pour favoriser la présence de ce public. DR ‹ › La Coupe d'Afrique des nations (CAN 2025) qui se déroule au Maroc continue d'attirer le public vers les stades. Parmi les spectateurs, ceux en situation de handicap sont également présents dans les tribunes, avec le même enthousiasme et la même passion que les autres supporters. Pour ce tournoi continental, un système de billetterie dédié a été mis en place, afin d'accueillir les spectateurs à mobilité réduite. En effet, les stades accueillant les matchs de la CAN ont introduit des aménagements spécifiques. Mais dans quelle mesure l'accessibilité s'étend au trajet vers ces lieux ? Billets d'accessibilité et dispositions des sièges Pour assister aux matchs de la CAN, les spectateurs à mobilité réduite peuvent acheter deux types de billets classés par la Confédération africaine de football (CAF) comme «accessibilité». La catégorie accessibilité pour fauteuil roulant offre un espace dédié pour l'accueil, sans siège fixe. La deuxième option est la catégorie accessibilité non-fauteuil roulant, conçue pour les spectateurs à mobilité réduite qui nécessitent un siège facilement accessible, explique la CAF. Les détenteurs des deux types de billets sont tenus d'acheter un ticket d'accompagnement, qui permet d'être assisté par une personne le long du match. Cette démarche est «obligatoire», selon Karim Cherkaoui, expert et militant des droits des personnes en situation de handicap. «D'un point de vue infrastructurel, les stades de la CAN sont conformes aux exigences de la FIFA, faisant qu'un siège sur 1 000 soit réservé aux personnes à mobilité réduite», a déclaré Cherkaoui à Yabiladi. Ces sièges sont accessibles à condition que les spectateurs déclarent leur handicap lors de l'achat des billets. «Sur la plateforme de billetterie officielle, il est demandé de soumettre des documents prouvant cet handicap», a-t-il noté. Bien que le Maroc ne dispose pas d'une carte de handicap standardisée, Cherkaoui explique qu'une alternative existe sous la forme d'un certificat de handicap. Délivré par le ministère de la Solidarité, de la famille et de l'intégration sociale, il est accepté pour la billetterie. «Cela permet aux concernés d'acheter un billet pour eux-mêmes et leur accompagnateur, pour le prix d'un billet standard. C'est essentiellement une réduction de 50%», a-t-il ajouté. Rejoindre les stades, le principal défi À l'intérieur des lieux, les détenteurs de billets d'accessibilité bénéficient de parcours adaptés, de zones de sièges désignées et de la présence d'équipes de soutien qui aident les fans en situation de handicap, ainsi que de toilettes accessibles, selon le comité d'organisation. La principale difficulté réside dans l'arrivée à ces stades. Selon Cherkaoui, l'accès aux portes représente un défi majeur pour les spectateurs à mobilité réduite. «Les espaces de stationnement sont souvent plus éloignés de l'accès en lui-même», a-t-il noté, mentionnant les longues distances à pied ou avec de l'aide. Au stade prince Moulay Abdellah, par exemple, les spectateurs doivent traverser un pont ou emprunter un tunnel souterrain. Bien qu'un ascenseur soit disponible dedans le tunnel, il ne peut pas accueillir les fauteuils roulants électriques plus grands. «Cela pose un obstacle majeur pour les personnes à mobilité réduite», a expliqué le spécialiste. Portes dédiées et signalisation Tout en reconnaissant que des installations pour les personnes à mobilité réduite existent aux entrées des stades, Cherkaoui a déclaré que l'on pourrait faire plus. Il a également indiqué qu'il n'y a pas de voies d'entrée spécifiquement réservées aux personnes à mobilité réduite. «De nombreuses vidéos en ligne montrent des personnes en fauteuil roulant soulevées physiquement par d'autres pour surmonter des obstacles ou passer par des points d'accès étroits», a-t-il dit. «Nous aurions aimé voir des portes et des voies d'accès clairement désignées et exclusivement réservées aux personnes en situation de handicap, ainsi qu'une signalisation visible les guidant directement vers des points d'entrée appropriés», a-t-il déclaré. «Au lieu de cela, beaucoup sont contraints de suivre les itinéraires d'accès réguliers, souvent longs, encombrés et labyrinthiques, augmentant le risque de blocages», a-t-il ajouté. Si des sièges adaptés sont disponibles à l'intérieur des stades, les procédures d'accès standard restent inadaptées pour de nombreuses personnes en situation de handicap. Les dernières portes d'entrée, a noté Cherkaoui, sont les mêmes pour tous les spectateurs, quelle que soit leur mobilité. «Dans un cas documenté, un fan utilisant un grand fauteuil roulant n'a pas pu passer par une porte d'entrée étroite conçue pour un accès individuel», a-t-il déclaré. Un autre problème concerne les spectateurs en situation de handicap qui détiennent des billets physiques ou ont reçu des billets en cadeau, plutôt que de les acheter en ligne. Selon Cherkaoui, ces fan ne sont pas inclus dans le système d'accès adapté et sont souvent dirigés vers les zones de sièges générales, limitant leur capacité à bénéficier des mesures d'accessibilité. Spectateurs malvoyants Bien que la billetterie ne corresponde pas spécifiquement aux spectateurs malvoyants, une initiative lancée par la CAF en partenariat avec Touch2See, entreprise basée à Toulouse, vise à combler la lacune d'accessibilité. Grâce à ce programme, les fans malvoyants ont pu suivre des matchs tels que Ouganda contre Tanzanie et RD Congo contre Botswana. L'initiative rend les matchs de football accessibles grâce à des commentaires audio en direct, combinés à une tablette tactile qui reproduit le mouvement du ballon sur le terrain. Cette technologie permet aux supporters malvoyants de suivre le jeu en temps réel depuis les tribunes, améliorant considérablement leur expérience. Cette technologie a été utilisée pour la première fois en janvier 2024 à Abidjan, lors d'un match entre l'Egypte et le Ghana.