Ce vendredi, les parents des élèves des écoles primaires relevant de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) au pôle Rabat-Kénitra ont décidé de ne pas envoyer leurs enfants dans les établissements, en protestation contre ce qu'ils qualifient de «hausse injustifiée des frais de scolarité». DR ‹ › Au lendemain de la communication du pôle Rabat-Kénitra de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) à propos de la hausse de 7% sur les frais de scolarité à la prochaine rentrée, quatre organisations des parents d'élèves ont fait «classe morte». Ce vendredi, les tuteurs ont été nombreux à ne pas avoir envoyé leurs enfants dans les classes, qualifiant la mesure annoncée d'«injustifiée». Contacté par Yabiladi aujourd'hui, le Collectif autonome des parents d'élèves (CAPE) à Albert Camus, établissement en gestion directe (EGD) à Rabat, a confirmé la mobilisation. «Aujourd'hui, près de 80% des parents n'ont pas envoyé leurs enfants. L'action s'est limitée aux écoles primaires de la ville et pourrait être élargie à l'avenir au secondaire, voire aux autres villes», nous a déclaré Othmane Ouannane, président de CAPE Camus. Selon le représentant et parent d'élèves, cette initiative veut «porter un message clair contre les décisions prises unilatéralement et sans concertation élargie». Elle fait suite à d'autres démarches, notamment des sit-in et l'envoi de plus de 3 000 lettres de protestation. «Il ne peut y avoir de prise de décision cruciale pour l'avenir de l'enseignement des apprenants sans la participation de leurs parents», nous a-t-il déclaré. Les parents veulent s'informer sur la mobilisation du fond de réserve À la veille de l'initiative de «classe morte», les quatre organisations, dont l'Association des collectifs autonomes des parents d'élèves (CAPE), ont rappelé que les actions des parents à Rabat et à Kénitra avaient permis d'obtenir quelques garanties. «L'impact initialement envisagé en janvier 2026 — une augmentation de 4% couplée avec un droit annuel d'inscription de 4 000 DH — a pu être ramené à environ 3 500 DH pour la rentrée prochaine avec la suppression du droit annuel», indique un communiqué parvenu à Yabiladi. Pour les parents d'élèves, ce premier pas est «une avancée significative» traduisant «la légitimité» de leurs positions. Toujours est-il que les familles défendent «le principe d'une augmentation à 0% pour l'année prochaine» au lieu de 7%. «Les parents d'élèves de Rabat ne peuvent être condamnés à subir mécaniquement des augmentations annuelles, au seul motif que 'tous les établissements augmentent dans le monde, dont le Maroc'», écrivent les instances. Dans ce sens, celles-ci soulignent que le fond de réserve au niveau du pôle s'élève à «près de 10 millions d'euros, constitué précisément grâce aux augmentations successives appliquées depuis plus de quinze ans». Dans leur communiqué, les associations précisent que ce montant «couvre près de cinq fois le besoin financier aujourd'hui avancé pour justifier la hausse de la rentrée prochaine». Dans le même contexte, le président de CAPE Camus souligne auprès de notre rédaction le désaccord des parents «avec le montage actuel» d'un projet dont le budget a dernièrement fait parler : la reconstruction du collège Saint-Exupéry. «Le budget initial était fixé à 6 millions d'euros, avant de grimper sans justifications à 18,5 M€ [en 2023, NDLR]. Les parents ont déjà constitué une réserve de près de 10M€ pour cet investissement», nous a affirmé Othmane Ouannane. Pour lui, la contestation des parents vise aussi à interpeller sur «le droit à participer dans la prise de décision concernant le fond de réserve et à être informé de son usage». À ce titre, il estime que le projet du collège Saint-Exupéry reste «chiffré avec des ratios déconnectés du Maroc (30 000 DH le mètre carré, sachant que le foncier n'est pas inclus)», tout en déplorant un «refus obstiné de l'AEFE de communiquer le chiffrage précis et les études étayant le budget». Les propositions des associations de parents d'élèves Dans leur communiqué, les organisations expriment leur soutien à «la reconstruction du collège Saint-Exupéry» demandée par les associations de parents d'élèves elles-mêmes, «pour améliorer les conditions d'accueil» de ces derniers, «mais pas à n'importe quel prix». Selon les signataires, le budget de 18,5 millions d'euros «interroge profondément». Dans ce registre, les structures appellent à «engager la construction du collège Saint-Exupéry avec le solde du fonds, en mettant en place une task force locale d'experts indépendants, telle que proposée par [les] APE, pour piloter l'évaluation technique, le chiffrage et le suivi du projet». Selon les signataires, «ce modèle permettrait d'éviter toute augmentation injustifiée des frais de scolarité, de garantir un projet à la hauteur de nos enfants et d'assurer une maîtrise réelle des coûts». Par ailleurs, les associations proposent de «financer les pensions civiles (environ 2 millions d'euros pour l'ensemble du Pôle Rabat-Kénitra) directement à partir du fonds de réserve qui est suffisamment alimenté, puisque il s'agit désormais de l'unique raison invoquée pour justifier la hausse annoncée». À la veille de la sortie des associations, le chef du pôle Rabat-Kénitra des écoles relevant de l'AEFE, François Cuilhé, a fait état d'«un effort financier», nécessaire à soutenir les optimisations opérées par l'institution sur les dépenses. Dans ce sens, il a indiqué aux parents que la hausse de 7% «est à décorréler du projet immobilier du collège Saint-Exupéry». Dans cette correspondance, le responsable souligne que le financement de ce projet «est assuré par l'utilisation du fonds de réserve du pôle et un apport de l'AEFE à hauteur de 7 millions d'euros». Promettant un «un point d'étape» avec les représentants des parents d'élèves, il s'est engagé à «une communication régulière au fur et à mesure de l'avancement». En attendant, les parents considèrent qu'au-delà des chiffres, leur mobilisation est un appel à solutionner des questions de gouvernance en faveur d'une «école d'excellence, sans hausse injustifiée des frais de scolarité».